Quand la télévision osait être étrange
Il fut un temps où la télévision ne cherchait pas à être confortable. Un temps où elle n’avait pas peur de désorienter, de déranger, parfois même de perdre son spectateur en route. Avant les algorithmes, les tests d’audience en temps réel et la peur obsessionnelle du zapping, la télévision osait être étrange. Étrange dans ses récits, dans ses rythmes et dans ce qu’elle disait du monde.
Une télévision qui ne prenait pas le spectateur par la main
Pendant des décennies, la télévision a été un laboratoire. Un espace de liberté paradoxalement plus audacieux que le cinéma, parce qu’elle entrait directement dans les foyers, sans filtre, sans promesse de spectacle rassurant.
Les épisodes pouvaient se terminer sans explication. Les héros pouvaient disparaître. Les récits pouvaient rester ouverts, ambigus, inconfortables. Le téléspectateur n’était pas un client à satisfaire, mais un esprit à provoquer.
L’étrangeté comme outil narratif
La série The Twilight Zone reste l’exemple le plus frappant. Sous couvert de science-fiction et de fantastique, elle parlait de paranoïa, de conformisme, de peur nucléaire, de solitude, de déshumanisation.
Chaque épisode était une expérience mentale. La chute n’était pas là pour choquer, mais pour laisser une trace. La télévision n’expliquait pas. Elle suggérait. Elle faisait confiance à l’intelligence du spectateur.
Quand le malaise entrait dans le salon
Dans les années 70 et 80, cette étrangeté ne disparaît pas, elle change de forme. Les récits deviennent plus lents, plus psychologiques, parfois volontairement déroutants. Les silences s’allongent, les personnages deviennent opaques, le quotidien se fissure.
La télévision commence à montrer que le danger n’est pas toujours spectaculaire. Il peut être diffus, invisible, mental.
Twin Peaks : le point de bascule
Avec Twin Peaks, la télévision franchit une ligne. Un meurtre, une petite ville, une enquête… et très vite, quelque chose cloche. Le récit se dérègle, le temps se distend, le réel devient instable. Ce n’est plus seulement une série étrange, c’est une série qui refuse les règles. Qui accepte de perdre son public pour rester fidèle à sa vision. Pour la première fois, la télévision grand public accepte d’être incompréhensible par moments. Et elle en fait une force.
Une liberté aujourd’hui disparue ?
L’ironie, c’est qu’à l’ère du “contenu”, la télévision est souvent plus prudente qu’avant. Les récits sont calibrés, les structures sont testées et les bizarreries sont expliquées, rationalisées, digérées.
L’étrangeté est devenue un argument marketing, rarement un risque artistique. Ce que la télévision d’hier osait, la télévision d’aujourd’hui le simule parfois, sans en accepter les conséquences : l’inconfort, la frustration, le doute.
Quand la télévision parlait au subconscient
Ce qui rend ces œuvres toujours aussi puissantes, ce n’est pas leur nostalgie. C’est leur audace. Elles parlaient à une époque incertaine avec des récits incertains. Elles ne cherchaient pas à rassurer, mais à révéler les peurs enfouies.
Quand la télévision osait être étrange, elle n’était pas bizarre pour être bizarre. Elle était étrange parce que le monde l’était déjà. Et peut-être que c’est ce regard-là qui nous manque le plus aujourd’hui.

Forfaitiste sur mesure et passionnée par les voyages, notamment vers les USA et le Canada, Sandy partage son amour pour les vieilles choses qui ont une âme. Admiratrice de l’art déco et fan inconditionnelle de Columbo, elle apporte un regard nostalgique et raffiné sur les trésors du passé.
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