3 bonnes raisons de regarder Gosford Park ce soir sur Arte
Ce soir à 21h00 sur ARTE, place à l’un des grands plaisirs du cinéma choral : Gosford Park, une enquête feutrée et mordante signée Robert Altman. Derrière ses airs de whodunit (genre de roman à énigmes) élégant, le film déploie une satire sociale d’une rare finesse, portée par une reconstitution somptueuse et un casting à faire pâlir n’importe quel générique.
Une genèse inspirée et un maître d’orchestre
À l’origine du projet, un scénario de Julian Fellowes, amoureux des codes du roman policier anglais et observateur aigu des hiérarchies sociales. Robert Altman, cinéaste des ensembles foisonnants, s’empare de la matière avec jubilation. Il revendique l’influence de La règle du jeu : même époque, même goût pour les miroirs tendus à une société sur le point de basculer, même art de mêler le romanesque à la cruauté douce. Le résultat : un ballet de voix, de regards et de secrets, mené avec une virtuosité tranquille.
Les années 1930, un monde à l’agonie magnifiquement reconstitué
Nous sommes dans l’Angleterre des années 1930. L’aristocratie chasse encore, dîne à l’argenterie et toise ses domestiques… mais l’Empire vacille. Les stars hollywoodiennes commencent à voler la vedette aux nobles, et certains serviteurs rêvent d’échapper à leur condition. Costumes, décors, rites sociaux : tout concourt à faire sentir la fin d’un monde, sans jamais alourdir le récit. La grande maison de campagne devient un microcosme où chaque couloir, chaque chambre, cache une vérité prête à éclater.

Gosford Park : une belle reconstitution des années 30. Crédit photo : © Zestwick Ltd. – Film Council – Sandcastle 5 Productions Inc
Une histoire de meurtre… et bien plus
Le temps d’une partie de chasse organisée par Sir William McCordle, maîtres et domestiques se croisent, se surveillent, se jalousent. Mary, jeune bonne fraîchement engagée, découvre les règles implicites d’un univers impitoyable. L’arrivée d’invités américains : une vedette de cinéma, son producteur et un domestique envahissant fait monter la pression. Puis survient le meurtre. Mais l’énigme policière n’est qu’un moteur : Gosford Park ausculte surtout les rapports de classe, les humiliations ordinaires et les arrangements moraux qui maintiennent l’ordre social.
Avec sa partie de chasse, sa satire en miroir des maîtres et des domestiques et le meurtre qui va faire tomber les masques, la trame de Gosford Park évoque celle de La règle du jeu. Robert Altman reconnaissait d’ailleurs avoir été influencé par Jean Renoir. Les deux cinéastes situent leur scénario à la même époque, les années 1930, et décrivent un univers sur le point de disparaître.
Malgré sa morgue et son décorum, l’aristocratie anglaise brille de ses derniers feux : l’empire chavire et les nobles, aux abois, se font voler la vedette par les stars de cinéma. S’il faut choisir son camp, comme l’apprendra à ses dépens le désinvolte Henry, certains domestiques commencent à échapper à leur condition.
Dans ce qui sera l’un de ses derniers films, Robert Altman donne toute la mesure de son talent : d’un trait toujours mordant, mais avec jubilation et sans s’interdire le romanesque, il orchestre les émois d’une foule de personnages, à l’aide d’un casting royal et d’une direction d’acteurs impeccable, offrant à ce monde en perdition une flamboyante reconstitution. Du grand art.

La superbe actrice franco-britannique Kristin Scott Thomas. Crédit photo : © Zestwick Ltd. – Film Council – Sandcastle 5 Productions Inc
Un casting fabuleux, au diapason
Difficile de citer tout le monde sans oublier quelqu’un. Retenons la férocité délicieuse de Maggie Smith, la sensibilité de Kelly Macdonald, l’élégance trouble de Kristin Scott Thomas, l’autorité de Michael Gambon, sans oublier Helen Mirren ou Clive Owen. Altman dirige cette troupe comme un chef d’orchestre : chacun a sa partition, aucun ne prend le pas sur l’ensemble.
Accueil critique et récompenses
À sa sortie en 2001, le film est salué pour son intelligence et sa mise en scène. Il remporte l’Oscar du meilleur scénario et le Golden Globe du meilleur réalisateur en 2002, confirmant le retour en grâce d’Altman et l’importance de cette œuvre dans sa filmographie.
Trois bonnes raisons de regarder Gosford Park ce soir
1. Pour le plaisir du jeu : une enquête élégante où chaque détail compte, servie par une mise en scène d’une fluidité remarquable.
2. Pour la satire sociale : drôle, cruelle, jamais caricaturale, elle résonne encore aujourd’hui.
3. Pour le casting et la reconstitution : un festival d’acteurs et une immersion totale dans les années 1930.

© Zestwick Ltd. – Film Council – Sandcastle 5 Productions Inc
Rendez-vous ce soir à 21h00 sur ARTE pour (re)découvrir ce bijou de cinéma choral, à savourer comme une grande maison de campagne : en prenant le temps d’en explorer chaque pièce.
GOSFORD PARK – Film de Robert Altman (Royaume-Uni/Italie/États-Unis, 2001, 2h11mn, VF/VOSTF) – Scénario : Julian Fellowes – Avec : Maggie Smith, Kelly Macdonald, Emily Watson, Kristin Scott Thomas, Michael Gambon, Camilla Rutherford, Charles Dance, Geraldine Somerville, Tom Hollander, Gilbert Martin, Jeremy Northam, Bob Balaban, Helen Mirren, Ryan Phillippe, Clive Owen – Production : USA Films, Capitol Films, Film Council, Sandcastle 5, Chicagofilms, Medusa Film.
Meilleur scénario, Oscars 2002 – Meilleur réalisateur, Golden Globes 2002
Crédit photos : © Zestwick Ltd. - Film Council - Sandcastle 5 Productions Inc

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