Être enseignant, est-ce que c’était mieux avant ?
Les faits divers récents qui secouent l’école française interrogent profondément notre rapport à la jeunesse. Agressions d’enseignants, professeure poignardée dans le Var, insultes, menaces, classes ingérables : l’école, jadis perçue comme un sanctuaire, semble aujourd’hui devenue un lieu de tensions permanentes. Ces événements, aussi rares soient-ils à l’échelle nationale, frappent les esprits et alimentent une question que beaucoup n’osaient plus formuler sans malaise : être enseignant, était-ce mieux avant ?
Une violence devenue visible… et banalisée
La récente agression d’une professeure d’Arts Plastiques à Sanary-sur-Mer, dans le département du Var, nous remet face à la triste réalité de notre époque dans l’éducation nationale. La raison de cette agression : l’élève en voulait à son enseignante suite à plusieurs problèmes disciplinaires signalés par la professeure.
Né en 1966, je me souviens des coups de règle sur les doigts que nous infligeait notre instituteur. Et les parents n’y trouvaient rien à redire, on respectait le choix de l’enseignant. Parce qu’à une époque, l’instituteur était une figure, au même titre que le maire ou le garde-champêtre.
Les personnes nées d’après-guerre aux années 80 se reconnaitront dans cette époque révolue. Celle où les téléphones portables et internet n’existaient pas. Et il n’était pas rare de se prendre une bonne torgnole à la maison, voire même des coups de martinet, objet que les ados de 2026 considéreraient comme un instrument de torture.
Le 10 juillet 2019, la loi interdisant les “violences éducatives ordinaires” est adoptée en France. Les violences psychologiques et physiques envers les enfants sont désormais interdites. Mais au risque de passer pour un vieux “réac”, une baffe n’a jamais tué personne, ni la fessée. Des sanctions qui remettaient surtout les idées en place quand on avait dépassé les limites.
Aujourd’hui, ni les parents, ni les professeurs ne doivent lever la main sur un jeune. Une impunité qui, jusqu’ici, n’a jamais confirmé une amélioration dans le comportement de certains jeunes. La violence à l’école n’est pas nouvelle. Mais ce qui change, c’est sa gravité, sa visibilité et parfois sa banalisation. Là où autrefois les conflits restaient cantonnés à la cour de récréation ou au bureau du directeur, ils circulent désormais sur les réseaux sociaux, filmés, commentés, amplifiés. Un geste déplacé devient viral, une provocation cherche le buzz, et l’autorité de l’enseignant se retrouve publiquement contestée.
Le rapport entre élèves et professeurs s’est profondément transformé. Certains enseignants témoignent d’un manque de respect inédit, d’élèves qui refusent l’autorité, contestent les règles, voire menacent physiquement. L’enseignant n’est plus toujours perçu comme un adulte légitime, mais parfois comme un obstacle, un adversaire, voire une cible.
En 2023, le ministère de l’Éducation nationale recensait 911 agressions physiques et verbales envers le personnel éducatif. C’est 25% de plus qu’en 2022. Ces agressions ont déclenché 29 671 jours d’arrêt de travail, selon le ministère.
Sur 5 641 700 élèves (collégiens et lycéens) recensés en 2024, ces 911 agressions représentent 0,01% de la population des écoliers. Ce qui est peu. La nouveauté réside dans la gravité des agressions, et leur augmentation. La majorité des collégiens et lycéens restent dans le respect des règles éducatives, et subit malheureusement (trop souvent) le comportement d’une minorité en marge.
Des parents parfois absents ou désarmés
Autre facteur souvent pointé : le rôle des parents. Beaucoup d’enseignants évoquent une démission éducative, non par désintérêt, mais par épuisement, manque de repères ou peur du conflit. Là où les parents soutenaient autrefois quasi systématiquement l’instituteur, certains prennent aujourd’hui la défense de leur enfant contre l’école, contestant les sanctions, minimisant les faits.
Ce renversement fragilise l’autorité scolaire. Quand la sanction n’est plus relayée à la maison, elle perd son sens. Quand le cadre n’est plus commun, l’enfant navigue entre deux mondes aux règles contradictoires.
Réseaux sociaux et téléphones : une révolution silencieuse
Impossible d’ignorer le rôle des réseaux sociaux et des téléphones portables. Ils ont bouleversé la construction de l’identité, le rapport à l’autre et à la frustration. L’immédiateté, la comparaison permanente, la quête de reconnaissance numérique créent des tensions inédites.
À l’école, le téléphone devient parfois un symbole de défi : refus de le ranger, consultation en classe, captation d’images sans consentement. Il brouille la frontière entre l’espace scolaire et le monde extérieur, rendant l’apprentissage plus difficile et l’autorité plus fragile.
Les années 60-70 : un âge d’or ?
Face à ce constat, la tentation est grande d’idéaliser le passé. Dans les années 60-70, le maître d’école était respecté, parfois craint. La punition existait : lignes à copier, retenues, voire sanctions corporelles. Les parents soutenaient l’instituteur, et la discipline faisait partie intégrante de l’éducation.
Certes ce modèle avait aussi ses zones d’ombre : autoritarisme excessif, absence de dialogue, humiliations parfois durables. Le respect reposait souvent sur la peur plus que sur la compréhension. Peut-on réellement parler d’un “mieux” absolu, ou d’un équilibre différent, adapté à une autre époque ?
Une jeunesse différente, pas forcément pire
Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas fondamentalement plus violents ou plus irrespectueux. Ils grandissent dans un monde plus instable, plus rapide, plus anxiogène. Ils sont exposés très tôt à des contenus violents, à une pression sociale constante, à des modèles contradictoires.
La question n’est donc peut-être pas de savoir si c’était mieux avant, mais si notre société a su adapter son cadre éducatif aux mutations qu’elle a elle-même provoquées.
Redonner du sens à l’autorité, soutenir les enseignants, accompagner les parents, encadrer l’usage du numérique : autant de chantiers indispensables pour que l’école redevienne un lieu d’apprentissage serein.
Car une chose n’a pas changé : une société qui maltraite son école prépare ses propres fractures. Et sur ce point, hier comme aujourd’hui, l’enjeu reste le même.
Crédit photo : SORA©

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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