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Ce 14 janvier 2026, Étienne Daho fête ses 70 ans. Sept décennies dont plus de quarante passées à redessiner les contours de la pop française. Artiste culte, passeur de sons, figure discrète mais centrale, Daho n’a jamais cessé d’avancer à contre-courant, imposant une vision moderne, sensuelle et résolument internationale de la chanson française.

Enfance et jeunesse : entre Algérie et Bretagne

Étienne Daho naît en 1956 à Oran, en Algérie française. Comme beaucoup d’enfants de cette génération, son enfance est marquée par l’exil : sa famille s’installe en France après l’indépendance algérienne. C’est en Bretagne, à Rennes, qu’il grandit et se construit.

Rennes, alors en pleine effervescence culturelle, deviendra un lieu fondateur. La ville est un laboratoire musical avant l’heure, nourri de rock anglo-saxon, de new wave et d’expérimentations artistiques. Daho y découvre Bowie, Lou Reed, le Velvet Underground, Roxy Music, mais aussi Gainsbourg, dont l’ombre planera longtemps sur son travail.

Les débuts : l’avant-garde rennaise

Au tournant des années 1980, Étienne Daho s’inscrit dans la scène rennaise émergente. Il participe à des projets collectifs, collabore avec des graphistes, des musiciens, des artistes visuels. Son premier album, Mythomane (1981), passe presque inaperçu à sa sortie. Trop en avance, trop synthétique, trop sophistiqué pour la radio française de l’époque. Pourtant, on y trouve déjà ce qui fera sa marque : une écriture elliptique, une voix douce presque nonchalante, et une obsession pour la texture sonore.

La révélation et l’explosion populaire

Tout change en 1984 avec La Notte, la Notte, puis surtout Pop Satori (1986). Étienne Daho devient alors le visage d’une pop française enfin débarrassée de ses complexes.

Les tubes s’enchaînent :

• Tombé pour la France
• Épaule tattoo
• Week-end à Rome
• Le Grand Sommeil
• Comme un boomerang (avec Dani)





Daho impose un style : synthés élégants, mélodies immédiates, textes sensuels mais jamais vulgaires. Il parle de désir, d’attente, de solitude, de nuit. Sa musique est urbaine, nocturne, cinématographique.

Un style à part : le dahoisme

Étienne Daho n’a jamais été un simple chanteur de variété. Il est un architecte du son, obsédé par la production, les arrangements, la cohérence d’un album. Son style, souvent qualifié de “dahoisme”, mêle différents styles musicaux ; Pop britannique, New wave, Funk minimal, Électronique douce et un certain héritage gainsbourien revisité.

Il chante à voix basse, refuse les démonstrations, préfère la suggestion. Cette retenue devient une force, une signature. Daho ouvre la voie à toute une génération d’artistes français qui comprendront qu’on peut chanter en français sans lourdeur ni emphase.

Les années 1990–2000 : maturité et liberté

Loin de s’enfermer dans la nostalgie, Daho traverse les décennies en se réinventant. Des albums comme Paris Ailleurs (1991), Eden (1996), Réévolution (2003) ou L’Invitation (2007) confirment son statut d’artiste majeur. Il collabore avec Air, Saint Etienne, Jacno, Dominique A, et plus tard avec des figures de la scène électro et indie. Il devient aussi un producteur respecté, un passeur, un repère.

Engagement, discrétion et modernité

Étienne Daho est aussi une figure importante de la visibilité LGBTQ+ dans la culture française, sans jamais en faire un manifeste. Sa liberté, son élégance, son refus des étiquettes ont contribué à normaliser une autre manière d’être artiste, loin des postures viriles ou caricaturales.

Il traverse des épreuves personnelles, notamment des problèmes de santé dans les années 2010, mais revient toujours avec des albums exigeants, comme Les Chansons de l’Innocence Retrouvée (2013) ou Tirer la nuit sur les étoiles (2023), salués par la critique.

Ce qu’il a apporté à la musique française

Étienne Daho a profondément transformé la pop française :

• Il a réconcilié la langue française avec la modernité sonore
• Il a imposé une esthétique internationale sans renier l’intime
• Il a ouvert la voie à des artistes comme Mylène Farmer, Benjamin Biolay, Christine and the Queens, Juliette Armanet ou Feu ! Chatterton
• Il a montré qu’on pouvait durer sans se répéter

À 70 ans, toujours essentiel

À 70 ans, Étienne Daho n’est ni une icône figée ni un monument poussiéreux. Il reste un artiste vivant, curieux, exigeant. Son œuvre traverse le temps parce qu’elle parle de ce qui ne vieillit pas : le désir, la nuit, la mélancolie, l’amour et la fuite du temps.

Étienne Daho n’a jamais crié plus fort que les autres. Il a chuchoté juste. Et c’est précisément pour cela qu’il compte autant.

Crédit photo : Pierre-Ange Carlotti© - Etienne Daho en 2023.
Philippe Pillon

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.

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