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Mamy Blue n’a pas été écrite par Nicoletta, mais c’est elle qui la “créée” au sens plein en la chargeant d’une vérité intime qui dépasse la simple histoire d’un tube. Quand elle la chante, on n’entend pas seulement un refrain devenu populaire : on entend une voix qui se souvient, qui supplie, qui fait remonter une absence.

Artiste aussi discrète que talentueuse, Nicoletta a traversé les décennies sans jamais renier son amour du chant, du blues, du gospel et de la soul. Parmi ses nombreux tubes, un morceau se détache du lot pour des raisons qui lui sont personnelles : Mamy Blue. Une chanson qui mérite une explication de texte.

Nicoletta, une voix “soul” dans la chanson française

Nicoletta, de son vrai nom Nicole Grisoni, naît le 11 avril 1944 à Vongy (aujourd’hui rattaché à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie). Elle grandit dans une histoire familiale cabossée : élevée par sa grand-mère maternelle, elle porte très tôt en elle un mélange de manque, de rage et de besoin d’amour. Un carburant émotionnel qui marquera toute sa façon de chanter.

Avant d’être l’interprète grand public de La Musique ou Il est mort le soleil, Nicoletta se forge au contact de répertoires où la voix n’est pas décorative mais vitale : blues, gospel et soul. Cette culture vocale se reconnaît immédiatement chez elle : une puissance rugueuse, un phrasé qui tire la note comme on retient des larmes, et surtout cette capacité à faire croire que chaque mot est vécu “en direct”. Universal Music résume bien ce portrait : une chanteuse “à la voix soul et gospel” qui traverse succès et éclipses, mais revient toujours à la scène, là où sa voix prend tout son sens.

La genèse de Mamy Blue : une chanson née dans un embouteillage… et devenue mondiale

La chanson n’est pas née dans un studio feutré, mais dans une situation presque banale : le compositeur Hubert Giraud l’aurait écrite en 1970, “coincé dans un embouteillage à Paris”. L’image est frappante : une mélodie mélancolique surgit au milieu du bruit, de l’impatience et des klaxons. Comme si la tristesse trouvait toujours un passage, même là où on ne l’attend pas.

Très vite, Mamy Blue circule et se transforme. Une première adaptation est enregistrée en italien au début de 1971, interprétée par Ivana Spagna, puis le groupe espagnol Pop-Tops en propose une version anglaise, enregistrée à Londres et propulsée à l’international. Devant cette montée rapide, le label Barclay accélère : une version française est confiée à Nicoletta. C’est cette version qui va s’ancrer durablement dans l’imaginaire français.

Sur le papier, on pourrait raconter cela comme l’histoire classique d’un standard qui voyage de langue en langue. En réalité, Mamy Blue est un cas plus rare : le morceau change de sens selon celui ou celle qui le porte.

Pourquoi la chanson est-elle indissociable de Nicoletta ?

Nicoletta a souvent expliqué que Mamy Blue n’est pas, pour elle, une chanson “sur une mamie aux yeux bleus”, même si le public l’a reçue ainsi. Elle insiste sur un point essentiel : le “Mamy” du titre renvoie au mot anglais mummy (maman), pas à “mamie”.

Et surtout, elle raconte le choc fondateur : à 19 ans, elle apprend la mort de sa mère par télégramme. Une annonce brutale, sans préparation, qui laisse une coupure nette dans la vie. Dans cette lumière, Mamy Blue devient moins une chanson sentimentale qu’un geste de survie : une façon de parler à une disparue quand on n’a plus d’autre moyen de la rejoindre. À la mort de sa mère (d’un cancer à 40 ans), Nicoletta fait une tentative de suicide (qui la plongera plusieurs jours dans le coma), un drame qui donne la mesure de la faille derrière l’interprétation.

Ce renversement est capital : même si la chanson a été écrite par Hubert Giraud, Nicoletta la “récupère” intérieurement. Elle en fait un hommage à sa mère et, selon les récits, aussi à cette grand-mère qui l’a élevée.

Un drame en trois minutes : ce que raconte Mamy Blue

Sans reproduire les paroles, on peut dire que Mamy Blue met en scène une relation mère-enfant dans la perte : l’appel à une figure maternelle absente, la demande de retour, l’incompréhension devant le départ, et ce bleu qui n’est pas une couleur mais un état. Dans la culture musicale anglo-saxonne, “the blues” est à la fois un genre et une tristesse. Le titre résume déjà tout : la mère est devenue “bleue” parce que le monde, sans elle, l’est aussi.

Ce qui rend la chanson particulièrement dramatique, c’est la tension entre deux mouvements :

La prière : l’interprétation prend des accents de gospel, comme si la voix se hissait vers quelque chose de plus grand qu’elle (Dieu, la mémoire, l’amour, l’au-delà). On n’est pas dans la plainte froide : c’est une supplication, presque une cérémonie.

La fatalité : malgré l’appel, l’absence demeure. La chanson “tourne” autour d’un manque irréparable, et c’est ce cercle-là qui bouleverse : on sent que chanter ne résout rien, mais permet de tenir.

Nicoletta, avec son timbre soul, sait faire sentir cette contradiction : être forte (chanter plein coffre) tout en étant fragile (laisser l’émotion fissurer la phrase). Cette dualité fait que la chanson ne vieillit pas : elle parle à tout le monde, parce qu’elle met des mots simples sur une expérience universelle, l’instant où l’enfance comprend que certaines présences ne reviennent pas.

Les paroles

Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Oh mamy, mamy
Oh mamy
Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Oh mamy mamy blue

Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Où es-tu mamy
Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue

Je suis partie un soir d’été (oh mamy)
Sans dire un mot, sans t’embrasser (oh mamy)
Sans un regard sur le passé, le passé (oh mamy blue)

Dès que j’ai franchi la frontière (oh mamy)
Le vent soufflait plus fort qu’hier (oh mamy)
Quand j’étais près de toi ma mère, oh ma mère (oh mamy blue)

Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Oh mamy, mamy blue
Oh mamy
Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue

Et aujourd’hui je te reviens (oh mamy)
Et j’ai refait tout le chemin (oh mamy)
Qui m’avait entraînée si loin, oh si loin (oh mamy)

Tu n’es plus là pour me sourire (oh mamy)
Me réchauffer, me recueillir (oh mamy)
Et je n’ai plus qu’à repartir, repartir (oh mamy)

Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Oh mamy, mamy blue
Oh mamy
Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue

La maison a fermé ses yeux (oh mamy)
Le chat et les chiens sont très vieux (oh mamy)
Et ils viennent me dire adieu, adieu (oh mamy blue)

Je ne reviendrai plus jamais (oh mamy)
Dans ce village que j’aimais (oh mamy)
Où tu reposes à tout jamais désormais (blue)

Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Oh mamy, mamy
Oh mamy (oh mamy)
Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Oh mamy mamy

Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Où es-tu mamy blue
Oh mamy
Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Oh mamy mamy, mamy

Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue
Oh mamy, mamy blue yeah
Oh mamy, oh mamy, mamy blue
Oh mamy blue

Le malentendu populaire : “la chanson pour mamie”… et la vérité de l’artiste

L’ironie tendre de Mamy Blue, c’est qu’elle a aussi été adoptée comme chanson familiale, transmise de génération en génération. Nicoletta elle-même le raconte : beaucoup de gens l’associent à leur grand-mère, à un souvenir doux, à une chanson apprise enfant. Et elle ne le rejette pas : elle y voit même quelque chose de “merveilleux”, parce qu’une chanson qui “rentre dans les familles” devient un patrimoine affectif.

Mais ce malentendu dit aussi quelque chose de plus profond : une grande chanson supporte plusieurs vérités. La vérité publique (une mélodie qu’on aime) et la vérité privée (une blessure qu’on ne guérit pas). Chez Nicoletta, les deux cohabitent : elle chante pour la foule, mais elle chante aussi à quelqu’un.

Plusieurs écritures

Au départ, Hubert Giraud compose un morceau taillé pour toucher large, avec une efficacité mélodique immédiate et une couleur émotionnelle nette. Mais l’histoire de Mamy Blue montre qu’une chanson ne “s’écrit” pas une seule fois. Elle s’écrit d’abord par les paroles, la musique, puis, par les adaptations (étrangères dans le cas de Mamy Blue) et enfin, elle s’écrit une troisième et dernière fois par l’interprète.

Nicoletta se l’est accaparée en reliant publiquement la chanson à la mort de sa mère (et au choc d’une annonce reçue par télégramme), elle donne une clé de lecture qui intensifie tout. À partir de ce moment, Mamy Blue n’est plus seulement un succès de 1971 : c’est une confession chantée, une prière populaire, une douleur mise en musique. C’est précisément ce mélange qui explique sa puissance durable.

 Crédit photo : Georges Biard© - Nicoletta au Festival de Deauville le 5 septembre 2013.
Philippe Pillon

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.

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