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La Turbo 3 de chez Legende Automobiles fascine autant qu’elle intrigue, alimentant une série de malentendus tenaces sur sa nature, ses créateurs et son lien avec Renault. Derrière une silhouette spectaculaire héritée des années 1980 se cache une réalité bien plus singulière : celle d’un atelier californien fondé par des expatriés français, qui ne fabrique ni ne vend de voitures, mais transforme radicalement un châssis que le client apporte lui-même. Qui sont vraiment les fondateurs de Legende Automobiles, sur quelle base travaillent-ils, et en quoi leur projet diffère-t-il de la R5 Turbo 3E officielle de Renault ?

Legende Automobiles n’est pas un constructeur automobile : ce que dit le disclaimer

Sur le site officiel de Legende Automobiles, un texte d’avertissement figure en bas de page, discret mais sans ambiguïté. Il mérite d’être lu attentivement, car il dissipe d’un coup la plupart des malentendus qui circulent sur la Turbo 3. La formulation est claire et sans détour : Legende Automobiles ne fabrique ni ne vend d’automobiles. La société se définit exclusivement comme un prestataire de services spécialisé dans la restauration et le redesign de voitures existantes. Ce n’est pas une nuance de communication, c’est la nature juridique et commerciale de l’entreprise.

Ce disclaimer précise également que Legende Automobiles n’est ni sponsorisée, ni approuvée, ni affiliée à quelque constructeur automobile d’origine que ce soit. Renault, dont la Turbo 1 et la Turbo 2 constituent la matière première du projet, n’a aucun lien officiel avec ce travail. La Turbo 3 naît d’une Renault 5 Turbo des années 1980, elle en reprend l’esprit, elle en réinterprète les proportions, mais elle sort des ateliers d’un atelier de restauration indépendant, et non d’une chaîne de production ou d’un programme officiel de la régie.

L’entreprise ne vend pas une voiture. Elle propose un service de transformation appliqué à un véhicule que le client possède ou fait acquérir.

La confusion avec un statut de constructeur est pourtant fréquente, et elle s’explique. La Turbo 3 arbore une carrosserie intégralement redessinée en fibre de carbone, un nouveau châssis, des phares LED et des performances annoncées qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’original. Visuellement, le résultat ressemble à une voiture neuve. Légalement, il s’agit d’un restomod, catégorie bien connue dans le monde anglo-saxon, encore mal balisée dans l’imaginaire du grand public français.

Ce qui surprend souvent davantage, c’est la localisation de l’entreprise. Derrière un nom qui sonne français, une communication portée en français et des fondateurs tous issus de l’Hexagone, Legende Automobiles est basée à Los Angeles, en Californie. Le collectif à l’origine du projet réunit des expatriés français installés sur la côte ouest américaine : Alan Derosier, designer automobile établi à Los Angeles depuis 2018, Charly Bompas, copropriétaire du garage SoCal Frenchiez, et Pierre Chaveyriat, ingénieur de course. Brice Ollivault, ancien ingénieur de Formule 1, et Alexander Decleves, ingénieur mécanique, complètent l’équipe.

Le projet est donc français dans son âme, californien dans son adresse, et indépendant dans sa structure. Trois réalités qui, réunies, forment un modèle économique rare, surtout dans l’univers de la voiture ancienne réinterprétée.

Ce que la Turbo 3 est vraiment : un restomod sur châssis Renault 5 standard fourni par le client

Pour comprendre ce qu’est réellement la Turbo 3, il faut d’abord comprendre ce qu’elle n’est pas. Legende Automobiles ne fabrique pas de voitures. La société ne vend pas de voitures. Elle transforme celle que vous lui apportez.

Le principe est aussi précis que singulier : le client doit fournir un châssis donneur de Renault 5 trois portes de première génération, une version standard, ordinaire, celle que l’on croise encore parfois dans les vieilles annonces de particuliers. C’est sur cette base, et sur celle-là uniquement, que les ateliers travaillent. Legende Automobiles refuse catégoriquement d’utiliser d’authentiques Renault 5 Turbo 1 ou Turbo 2, et ce refus n’est pas anodin : il traduit une volonté affichée de préserver le patrimoine historique de modèles devenus rares, dont la valeur monte chaque année un peu plus haut sur le marché des voitures d’exception.

Ce que l’atelier propose ensuite relève d’une transformation radicale. Deux configurations sont disponibles. La World Spec développe entre 500 et 650 chevaux grâce à un moteur quatre cylindres turbo de 2,1 litres, le tout pour un poids contenu à 930 kilogrammes. La Euro Spec, plus modérée mais pas moins sérieuse, affiche 350 chevaux avec un bloc turbo de 1,5 litre et descend à 900 kilogrammes. Dans les deux cas, on est loin d’une simple remise en état : on parle d’une machine conçue pour retrouver l’esprit brut et physique des voitures de Groupe B des années 1980, avec des moyens résolument contemporains.

La société agit juridiquement comme préparateur sur le véhicule préexistant et immatriculé du client, ce qui change absolument tout.

Ce positionnement n’est pas qu’une question de sémantique. Il a des conséquences juridiques et économiques considérables. En opérant sur un châssis existant, déjà immatriculé, Legende Automobiles échappe aux lourdes procédures d’homologation imposées aux constructeurs qui commercialisent des véhicules neufs : crash-tests, normes de pollution actuelles, certifications européennes. C’est précisément ce montage qui rend le projet viable, là où une startup qui prétendrait lancer une voiture de série se heurterait immédiatement à des années de procédures et à des investissements colossaux.

Le site de la société formule d’ailleurs la chose sans détour dans sa clause de non-affiliation : Legende Automobiles n’est ni sponsorisée, ni associée, ni approuvée par aucun constructeur automobile. Renault n’a rien à voir avec ce projet. Le chassis d’origine n’est qu’un point de départ, une matière première, pas une caution officielle.

Trois confusions fréquentes sur la Turbo 3, démontées point par point

  • Confusion n° 1 : Légende Automobiles serait une émanation de Renault. C’est l’amalgame le plus tenace, et il est formellement démenti par l’entreprise elle-même. Le site officiel de Légende Automobiles précise noir sur blanc que la société n’est « sponsored, associated, approved, endorsed nor, in any way, affiliated with any OEM / car manufacturer ». Autrement dit, aucun partenariat de conception, aucun accord de licence, aucune validation industrielle n’existe entre les deux entités. Légende Automobiles est une société indépendante, cofondée par le designer Alan Derosier, Charly Bompas et l’ingénieur Brice Ollivault, qui travaille sur des véhicules existants sans bénéficier d’un quelconque appui du groupe au losange. Utiliser le nom Renault 5 dans une conversation sur la Turbo 3, c’est faire référence à une carrosserie et un héritage visuel, pas à une collaboration industrielle.
  • Confusion n° 2 : la Turbo 3 de Légende Automobiles serait la même chose que la « R5 Turbo 3E » de Renault. Ce glissement sémantique est particulièrement répandu dans la presse généraliste, et il mérite d’être corrigé avec précision. La R5 Turbo 3E est un concept-car officiel, 100 % électrique, développé par Renault lui-même et dévoilé en 2022, conçu spécifiquement pour la pratique du drift et doté de 375 chevaux. La Turbo 3 de Légende Automobiles, elle, a été présentée dès juillet 2021, soit près d’un an auparavant, et conserve une motorisation thermique : un quatre cylindres turbocompressé décliné en deux versions, 350 chevaux en spécification européenne et jusqu’à 650 chevaux en version mondiale. Les deux projets partagent un héritage stylistique commun, celui de la Renault 5 Turbo des années 1980, mais ils n’ont aucun lien de conception, de financement ni de filiation. Confondre les deux, c’est mélanger un constructeur automobile officiel et un atelier de transformation indépendant, deux réalités juridiquement et commercialement distinctes.
  • Confusion n° 3 : la Turbo 3 serait construite à partir d’une Renault 5 Turbo ou Turbo 2 originale. L’idée est romanesque, mais elle est inexacte. Les fondateurs de Légende Automobiles considèrent les exemplaires historiques de la R5 Turbo comme intouchables et ne les utilisent pas comme base de travail. Le point de départ est systématiquement une Renault 5 standard de première génération, traction avant, carrosserie trois portes de grande série. Ce châssis ordinaire est ensuite lourdement renforcé, équipé de suspensions de compétition à double triangulation, puis habillé d’une carrosserie sur mesure en fibre de carbone, le tout pour accueillir le nouveau moteur thermique repositionné en position centrale arrière. La rareté et la valeur patrimoniale des vraies Turbo d’époque sont donc préservées. Légende Automobiles ne restaure pas, au sens classique du terme : l’entreprise transforme profondément une base ordinaire pour en faire quelque chose d’entièrement nouveau, ce qui explique aussi son positionnement juridique de société de « restoration and redesign », et non de constructeur automobile.

 

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