Bill Murray : blues, voyages et cameos, un pivot de carrière pour l’acteur
Bill Murray est l’un des rares acteurs hollywoodiens à avoir traversé cinq décennies de carrière sans agent ni publiciste, joignable uniquement via un répondeur téléphonique que les réalisateurs appellent à l’aveugle. En France, son image reste figée sur quelques films devenus cultes : le chasseur de fantômes, l’homme en boucle temporelle, le quinquagénaire mélancolique de Tokyo. Mais que fabrique-t-il vraiment depuis une dizaine d’années, loin des circuits conventionnels et des franchises bankables ?
- Bill Murray, l’acteur qui refuse de vieillir sagement
- De Ghostbusters aux caméos Marvel : une filmographie qui joue les prolongations
- New Worlds, le premier signe d’un artiste en mutation
- Bill Murray and His Blood Brothers : quand l’acteur devient chanteur de blues
- A Course Called Ireland : la docusérie voyage qui s’invite sur BBC et Paramount+
- Ce que ce pivot dit vraiment de Bill Murray
Bill Murray, l’acteur qui refuse de vieillir sagement
Il y a des acteurs qui vieillissent et des acteurs qui mutent. Bill Murray appartient clairement à la seconde catégorie. Né William James Murray le 21 septembre 1950 à Evanston, Illinois, il a traversé cinq décennies de carrière, et depuis la fin des années 1990, il a renvoyé ses agents pour se rendre joignable uniquement via un répondeur téléphonique personnel que les réalisateurs doivent appeler à l’aveugle pour espérer décrocher un rôle. Cette singularité opérationnelle n’est pas un caprice : elle dit quelque chose de fondamental sur la façon dont Murray conçoit son rapport au métier.
En France, le personnage reste figé dans une image composite : le chasseur de fantômes de 1984, le type coincé dans une boucle temporelle à Punxsutawney, le quinquagénaire mélancolique errant dans Tokyo aux côtés de Scarlett Johansson. Ces films existent, ils sont bons, mais ils appartiennent pour la plupart à un autre siècle, ou aux premières années de celui-ci. Ce que les radars francophones captent beaucoup moins bien, c’est ce que Murray fabrique depuis une dizaine d’années : une fin de carrière entièrement construite sur ses propres termes, à l’écart des circuits conventionnels.
Le pivot est réel et documenté. Plutôt que de s’effacer progressivement dans des seconds rôles alimentaires, Murray a formé un groupe de blues-rock, Bill Murray & His Blood Brothers, avec des guitaristes primés aux Blues Music Awards. Il a co-créé un spectacle hybride mêlant musique classique et lectures littéraires. Il a investi le format de la docusérie itinérante. Et sur grand écran, il dose ses apparitions avec une précision chirurgicale : des caméos savamment placés dans l’univers Marvel ou dans des reboots nostalgie, jamais les deux pieds dans la franchise.
Ce n’est pas une retraite déguisée. C’est une réinvention délibérée, menée sans filet et sans attaché de presse.
Pourquoi s’y intéresser maintenant ? Parce que l’automne 2026 marque un point de bascule visible : la docusérie A Course Called Ireland débarque simultanément sur la BBC et Paramount+, pendant que la tournée blues continue de remplir des salles américaines. Pour un lecteur français habitué à l’image figée du Murray hollywoodien, ce portrait-là a tout d’une découverte.
De Ghostbusters aux caméos Marvel : une filmographie qui joue les prolongations
La tentation, pour un acteur de son calibre, aurait été de rempiler sur des premiers rôles bankables jusqu’à l’épuisement du capital sympathie. Murray a choisi autre chose : une présence à géométrie variable, imprévisible, qui lui permet de surgir là où on ne l’attend pas sans jamais s’y installer durablement.
Le retour en Peter Venkman dans SOS Fantômes : L’Héritage (sorti le 19 novembre 2021, réalisé par Jason Reitman) illustre bien cette logique. Murray y reprend son rôle le plus iconique non pas pour porter le film, mais pour clore une séquence émotionnelle aux côtés de Dan Aykroyd et Ernie Hudson, avant de réapparaître dans une scène post-générique avec Sigourney Weaver. Présence brève, effet maximal. Il renouvelle l’exercice dans SOS Fantômes : La Menace de glace (22 mars 2024, réalisé par Gil Kenan), où il endosse à nouveau le combinaison à accélérateur de protons à New York, confirmant que Venkman reste un personnage qu’il peut habiter ponctuellement sans en être prisonnier.
L’incursion Marvel en 2023 est d’une autre nature. Dans Ant-Man et la Guêpe : Quantumania (sorti le 17 février 2023), Murray joue Lord Krylar, gouverneur hédoniste d’Axia dans le Royaume Quantique et ancien allié de Janet van Dyne, le personnage de Michelle Pfeiffer. Un caméo avec du corps, de la texture, une légèreté assumée. Sa façon d’habiter ce personnage en quelques scènes suffit à marquer le film sans en dénaturer l’équilibre d’ensemble. C’est le type de calcul que Murray maîtrise mieux que quiconque.
Le cas de The Friend (présenté en première mondiale au Festival de Telluride le 30 août 2024, puis distribué en salles américaines le 28 mars 2025) relève d’un registre différent. Dans ce film écrit et réalisé par Scott McGehee et David Siegel, adapté du roman de Sigrid Nunez, Murray joue Walter : un auteur et universitaire new-yorkais qui met fin à ses jours et lègue son dogue allemand de 68 kilos à son amie de longue date Iris, interprétée par Naomi Watts. Son rôle se déploie en séquences de flashback, sobres et précises, qui ancrent tout le drame dans une relation humaine réelle. Rien à voir avec la légèreté de Krylar : c’est Murray dans un registre dramatique pleinement habité, prouvant que le caméo n’est pas une fuite mais un choix parmi d’autres.
New Worlds, le premier signe d’un artiste en mutation
Tout le monde a tendance à dater le grand pivot de Murray à sa formation blues en 2024. C’est oublier que la rupture avec les formats traditionnels a commencé bien plus tôt, dans les airs, lors d’un vol transatlantique Berlin-New York en 2013. C’est là que Murray rencontre Jan Vogler, violoncelliste classique allemand, et que naît une amitié improbable qui va donner lieu à l’un des projets scéniques les plus inclassables de ces dernières années.
Le spectacle New Worlds réunit Murray aux côtés de Vogler, de la violoniste Mira Wang et de la pianiste Vanessa Perez. Le concept : alterner des pages de Whitman, Twain et Hemingway avec de la musique de Bach, Schubert, Saint-Saëns, quelques standards de Broadway extraits de West Side Story et des classiques de Van Morrison. Murray ne fait pas de la figuration littéraire entre deux morceaux de violoncelle. Il lit, il joue, il interagit. Le spectacle a débuté le 4 juin 2017 au Kulturpalast de Dresde, lors du festival de musique de la ville, avant de partir en tournée mondiale.
L’album Bill Murray, Jan Vogler & Friends: New Worlds, sorti le 29 septembre 2017 via Decca Gold / Universal Music Classics, fixe l’aventure sur disque. Derrière, la tournée 2017-2019 emmène le quatuor au Carnegie Hall de New York (le 16 octobre 2017), au Sydney Opera House et à l’Elbphilharmonie de Hambourg. Des salles de musique classique, pas des cinémas ni des salles de stand-up. Murray y est chez lui comme si ce terrain-là avait toujours été le sien.
La clôture naturelle de ce chapitre prend la forme d’un documentaire. Le 19 juin 2018, le quatuor se produit à l’Odéon d’Hérode Atticus à Athènes, amphithéâtre de deux mille ans d’âge au pied de l’Acropole, lors du Festival d’Athènes et d’Épidaure. Le réalisateur Andrew Muscato capte la soirée, et le film New Worlds: The Cradle of Civilization est présenté en séance officielle au 74e Festival de Cannes le 16 juillet 2021, avant une sortie en salles nord-américaines le 2 février 2022. Cannes, donc. Pour un film-concert d’un acteur comique américain jouant du Hemingway avec un violoncelliste allemand devant le Parthénon.
Ce projet n’a pas reçu en France le dixième de l’attention qu’il méritait. Il reste pourtant le signal le plus clair d’un artiste qui, depuis 2017, a décidé que la scène non-filmique était son terrain d’exploration principal.
Bill Murray and His Blood Brothers : quand l’acteur devient chanteur de blues
La connexion entre Bill Murray et le blues ne tient pas du caprice tardif. Elle passe par la famille, le golf caritatif et un bluesman répondant au surnom de “Bad News”. C’est Chris Barnes, dit “Bad News” Barnes, qui présente les guitaristes Mike Zito et Albert Castiglia (qui forment ensemble le duo Blood Brothers) à John Murray, frère de Bill. John leur parle de son frère. La machine se met en route.
L’invitation concrète prend la forme du Murray Brothers Caddyshack Charity Golf Tournament, à St. Augustine en Floride. Zito et Castiglia jouent, Bill Murray monte sur scène pour interpréter cinq chansons avec eux. La soirée suffit à convaincre tout le monde. Murray contacte ensuite Zito pour formaliser une collaboration scénique. Au groupe se joint Jimmy Vivino, guitariste et directeur musical des émissions de Conan O’Brien, dont la présence apporte une colonne vertébrale rythmique et arrangée au collectif.
La première officielle a lieu le 4 septembre 2024 au Big Blues Bender, festival organisé au Westgate Resort & Casino de Las Vegas, dans le cadre d’une soirée caritative appelée “HART Party”. Ce n’est pas un galop d’essai discret : c’est une salle remplie, un festival établi, une première remarquée.
Sur scène, Murray n’est pas là pour décorer. Il assure le chant principal sur plusieurs reprises, dont “Slow Down” de Larry Williams et “Like a Rolling Stone” de Bob Dylan. Quand il laisse le micro, il reste en jeu : congas, bongos, tambourins, shakers, cloche à vache. La présence est physique, engagée, loin du caméo musical de complaisance.
La tournée americana de 2025 commence par deux concerts à guichets fermés au Thalia Hall de Chicago, les 3 et 4 janvier, à quelques kilomètres de la ville où Murray a grandi.
Difficile de ne pas y voir quelque chose de délibéré : un retour aux sources géographiques autant que musicales, dans une salle de quartier plutôt que dans une arène.
Les dates clés de la tournée 2025-2027
- Washington D.C., Warner Theatre, 14 novembre 2025 : concert avec Dave Hill (humoriste et musicien) en première partie. La même salle accueille le groupe pour une seconde date le 18 novembre 2026.
- Nouvelle-Orléans, New Orleans Jazz Market, 21 et 22 novembre 2025 : deux représentations dans l’une des capitales américaines du blues et du jazz, terrain de jeu naturel pour la formation.
- Boston, Citizens House of Blues, 22 janvier 2026 : première étape de la tournée hivernale 2026.
- New York, Webster Hall, 24 janvier 2026 : soirée marquée par la présence sur scène de Paul Shaffer à l’orgue, notamment sur “Love the One You’re With” et “Like a Rolling Stone”, aux côtés d’autres invités dont Jim Keller, Dave Hill et Alison Corbett.
- Houston, White Oak Music Hall, 5 février 2026 : passage au Texas pour une salle connue pour ses programmations blues et rock.
- Dallas, Majestic Theatre, 6 février 2026 : dans l’un des théâtres historiques de la ville, le lendemain de Houston.
- Fort Lauderdale (Floride), Au-Rene Theater, Broward Center for the Performing Arts, 18 avril 2026 : étape floridienne dans une salle de spectacle de grande capacité.
- Fort Myers (Floride), Barbara B. Mann Performing Arts Hall, 21 avril 2026 : seconde date floridienne, clôturant cette séquence de tournée printanière.
- Scottsdale (Arizona), Arizona Musicfest, Highlands Church, 13 février 2027 : date confirmée non pas pour les Blood Brothers mais pour le projet New Worlds avec Jan Vogler, preuve que Murray maintient les deux projets scéniques en parallèle.
A Course Called Ireland : la docusérie voyage qui s’invite sur BBC et Paramount+
Tom Coyne est un écrivain américain spécialisé dans la littérature de golf. En 2010, il publie A Course Called Ireland: A Long Walk in Search of a Country, a Pint, and the Next Tee, récit de son périple à pied autour de l’île, de parcours en parcours, de pub en pub. Le livre trouve son public et s’installe durablement dans la bibliothèque des amateurs du genre. Seize ans plus tard, il devient la matière première d’une docusérie dans laquelle Bill Murray tient le premier rôle.
A Course Called Ireland est une production co-signée Stellify Media, société basée à Belfast et filiale de Sony Pictures Television, et Skydance Sports. Six épisodes de trente minutes, réalisés par Chris Cottam, sur un road-trip à travers les parcours de golf emblématiques de la République d’Irlande et d’Irlande du Nord. Murray et Coyne en sont les deux fils conducteurs, explorant ensemble la culture locale, le fameux craic irlandais, et les racines de l’acteur dans l’île. Ce n’est pas une émission de golf. Le golf est le prétexte : la série parle de lieux, de gens, d’appartenance.
La dimension familiale est intacte : Joel Murray et John Murray, deux des frères de Bill, font partie du voyage. Les invités confirment que le projet n’est pas une production formatée : l’acteur irlandais Chris O’Dowd, l’humoriste Joanne McNally, et l’ancien joueur de la NFL Jason Kelce forment une galerie de personnages aussi hétéroclites que le terrain parcouru.
La diffusion démarre le 23 octobre 2026 sur BBC One Northern Ireland et BBC iPlayer, puis sur BBC Two le 25 octobre à 21h30. Ce même 25 octobre, la série part à l’international sur Paramount+ (hors Royaume-Uni et Amérique latine). Les showrunners sont Casey Scharf et Morgan Roberts.
Ce que ce pivot dit vraiment de Bill Murray
Regarder l’ensemble des choix de Murray depuis 2017 donne l’impression d’un homme qui a réglé un problème que beaucoup d’acteurs de sa génération n’arrivent pas à résoudre : comment continuer à travailler sans se trahir. Sa réponse n’est pas la retraite anticipée ni le grand retour dans un blockbuster. C’est une série de projets hybrides qui combinent, presque systématiquement, les mêmes ingrédients : la famille (ses frères apparaissent dans la quasi-totalité de ses aventures non-cinématographiques), l’amitié (Vogler rencontré dans un avion, Zito contacté après une soirée de golf caritatif), et une pratique artistique qui déborde les cases disponibles.
Il opère sans agence, sans manager, sans publiciste. Les réalisateurs qui veulent le joindre laissent un message sur un répondeur. Cette organisation n’est pas une posture : elle lui garantit que rien ne lui arrive sans qu’il l’ait voulu. Le résultat est une filmographie récente cohérente d’une façon que peu d’acteurs peuvent revendiquer. Des caméos Marvel mesurés, des retours Ghostbusters affectueux mais bornés dans le temps, un rôle dramatique sobre dans The Friend. Aucun de ces choix ne ressemble à une nécessité alimentaire.
La tournée blues ajoute une dimension que l’écran ne peut pas offrir : le direct, l’imprévisible, la salle réelle. Murray chante du Larry Williams et du Bob Dylan devant des publics qui l’ont connu comme acteur comique, et il le fait avec des percussions dans les mains. Il a également été maître de cérémonie et guest performer à plusieurs éditions du Crossroads Guitar Festival d’Eric Clapton, notamment en 2007, 2010, 2019 et 2023 (selon les sources disponibles). Ce n’est pas un comédien qui joue au musicien. C’est quelqu’un qui s’autorise à occuper un espace qu’il aime, indépendamment de ce que ça dit de sa marque.
A Course Called Ireland ferme la boucle : golf, Irlande, fratrie, road-trip. Murray a co-fondé les restaurants Murray Bros. Caddyshack et la marque de vêtements William Murray Golf avec ses frères. Le golf n’est pas un hobby de façade : c’est un système de valeurs, un réseau de relations, un territoire où l’humour et la compétition coexistent naturellement. La docusérie BBC/Paramount+ transforme ce territoire en récit.
Ce que tout cela révèle est simple. Bill Murray n’a jamais été un acteur qui se définissait par ses rôles. Il a toujours été quelqu’un qui se définissait par la façon dont il choisissait de passer son temps. Les vingt premières années de sa carrière, Hollywood lui a fourni le cadre. Depuis une dizaine d’années, il le fabrique lui-même.
Sources
- wikipedia.org
- numero.com
- youtube.com
- regard-critique.fr
- american-cosmograph.fr
- festival-cannes.com
- YouTube: New Worlds, le premier signe d’un artiste en mutation
- YouTube: Ce que ce pivot dit vraiment de Bill Murray

Consultant SEO / GEO le jour, passionné de vintage la nuit. Une fois les écrans éteints, je troque les audits et les dashboards pour ma plume sur Monsieurvintage.com. Là, je raconte l’histoire des objets, des voitures et des tendances qui ont marqué les époques, avec une curiosité insatiable pour tout ce qui a un parfum rétro. Entre algorithmes et nostalgie, je construis des ponts entre le passé et le présent.
-
Portrait2 semainesMylène Farmer : l’art du masque et le refuge de l’ombre
-
Programme TV / Série2 semaines5 bonnes raisons de voir le film BON VOYAGE ce soir sur ARTE
-
Motors2 semainesLa ZXMOTO 500RR arrive en France : présentation complète
-
Programme TV / Série2 semaines2 bonnes raisons de voir Terreur Aveugle ce soir sur Arte





