Ford Capri RS 2600 : rétrospective complète
La RS 2600, enfant de la compétition
En 1969, Ford Cologne cherche un moyen de s’imposer dans le championnat européen des voitures de tourisme, l’ETCC. La Capri vient de sortir, belle silhouette de coupé à l’américaine déclinée en plusieurs motorisations, mais aucune n’est taillée pour la compétition sérieuse. Le règlement du groupe 2 impose des contraintes claires : pour engager une voiture en course, il faut en produire un minimum d’exemplaires vendus au public. C’est cette logique d’homologation qui donne naissance à la RS 2600, et non l’inverse.
Ford Performance, piloté depuis Cologne par une équipe qui comprend parfaitement les règles du jeu, décide de prendre le problème à la source. Plutôt que de dériver une version sportive d’une Capri de série, l’équipe conçoit d’abord la voiture de course, puis en tire la version homologation. La RS 2600 de route est donc, dans ses fondamentaux, une auto pensée pour la piste. Le châssis renforcé, la gestion moteur par injection mécanique Kugelfischer, les éléments de carrosserie allégés : chaque choix a une justification de compétiteur, pas de marketeur.
Le V6 Cologne de 2,6 litres remplace le V6 Essex utilisé sur d’autres marchés. Ce choix n’est pas anodin. L’Essex, plus lourd, convient moins à l’optimisation du rapport poids/puissance que Ford vise. Le Cologne, plus compact, laisse aussi plus de marge pour les évolutions en course, où il montera jusqu’à 280 chevaux dans ses versions les plus préparées, loin des 150 affichés en version route.
Ce qui rend la RS 2600 singulière dans la gamme Capri, c’est précisément cet écart entre l’apparence et la substance. Vue de l’extérieur, elle reste une Capri, reconnaissable à son profil long et à son intérieur discret. Mais la philosophie de construction, elle, n’a rien de commun avec une 1.6 GT vendue dans les concessions Ford d’Europe de l’Ouest. La RS 2600 appartient à une autre catégorie, celle des voitures construites avec un règlement sportif en tête, tolerées sur la route parce que le règlement l’exige.

La RS 2600 de route est une auto pensée pour la piste. Crédit photo : Ford©
Fiche technique complète de la Ford Capri RS 2600
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Moteur | V6 Cologne 2,6 L (2 637 cm³) |
| Alimentation | Injection mécanique Kugelfischer |
| Puissance (version route) | 150 ch à 5 800 tr/min |
| Puissance (version course) | Jusqu’à 280 ch |
| Couple (version route) | 224 Nm à 3 500 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle 4 rapports |
| Transmission | Propulsion, pont arrière |
| Poids à vide | Environ 900 kg (1re série allégée, avec ouvrants en fibre de verre et plexiglas) ; modèles routiers de série : 1 050 à 1 080 kg |
| Empattement | 2 559 mm |
| Longueur | 4 186 à 4 250 mm |
| Largeur | 1 640 à 1 646 mm |
| Hauteur | 1 263 mm (portée à 1 283 mm à partir de 1972) |
| Freins | Disques à l’avant (ventilés à partir de fin 1971), tambours à l’arrière |
| Jantes | Alliage léger spécifiques RS |
| Vitesse maximale (route) | Environ 210 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,5 secondes |
| Années de production | 1970 à 1973 |
| Usine d’assemblage | Ford Cologne (Allemagne) |
| Nombre d’unités produites | 3 532 |

Une ligne américaine et sportive. Crédit photo : Ford©

Crédit photo : Ford©
Ce qui distingue la RS 2600 des autres Capri de la gamme
| Version Capri | Moteur | Puissance | Équipements distinctifs | Gamme | Public visé |
|---|---|---|---|---|---|
| Capri 1.3 | 4 cyl. 1,3 L carburateur | 52 ch | Équipement de base | Entrée de gamme | Grand public, usage quotidien |
| Capri 1.6 GT | 4 cyl. 1,6 L carburateur | 86 à 88 ch | Sellerie sport légère | Milieu de gamme | Jeunes conducteurs cherchant le style |
| Capri 2.0 GT | 4 cyl. 2,0 L carburateur | 93 à 98 ch | Instrumentation complète, finition GT | Milieu-haut de gamme | Conducteurs voulant plus de dynamisme |
| Capri 3.0 GXL | V6 Essex 3,0 L carburateur | 138 ch | Finition luxe, équipement riche | Haut de gamme grand public | Clientèle aisée, confort et prestige |
| Capri RS 2600 | V6 Cologne 2,6 L injection Kugelfischer | 150 ch | Panneaux alu, freins à disque ventilés à l’avant et tambours à l’arrière, jantes alliage RS, trains roulants modifiés | Très supérieur, production limitée | Passionnés, homologation course groupe 2 |
Spécificités techniques et détails de fabrication
- Les premières séries produites (environ 50 exemplaires, surnommées « Plastikbombe ») reçoivent des portes, un capot et un couvercle de coffre en fibre de verre (GRP), un choix directement dicté par l’exigence de réduction de poids en groupe 2, abandonné ensuite sur les séries suivantes pour des raisons de coût et de praticité.
- L’injection mécanique Kugelfischer remplace le carburateur standard : ce système, utilisé notamment sur certaines BMW de compétition de l’époque, permet une gestion plus précise du mélange air/carburant et supporte bien mieux les hautes températures et le régime soutenu inhérents à la course.
- Les freins avant sont à disques, ce qui n’est pas la norme sur ce segment en 1970 : à l’avant, c’est habituel sur les versions sportives de l’époque, mais la version route conserve des tambours à l’arrière, réservant les solutions plus radicales aux préparations piste.
- Les trains roulants sont réétudiés par rapport aux versions de série : géométrie de suspension modifiée, ressorts et amortisseurs à tarage plus ferme, barre stabilisatrice arrière renforcée pour réduire le roulis en virage.
- Les jantes en alliage spécifiques au programme RS, plus légères que les roues acier de série, participent à la réduction des masses non suspendues et améliorent la réponse du train roulant.
- Le groupe 2 impose une homologation sur la base d’une production minimale commercialisée de 1 000 unités sur douze mois, et autorise ensuite des modifications substantielles pour la version course : Ford a largement dépassé ce seuil, puisque la production totale s’élève à 3 532 unités sur quatre ans de commercialisation.
- Le moteur V6 Cologne 2,6 L est choisi, entre autres, pour sa culasse qui offre de meilleures perspectives d’évolution que celle du V6 Essex : les préparateurs pouvaient y travailler la respiration pour atteindre des puissances bien au-delà des 150 ch de la version homologuée.

La RS 2600 appartient à une autre catégorie, celle des voitures construites avec un règlement sportif en tête. Crédit photo : Ford©
Production et bilan commercial : 3 532 unités, un chiffre à replacer en contexte
Entre 1970 et 1973, Ford Cologne assemble 3 532 exemplaires de la RS 2600. Ce chiffre, précis, dit quelque chose d’essentiel sur la nature de la voiture : il n’est pas le résultat d’un succès commercial inattendu, ni le signe d’un échec. Le règlement FIA du groupe 2 n’exigeait qu’un minimum de 1 000 unités sur une période de douze mois, si bien que les 3 532 exemplaires produits représentent plus du triple du seuil minimal d’homologation, et non un simple ajustement au plus près de ce seuil.
La répartition par année de production suit une courbe qui mérite d’être précisée. L’assemblage en série ne débute qu’à la fin de l’année 1970, et c’est en réalité 1972 qui constitue l’année de pointe, avec 1 360 unités construites. Les années 1973 voient ensuite la cadence ralentir, à mesure que les priorités sportives évoluent et que la relève se prépare ailleurs.
Le marché principal est l’Allemagne. La RS 2600 y est vendue dans les concessions Ford, mais son prix, nettement supérieur à celui de toute autre Capri, la réserve d’emblée à une clientèle restreinte. Les exportations existent, quelques exemplaires rejoignent d’autres pays européens, notamment la Belgique et les Pays-Bas, mais elles restent marginales. Le Royaume-Uni, grand marché pour la Capri ordinaire, n’est pas la cible prioritaire : Ford Angleterre commercialise ses propres variantes sportives, et la RS 2600 avec son V6 Cologne ne correspond pas à l’offre moteur déjà installée outre-Manche. C’est d’ailleurs Ford Grande-Bretagne, et non Ford Cologne, qui développera et produira la RS 3100 à Halewood et Boreham, en s’appuyant sur le moteur Essex V6 britannique.
3 532 unités en trois ans : pas un succès de masse, pas un échec. Exactement le chiffre d’une voiture qui n’a jamais cherché à être autre chose qu’un outil de compétition homologué.
Ce bilan commercial atypique est cohérent avec les ambitions initiales. Ford n’a jamais vendu la RS 2600 comme une Capri améliorée pour l’automobiliste du dimanche. La communication autour du modèle insiste sur la filiation avec la compétition, sur les victoires en piste, sur la rigueur technique. Le faible volume produit devient lui-même un argument de vente auprès d’une clientèle qui comprend ce que cela signifie. La Ford Mustang avait conquis les foules par le nombre ; la RS 2600 choisit délibérément le chemin inverse. Au global, la Ford Capri tous modèles confondus s’est vendue à 1 886 647 unités.

La Ford Capri RS 2600 s’est vendue à 3 532 unités en trois ans. Crédit photo : Ford©
Palmarès en compétition et héritage de la RS 2600
En compétition, la RS 2600 tient ses promesses. Dès 1971, elle s’impose comme une force dans l’European Touring Car Championship. Dieter Glemser remporte le titre des conducteurs en 1971 au volant d’une Capri RS 2600 engagée par Ford Cologne, devant une concurrence que les Alfa Romeo GTA et BMW 2800 CS avaient dominée les saisons précédentes. En 1972, la RS 2600 confirme sa compétitivité, et Jochen Mass remporte le titre pilotes au volant d’une Capri RS 2600 d’usine cette année-là. Des pilotes comme Jochen Mass apparaissent dans les engagements de l’époque, signe que Ford mise sur plusieurs équipages pour couvrir les différentes manches du championnat.
Ce palmarès n’est pas anodin. Il démontre que le concept de départ tenait la route : une voiture d’homologation conçue depuis la piste, capable de battre des concurrents plus puissants sur le papier. La légèreté obtenue grâce aux panneaux en fibre de verre, la précision de l’injection Kugelfischer et les trains roulants retravaillés font la différence là où une simple Capri de série n’aurait rien à faire.
La RS 2600 ouvre directement la voie à la RS 3100, présentée en 1973. Ford a besoin d’homologuer un moteur plus gros pour rester compétitif face aux évolutions des concurrents, et la logique est la même : produire le minimum d’exemplaires route pour valider le règlement, puis débrider la mécanique pour la course. La RS 3100, avec son V6 3,1 litres, ne sera construite qu’à environ 250 exemplaires, ce qui en fait une rareté encore supérieure. Plus tard, la Capri Turbo des années 1980 hérite d’une partie de cet héritage de développement, même si le contexte de la compétition a changé.
Aujourd’hui, la RS 2600 est l’une des Capri les plus recherchées par les collectionneurs. Sa cote reste élevée, portée par le faible nombre d’exemplaires subsistants en bon état, par la présence des panneaux en fibre de verre fabriqués par BBS sur les premières séries allégées, et par un palmarès en course documenté. Elle représente quelque chose de rare dans l’histoire de Ford Europe : une voiture qui n’a jamais cherché à séduire le plus grand nombre, et qui, pour cette raison précisément, n’a pas été oubliée.
Aujourd’hui, la Capri est ressortie sous le forme d’un SUV 100% électrique. Les deux versions n’ont en commun que le nom, tant par le design que le bruit.
Les prix en occasion
En 2026, la Ford Capri RS 2600 se négocie entre 30 000 et 120 000 euros, voire plus, en fonction de l’état du véhicule. Voici un tableau des tarifs du marché :
| État du véhicule | Fourchette de prix constatée |
|---|---|
| À restaurer entièrement / Sortie de grange | 30 000 € – 45 000 € |
| Bon état général / Restaurée avec quelques concessions | 50 000 € – 68 000 € |
| État concours (Excellent) / Entièrement d’origine (Matching Numbers) | 75 000 € – 90 000 € |
| Version Compétition historique / Préparation FIA Groupe 2 homologuée | 100 000 € – 120 000 €+ |
Sources

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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