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Ce lundi 17 août 2026 à 21h10, France 3 replonge dans l’un des plus grands mythes du cinéma avec Pour une poignée de dollars. Premier volet de la célèbre “trilogie du dollar” de Sergio Leone, le film, sorti en 1964, a non seulement révolutionné le western, mais aussi transformé un jeune acteur américain encore relativement inconnu en icône mondiale : Clint Eastwood.

Et la bonne nouvelle ne s’arrête pas là : France 3 proposera les trois films à une semaine d’intervalle. Rendez-vous donc ce soir pour Pour une poignée de dollars, puis lundi 24 août à 21h10 pour Et pour quelques dollars de plus, avant de conclure le cycle lundi 31 août à 21h10 avec Le Bon, la Brute et le Truand (qui pour ses 60 ans vient de ressortir au cinéma dans une version restaurée 4K, notre article en cliquant ici).

5 bonnes raisons de visionner Pour une poignée de dollars

Une excellente occasion de redécouvrir, dans l’ordre, une trilogie qui a changé à jamais la manière de filmer le Far West. Voici 5 bonnes raisons de ne surtout pas manquer le premier épisode ce soir.

  1. Parce que tout commence ici : la naissance d’un mythe

En 1964, personne ne sait encore que Sergio Leone est sur le point de bouleverser le western.

Le réalisateur italien s’attaque pourtant à un genre alors largement dominé par Hollywood. Pendant des décennies, le western américain avait imposé ses codes : les grands espaces, les héros courageux, les shérifs irréprochables, les cow-boys héroïques et une certaine vision mythifiée de la conquête de l’Ouest.

Leone va faire voler tout cela en éclats.

Son Far West est sale, violent, poussiéreux et profondément immoral. Ici, les personnages ne sont pas nécessairement bons ou mauvais : ils cherchent surtout à survivre, à gagner de l’argent ou à éliminer celui qui se trouve sur leur chemin.

La Cinémathèque française considère d’ailleurs Pour une poignée de dollars comme le film qui a véritablement fait basculer le cinéma populaire et installé le western spaghetti comme une nouvelle mythologie.

Le terme “western spaghetti”, utilisé à l’origine avec une certaine condescendance pour désigner ces westerns tournés en Europe par des réalisateurs italiens, va rapidement devenir le nom d’un genre à part entière.

Et son principal architecte s’appelle Sergio Leone.

  1. Parce que Clint Eastwood devient “l’Homme sans nom”

C’est probablement la raison numéro un de revoir le film. Lorsque Clint Eastwood accepte Pour une poignée de dollars, il n’est pas encore la légende que l’on connaît aujourd’hui. Né en 1930, l’acteur américain s’est principalement fait connaître grâce à la série télévisée Rawhide. Au début des années 1960, il reste loin du statut de star hollywoodienne.

Leone va pourtant voir quelque chose chez lui :

Un visage fermé.
Un regard glacial.
Une économie de gestes.
Une présence incroyable à l’écran.

Et surtout, cette capacité à ne presque rien dire tout en occupant tout l’écran.

Dans Pour une poignée de dollars, Eastwood incarne un mystérieux étranger qui arrive dans la petite ville de San Miguel. Son nom n’est jamais véritablement donné. Il deviendra progressivement “l’Homme sans nom”, même si le personnage est appelé Joe dans certaines versions.

Poncho poussiéreux, barbe de quelques jours, cigarillo au coin des lèvres, regard plissé et revolver à la main : Leone invente une nouvelle manière de représenter le cow-boy. On est très loin du John Wayne impeccable.

Le pistolero d’Eastwood est cynique, opportuniste et parfaitement capable de jouer les deux camps lorsqu’il y trouve son intérêt. Comme le résume parfaitement la Cinémathèque française, le succès du film va transformer cet obscur acteur de télévision américain en vedette internationale.

Clint Eastwood ne deviendra pas seulement une star grâce à Sergio Leone : il va devenir une icône.

  1. Parce que le scénario est beaucoup plus malin qu’il n’en a l’air

L’histoire est finalement très simple.

Dans la petite ville mexicaine de San Miguel, deux familles rivales s’affrontent pour contrôler le territoire. D’un côté, les Baxter, impliqués dans le trafic d’armes. De l’autre, les Rojo, qui contrôlent la contrebande d’alcool.

C’est alors qu’arrive un mystérieux étranger. Plutôt que de choisir définitivement son camp, il comprend immédiatement qu’il peut faire monter les deux factions l’une contre l’autre et gagner de l’argent sur les deux tableaux.

Il propose donc ses services, manipule les uns, trompe les autres et provoque progressivement une véritable guerre entre les deux clans. Le synopsis officiel du film résume parfaitement cette mécanique : l’étranger s’immisce entre les deux bandes rivales et tire profit des deux camps.

Mais derrière cette histoire de vengeance, d’argent et de fusillades, Leone propose surtout une vision totalement nouvelle du héros. Son personnage principal n’est pas un chevalier. Il est intéressé, cynique et parfois franchement amoral. Et c’est précisément ce qui va rendre le personnage fascinant.

  1. Parce que Sergio Leone invente une nouvelle grammaire du western

C’est sans doute l’aspect le plus important du film.

Aujourd’hui, les gros plans extrêmes sur les yeux d’un personnage, les silences interminables avant un duel, les mains qui se rapprochent lentement d’un revolver ou encore les paysages écrasés par le soleil nous semblent familiers.

En 1964, beaucoup de ces choix sont révolutionnaires. Leone transforme le duel en véritable cérémonie : un regard, un silence, le vent, un bruit de pas, une main qui se rapproche lentement de la crosse. Puis soudain : le coup de feu.

Le réalisateur italien ralentit le temps et fait monter la tension jusqu’à l’explosion. Il joue également énormément sur les visages. Les personnages deviennent presque des paysages à eux seuls : rides, sueur, poussière, regards et cicatrices sont filmés en très gros plans.

Leone tourne notamment en Espagne, autour d’Almería, avec des moyens relativement modestes. Mais il réussit à donner à ses décors une dimension épique. Le résultat est paradoxal : un film européen qui donne l’impression de réinventer l’Amérique.

  1. Parce qu’il y a… Ennio Morricone !

Et comment parler de Pour une poignée de dollars sans évoquer Ennio Morricone (retrouvez notre article sur Ennio Morricone en cliquant sur ce lien) ? C’est l’autre génie qui se trouve derrière la naissance du mythe. La musique de Morricone ne se contente pas d’accompagner les images : elle participe directement à la narration.

Sifflements, percussions, guitares, trompettes, voix et sonorités étranges donnent au film une identité immédiatement reconnaissable. Le compositeur et Leone vont développer une collaboration exceptionnelle qui se poursuivra avec Et pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand, puis Il était une fois dans l’Ouest et plusieurs autres films.

La bande originale de Pour une poignée de dollars est même devenue indissociable de l’image de Clint Eastwood et du western spaghetti. Larousse souligne que la musique, les personnages, l’intrigue et les codes du genre sont réunis ici pour former quelque chose de totalement nouveau. Leone filme la violence comme un opéra et Morricone la met en musique.

Une histoire de plagiat devenue légendaire

Il y a aussi une histoire particulièrement savoureuse derrière le film. Pour une poignée de dollars est très largement inspiré de Yojimbo (*Le Garde du corps), le film de samouraïs réalisé par le Japonais Akira Kurosawa en 1961.

Le principe est quasiment identique : un homme solitaire arrive dans une ville dominée par deux factions rivales et décide de jouer les deux camps l’un contre l’autre. Le problème ? Les droits n’avaient pas été correctement négociés.

Le succès international du film entraîne donc un procès avec les ayants droit de Kurosawa. Celui-ci obtient notamment les droits d’exploitation du film dans plusieurs territoires asiatiques ainsi qu’une participation aux bénéfices.

L’ironie de l’histoire est que Kurosawa lui-même s’était inspiré de la littérature américaine, notamment de Dashiell Hammett. Le western de Leone est donc, en quelque sorte, un film de samouraïs devenu western… lui-même inspiré d’un roman américain.

Un accueil d’abord très loin d’être triomphal

Aujourd’hui, Pour une poignée de dollars est considéré comme un monument du cinéma. Mais à sa sortie, rien n’était gagné. Le film est présenté comme un western européen réalisé avec des moyens limités et porté par un acteur américain encore inconnu du grand public.

La légende raconte même que son distributeur ne croyait pas vraiment au potentiel du film et qu’il fut programmé dans une salle de banlieue de Florence avec peu d’ambition. Puis le bouche-à-oreille fait son travail. Le public italien se précipite pour découvrir cet étrange western qui ne ressemble à aucun autre.

Le succès devient rapidement énorme et contribue à lancer le phénomène du western spaghetti. En France, en revanche, la critique est initialement beaucoup plus sévère. Certaines critiques de 1966 sont même particulièrement assassines. Mais le temps va faire son œuvre. Et aujourd’hui, le film est devenu un classique absolu.

Les spectateurs d’AlloCiné lui attribuent actuellement une moyenne de 4,2/5, preuve que près de six décennies après sa réalisation, le film continue de fonctionner auprès du public.

Une “trilogie” qui n’en était pas une au départ

Petite précision amusante : Sergio Leone n’avait absolument pas prévu de réaliser une trilogie. Pour une poignée de dollars est conçu comme un film indépendant. Après son succès, Leone réalise en 1965 Et pour quelques dollars de plus, puis en 1966 Le Bon, la Brute et le Truand.

Les trois films seront ensuite réunis sous l’appellation de “trilogie du dollar”, également appelée “trilogie de l’Homme sans nom”. Il n’existe d’ailleurs pas véritablement de continuité narrative entre les trois films.

Clint Eastwood y interprète à chaque fois un personnage mystérieux et solitaire, mais les trois histoires sont indépendantes. Et pourtant, quelque chose les relie : le style Leone.

Trois lundis, trois monuments du western

France 3 offre donc une très belle occasion de redécouvrir cette trilogie dans son ensemble.

Lundi 17 août 2026 – 21h10

Pour une poignée de dollars

1964 – Sergio Leone
Avec Clint Eastwood, Marianne Koch et Gian Maria Volontè

Le film fondateur. Celui par lequel tout commence.

Lundi 24 août 2026 – 21h10

Et pour quelques dollars de plus

1965 – Sergio Leone
Avec Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Gian Maria Volontè

Leone dispose de davantage de moyens et affirme encore son style. Eastwood retrouve son poncho et s’associe à Lee Van Cleef pour traquer le terrible “Indien”. France 3 avait déjà présenté ce deuxième volet comme l’une des pièces maîtresses du cycle consacré aux westerns culte de Leone.

Lundi 31 août 2026 – 21h10

Le Bon, la Brute et le Truand

1966 – Sergio Leone
Avec Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Eli Wallach

Le sommet de la trilogie et probablement le film le plus célèbre de Sergio Leone. Guerre de Sécession, chasse au trésor, trio improbable, musique mythique de Morricone et l’un des duels les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Le film est notamment devenu l’un des grands classiques du western spaghetti et a connu un immense succès en France.

Pourquoi regarder Pour une poignée de dollars ce soir ?

Parce qu’il ne s’agit pas simplement de revoir un vieux western des années 1960. C’est assister à la naissance de quelque chose :

La naissance de Sergio Leone comme grand cinéaste.
La naissance du mythe Clint Eastwood.
La naissance du western spaghetti moderne.
La naissance d’une collaboration historique entre Leone et Morricone.

Et surtout, c’est découvrir le premier chapitre d’une trilogie dont le dernier épisode deviendra l’un des films les plus populaires et les plus cités de toute l’histoire du cinéma. Alors ce soir, à 21h10 sur France 3, laissez tomber les séries, les plateformes et les nouveautés. Éteignez les lumières. Montez le son.

Et quand cet étranger en poncho descendra de sa mule à San Miguel, avec son cigarillo au coin des lèvres et son regard qui en dit long, souvenez-vous d’une chose : en 1964, Sergio Leone ne savait pas encore qu’il était en train de créer une légende. Et près de 62 ans plus tard, la légende fonctionne toujours.



Crédit photo de UNE : Wikimedia - Clint Eastwood en 1964.
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