Road trip en Provence en voiture ancienne : le vestiaire du gentleman driver
Une ancienne décapotée, la route de Cézanne en ligne de mire, les platanes qui défilent : sur le papier, tout est parfait. Puis vient la première heure de route, et avec elle la veste qui tire aux épaules, la chemise collée au dossier en skaï et les semelles qui glissent sur le pédalier. Rouler en ancienne, c’est un art. S’habiller pour le faire en est un autre.
Pourquoi on ne s’habille pas au volant comme au bureau
Un costume de ville est pensé pour un homme debout. Au volant d’une voiture des années 60, on passe au contraire des heures assis, bras tendus vers un grand volant sans direction assistée, dans un habitacle où l’air conditionné se résume à la vitre ouverte.
Les gentlemen drivers de l’époque l’avaient bien compris. Leur élégance n’avait rien de décoratif : chaque détail répondait à une contrainte de conduite. C’est d’ailleurs cette filiation entre tailleur et course automobile qu’avait remise au goût du jour Cifonelli en devenant tailleur officiel des 24 Heures du Mans. Le principe reste valable pour une simple balade dominicale.
La veste de conduite : ce qu’il faut demander à son tailleur
C’est ici que le sur-mesure prend tout son sens. Une veste de prêt-à-porter est coupée pour un corps immobile. Une veste pensée pour la route intègre trois ajustements que l’on ne trouve quasiment jamais en rayon.
Des emmanchures hautes
C’est le détail le plus important et le moins connu. Une emmanchure basse, courante en confection, fait remonter tout le corps de la veste dès que vous levez les bras vers le volant. Une emmanchure haute et étroite laisse le bras bouger sans entraîner le reste. Le paradoxe est déroutant au premier essayage : c’est la veste qui semble la plus ajustée qui offre le plus de liberté.
Des fentes plutôt qu’un dos fermé
Assis, une veste sans fente se froisse en accordéon dans le bas du dos et remonte sur les épaules. Deux fentes latérales laissent le pan tomber de chaque côté du siège. C’est la solution la plus confortable et, accessoirement, celle qui garde la veste présentable à l’arrivée.
Une épaule souple et une longueur maîtrisée
Une épaule peu structurée, sans rembourrage épais, suit le mouvement au lieu de le contrarier. Côté longueur, une veste légèrement plus courte évite d’être assis sur ses propres pans. Quant aux manches, un centimètre de moins que la normale dégage le poignet, la montre et le gant.
Quels tissus pour rouler en Provence l’été ?
En juillet, un habitacle d’ancienne en plein soleil dépasse facilement les 40 degrés. La flanelle et le tweed, si photogéniques soient-ils, restent au garage. Trois étoffes tiennent vraiment la route :
- La laine à fil retors, souvent appelée fresco : une armure très aérée qui laisse passer l’air et reprend sa forme après des heures assis. C’est le tissu de voyage par excellence.
- Le lin-laine : la respiration du lin, avec une meilleure tenue au froissé. Le bon compromis pour une veste qui doit aussi faire bonne figure au restaurant le soir.
- Le seersucker : son relief gaufré éloigne le tissu de la peau. Un peu plus décontracté, parfait sur un cabriolet.
Côté couleurs, le beige, le sable et l’olive font merveille dans la poussière des routes provençales, qui marque impitoyablement le bleu marine en quelques kilomètres.
Les accessoires du gentleman driver
Les gants
Perforés sur le dos, ouverts aux articulations, en cuir fin : les gants de conduite ne sont pas une coquetterie. Un volant en bakélite ou en bois devient glissant dès que les mains transpirent, et un cerclage qui a chauffé au soleil brûle réellement.
Les mocassins de conduite
Leur semelle à picots, qui remonte sur le talon, permet de sentir finement les pédales et de faire pivoter le pied sans user la chaussure. Nés en Italie dans les années 60 pour les pilotes, ils restent la seule chaussure réellement pensée pour la conduite. À réserver au volant, en revanche : sur les pavés de Gordes, leur semelle fine pardonne peu.
Lunettes et couvre-chef
Des lunettes à verres minéraux, pour la lumière rasante de fin de journée. Et un couvre-chef qui tient au vent : casquette plate ou panama à bord court. Le chapeau à large bord, lui, finira immanquablement dans le fossé au premier virage.
L’itinéraire : d’Aix-en-Provence au Luberon
Aix fait un point de départ idéal. On quitte la ville par la route de Cézanne, qui file vers Le Tholonet au pied de la Sainte-Victoire : quelques kilomètres de virages, de pins et de roche blanche qui ont nourri plus de quatre-vingts toiles du peintre. On remonte ensuite vers le nord, direction Lourmarin et son château Renaissance, puis les villages perchés du Luberon, Bonnieux, Lacoste, Gordes, jusqu’aux ocres de Roussillon.
Beaucoup de passionnés profitent de l’étape aixoise pour préparer leur garde-robe. Le showroom de costume sur mesure à Aix-en-Provence de la maison Faubourg Saint Sulpice, installé au 9 rue Victor Leydet, à deux pas du cours Mirabeau, reçoit sur rendez-vous. C’est l’occasion de poser précisément les questions évoquées plus haut : hauteur d’emmanchure, fentes, grammage. Seule condition, anticiper : il faut compter quatre à six semaines de confection, avec au moins un essayage. Mieux vaut donc s’y prendre au printemps pour rouler en été.
Avant de tourner la clé
Une dernière règle, que les anciens pilotes appliquaient sans y penser : on retire sa veste pour conduire sur les longues étapes, et on la remet à l’arrivée. Pliée doublure vers l’extérieur sur la banquette arrière, elle arrivera sans un pli. Et pour le reste de la préparation, du contrôle de la mécanique au budget, nos conseils pour préparer son road trip en voiture restent valables, que vous rouliez en coupé des années 60 ou en berline d’aujourd’hui.
Le reste appartient à la route.

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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