De l’icône populaire au manifeste d’orfèvre : comment Ian Callum a réinventé la Mini de sa jeunesse
Quand deux noms emblématiques de l’automobile britannique se retrouvent, le résultat ne peut pas être ordinaire. Wood & Pickett, carrossiers des célébrités dès les années 1960, et CALLUM, le studio fondé par Ian Callum après deux décennies à la tête du design Jaguar, ont uni leurs savoir-faire pour réinventer la Mini classique sous la forme du Wood and Pickett Mini by CALLUM. À partir de 88 000 £ hors taxes, cette machine construite à l’unité soulève des questions qui intéressent tous les passionnés de restomod : jusqu’où peut-on pousser une icône sans la trahir, et que signifie aujourd’hui offrir à une Mini le traitement d’une supercar artisanale ?
- Wood and Pickett Mini by CALLUM : naissance d’un restomod british
- David Gandy, premier propriétaire et co-créateur de son exemplaire
- La base technique : une Mk5 Sportspack reconstruite de zéro
- Moteur, freinage et châssis : les chiffres clés de la fiche technique
- Design extérieur et intérieur : l’héritage Margrave revisité
- Prix, production limitée et processus de commande
- Pourquoi ce projet compte pour la communauté Mini francophone
Wood and Pickett Mini by CALLUM : naissance d’un restomod british
Le 25 juin 2025, deux noms historiques du monde automobile britannique se retrouvent officiellement associés : Wood & Pickett et CALLUM. Le résultat s’appelle le Wood and Pickett Mini by CALLUM, et il représente quelque chose d’assez rare dans le paysage du restomod actuel : une Mini classique retraitée avec les méthodes et les ambitions d’un coach-builder contemporain haut de gamme. La voiture fait ensuite ses débuts publics au Heveningham Concours dans le Suffolk, du 27 au 29 juin 2025.
Wood & Pickett, c’est d’abord une histoire de carrossiers. Bill Wood et Les Pickett fondent leur atelier en 1947, après avoir travaillé chez Hooper & Co, l’un des carrossiers historiques de Rolls-Royce. Dès les années 1960, ils deviennent la référence pour qui veut une Mini vraiment différente : leur modèle « Margrave », avec son tableau de bord en ronce de noyer, ses selleries cuir et ses options à la carte, attire une clientèle de célébrités. La marque a traversé plusieurs décennies et plusieurs propriétaires. Elle appartient aujourd’hui à Motaclan Limited, groupe britannique spécialisé dans la préservation de marques automobiles classiques, qui détient aussi XPart (l’ancienne division pièces MG Rover) et Leacy MG.
CALLUM, de son côté, est un studio fondé à Warwick en 2019 par Ian Callum CBE. Le nom résonne immédiatement pour quiconque suit le design automobile : Ian Callum a dirigé le design chez Jaguar de 1999 à 2019, signant la Jaguar F-Type, et il est aussi l’auteur de l’Aston Martin Vanquish et de la DB9. Une vingtaine de collaborateurs, un atelier de 20 000 pieds carrés, et une philosophie claire : ne travailler que sur des projets qui « intriguent et enthousiasment ».
« La Mini est l’une des automobiles les plus importantes jamais créées, non seulement pour son ingénierie innovante, mais pour ce qu’elle représente culturellement. » Ian Callum CBE
Ce projet ne cherche pas à produire une Mini « améliorée » au sens courant du terme. L’ambition est ailleurs : offrir à la Mini classique un traitement de carrosserie sur mesure au niveau de ce que l’on attend d’une supercar artisanale, de l’usinage billet aux finitions de surface exclusives, en passant par une ergonomie pensée pour 2025. Chaque exemplaire est fabriqué à la main au Royaume-Uni. Le prix annoncé démarre à 88 000 £ hors taxes et hors véhicule donneur. Ce n’est pas un kit. Ce n’est pas une série. C’est une voiture construite à l’unité, pour un propriétaire précis, avec l’équipe design impliquée à chaque étape
David Gandy, premier propriétaire et co-créateur de son exemplaire
David Gandy n’est pas arrivé dans ce projet par hasard. Mannequin britannique de réputation internationale et collectionneur passionné, il connaît Ian Callum de longue date. Leur collaboration précédente incluait notamment des bagages sur mesure pour sa Porsche 356C de 1964, ce qui donne une idée du niveau d’exigence et de personnalisation que Gandy attend d’un partenariat créatif.
Pour son exemplaire du Wood and Pickett Mini by CALLUM, il a travaillé directement avec l’équipe de design, tranche par tranche, matière par matière. La teinte extérieure en métal anthracite s’inspire de la Mini Cooper S 1967 bronze/marron métallisé qui avait appartenu à Steve McQueen, un choix qui dit beaucoup : Gandy ne cherche pas l’originalité pour elle-même, il cherche une référence précise, culturellement chargée, et il l’interprète à sa façon. La bande centrale vient compléter la robe sans la surcharger.
À l’intérieur, le cuir écossais Bridge of Weir de teinte fauve habille les sièges ergonomiques dessinés et confectionnés sur mesure par CALLUM. La planche de bord réinterprète l’historique tableau de bord « Margrave », avec ses cerclages d’aérateurs en métal usiné et sa rampe de commutateurs type touches de piano. Chaque détail porte une décision, un choix assumé plutôt qu’une option cochée dans un catalogue.
Sa commande transforme le projet. Avant lui, le Wood and Pickett Mini by CALLUM existait comme ambition, comme concept, comme annonce de presse. Après lui, c’est une voiture homologuée pour la route, livrée, conduite. Présentée publiquement au Salon Privé dans les jardins du Blenheim Palace en août 2025, la Mini de Gandy fait le trajet du dessin à la réalité roulante. Et elle le fait avec la précision de quelqu’un qui a pesé chaque choix.
« Le Wood and Pickett Mini by CALLUM incarne tout ce que j’aime dans l’artisanat automobile : du sur-mesure, de l’attention au détail, et bien sûr, de la performance », dit-il. Être le premier propriétaire d’une telle machine, c’est aussi une responsabilité : c’est lui qui définit, par son exemplaire, ce que ce projet est capable de produire.
Photos Wood and Pickett Mini by CALLUM
La base technique : une Mk5 Sportspack reconstruite de zéro
Pour reconstruire une Mini classique à ce niveau d’exigence, le choix de la base de départ est déterminant. CALLUM et Wood & Pickett ont retenu la Mini Mk5 Sportspack à injection multipoint, la dernière génération de la Mini classique produite par Rover entre 1997 et 2000. C’est la version la plus aboutie techniquement de la lignée originale : moteur MPI, carrosserie renforcée, équipement de série plus complet. Une base saine, bien documentée, avec un réseau de pièces encore vivant.
Mais « base restaurée » ne signifie pas « carrosserie récupérée et nettoyée ». Chaque exemplaire part d’une coque entièrement neuve, fournie sous licence officielle par British Motor Heritage, portières, capot et couvercle de coffre compris. C’est la même source que celle utilisée par les restaurateurs professionnels les plus sérieux : des éléments de carrosserie produits à partir des outillages d’origine, sans fatigue métallique ni historique inconnu.
Les berceaux avant et arrière sont intégralement décapés, inspectés, traités contre la corrosion puis reconditionnés selon les spécifications d’usine. Les trains roulants reçoivent des pivots de fusée neufs, des roulements neufs, une crémaillère neuve et des composants de direction entièrement remplacés. Rien n’est conservé par défaut : si une pièce peut être remplacée à neuf, elle l’est.
La transmission suit la même logique. La boîte de vitesses est reconstruite, disponible au choix en configuration à 4 ou 5 rapports selon les préférences du client. Les rapports sont révisés pour correspondre aux caractéristiques du moteur préparé, et un embrayage haute performance renforcé remplace l’équipement d’origine pour absorber le surcroît de puissance sans faiblir. Le résultat est une base mécanique qui n’a de « classique » que la silhouette : tout ce qui tourne, frotte ou supporte une charge a été remis à neuf ou refait.
Moteur, freinage et châssis : les chiffres clés de la fiche technique
| Élément | Exemplaire David Gandy | Modèle catalogue officiel | Note |
|---|---|---|---|
| Bloc moteur | A-Series Stage 3 atmosphérique | A-Series Stage 3 atmosphérique | 4-cylindres Rover |
| Cylindrée | 1 310 cm³ | 1 380 cm³ | Espritmini.fr a présenté les 1 310 cm³ comme valeur unique de la série : c’est inexact, il s’agit de la commande spécifique Gandy |
| Puissance | 110 ch (82 kW) | 100+ ch (100+ BHP) | |
| Culasse | Culasse billet optimisée et taillée dans la masse | Idem | |
| Alimentation | Injection multipoint / twin-point, accélérateur drive-by-wire | Idem | |
| Échappement | Double sortie centrale relevée (upswept tailpipes) | Idem | Ligne sport sur mesure |
| Transmission | Boîte manuelle reconstruite, 4 ou 5 rapports, embrayage sport renforcé | Idem | Rapports révisés |
| Freinage avant | Disques ventilés et rainurés 8,4 pouces | Idem | |
| Suspension | Kit route réglable (road-tuned), berceaux reconditionnés | Idem | |
| Direction | Crémaillère et composants neufs | Idem | |
| Roues | Jantes alliage 13 pouces à 4 branches, dessinées par CALLUM | Idem | Développées spécifiquement pour ce projet |
Design extérieur et intérieur : l’héritage Margrave revisité
Extérieurement, le point de départ est une silhouette que tout le monde reconnaît. CALLUM a choisi de ne pas la lisser : les soudures de carrosserie apparentes sont conservées délibérément, Ian Callum estimant qu’elles font partie de l’identité visuelle de la Mini conçue par Alec Issigonis, et qu’y toucher reviendrait à effacer quelque chose d’essentiel. Ce que l’équipe a modifié, en revanche, c’est tout ce qui entoure cette structure.
Les élargisseurs d’ailes sont ceux d’époque, signés Wood & Pickett, fidèles aux formes galbées qui ont fait la réputation du Margrave dans les années 1960. Ils s’articulent avec des bas de caisse sculptés et des jupes avant et arrière entièrement redessinées, intégrant des conduits de refroidissement de frein. Le chrome traditionnel disparaît au profit de l’Anthracite Finish, un traitement de surface métallique exclusif développé par CALLUM, qui donne aux entourages, baguettes et pièces extérieures une teinte anthracite sombre et satinée. Le résultat vieillit mieux que le chrome, et tranche nettement avec les restomods qui se contentent d’une peinture brillante sur une silhouette inchangée.
L’éclairage est entièrement recréé. À l’avant, les optiques full LED proviennent de la gamme Monaco GP (fournies par Original Cafe Racer) et logent dans des cuvelages redessinés. À l’arrière, des blocs carrés à LED fabriqués sur mesure portent la double signature Wood & Pickett by CALLUM. La continuité avec la Mini d’origine est là, mais la technologie, elle, est bien de ce siècle.
À l’intérieur, l’héritage Margrave est lisible mais réinterprété. La planche de bord reprend l’architecture générale du tableau de bord historique, avec ses cercles d’instruments et ses aérateurs, mais les cerclages sont usinés en métal, les selleries sont en cuir Bridge of Weir fauve tanné en Écosse, et l’instrumentation moderne se glisse discrètement dans le dessin d’ensemble sans le trahir. La rampe de commutateurs type touches de piano, pièce distinctive du Margrave originel, est présente, mais elle coexiste avec un écran multimédia tactile intégrant Apple CarPlay. Deux époques, un seul habitacle.
L’isolation acoustique et thermique a été entièrement repensée avec des insonorisants multicouches modernes et des moquettes haute densité. La Mini classique n’était pas connue pour son confort sonore : les résonances métalliques qui faisaient partie du caractère de la voiture ont ici été considérablement atténuées, sans supprimer la présence du moteur. Le fil que CALLUM tisse entre les sixties et l’ère numérique est précisément là : tout ce qui était délicieux dans la Mini d’origine, l’échelle, la vivacité, le caractère, est préservé. Tout ce qui était simplement pénible a été corrigé.
Prix, production limitée et processus de commande
- Le prix de base officiel est affiché à partir de 88 000 £ HT (environ 100 000 €), tel qu’indiqué sur les plateformes de CALLUM et Wood & Pickett.
- Ce tarif exclut le véhicule donneur (une Mini Mk5 Sportspack à sourcer séparément), les options de personnalisation, la TVA et les frais de livraison.
- Aucun nombre total d’exemplaires n’a été rendu public : la production est décrite comme « strictement limitée », sans quota fixé officiellement.
- Chaque commande donne lieu à un processus de cocréation directe entre le client et l’équipe design de CALLUM, garantissant qu’aucun exemplaire n’est identique à un autre.
- L’accès à un créneau d’assemblage se fait sur demande, via bon de réservation auprès de CALLUM (hello@callumdesigns.com) ou de Wood & Pickett.
- En parallèle du véhicule complet, Wood & Pickett by CALLUM développe et commercialise un catalogue d’accessoires et de pièces haut de gamme destinés aux propriétaires de Mini classiques souhaitant personnaliser leur propre voiture, sans nécessairement commander un véhicule complet.
Pourquoi ce projet compte pour la communauté Mini francophone
La Mini n’a jamais été une voiture ordinaire en France. Ses victoires au Rallye Monte-Carlo en 1964, 1965 et 1967 ont construit une légende sportive qui dépasse les frontières britanniques. Les clubs français de Mini classiques, du Mini Cooper Club de France au French National Mini Meeting, rassemblent des passionnés qui connaissent chaque variante, chaque millésime, chaque préparateur historique. Wood & Pickett fait partie de cette culture. Pas comme un détail anecdotique, mais comme une référence.
Dans les années 1960 et 1970, posséder une Margrave, c’était afficher quelque chose. Mick Jagger fit peindre la sienne en noir en 1967. Twiggy, Elton John, Paul et Linda McCartney, le prince Mohamed Bolkiah de Brunei : la liste des propriétaires dit tout sur ce que représentait alors cette petite voiture surréaliste et luxueuse. Une Mini, mais pas vraiment. Un objet de mode autant qu’une machine.
Photos de la communauté Callum
Ce que propose la Wood and Pickett Mini by CALLUM en 2025, c’est la continuité de cette idée, avec les moyens et les standards d’aujourd’hui. Pour la communauté francophone des passionnés de Mini, le projet mérite attention pour une raison précise : il refuse les compromis faciles. Pas de conversion électrique pour coller à une tendance, pas de carrosserie déseaming pour lisser le profil. Ian Callum a explicitement décidé de conserver les soudures extérieures d’origine, jugeant qu’elles appartiennent à l’identité de la voiture telle qu’Alec Issigonis l’a dessinée. Ce respect de la structure originelle, tout en portant les finitions à un niveau de supercar artisanale, est exactement ce que les puristes du restomod demandent depuis des années.
« C’est une voiture qui a brisé les règles et est devenue une icône mondiale. » Ian Callum CBE
Pour ceux qui ne peuvent pas, ou ne souhaitent pas, commander un exemplaire complet à 88 000 £ (environ 100 000 €), la gamme d’accessoires Wood & Pickett by CALLUM ouvre une porte plus accessible vers cet univers. Un moyen d’amener un peu de cette esthétique sur une Mini classique déjà possédée, sans refaire la voiture de fond en comble.
La vision qu’Ian Callum défend depuis le début est simple : la Mini est un symbole universel d’ingéniosité et de style britanniques, et ce symbole n’a pas de date de péremption. Réimaginé pour une nouvelle génération de collectionneurs, avec l’héritage de Wood & Pickett comme boussole, le projet ne cherche pas à remplacer l’original. Il cherche à prouver que l’original avait encore quelque chose à dire.
Sources
- Callum Design
- Photos : avec l’aimable autorisation de @Callum / Tous droits réservés

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