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Depuis ses débuts fracassants en 1970 jusqu’à son dernier exemplaire sorti d’usine en décembre 2023, la Dodge Challenger a incarné comme aucune autre la démesure du muscle car américain. Née pour défier la Mustang et la Camaro, elle a survécu à des décennies de bouleversements industriels, de chocs pétroliers et de révolutions réglementaires, sans jamais renier son ADN. Comment une voiture conçue pour une Amérique des années 1970 est-elle devenue une icône mondiale, adulée jusque sur les routes françaises ? Que reste-t-il de cet héritage à l’heure où Dodge tourne la page du thermique pour embrasser l’électrique ?

La première génération (1970-1974) : naissance d’un muscle car iconique

En 1970, Dodge n’arrive pas dans la bataille des pony cars par hasard. La guerre est déjà ouverte depuis des années entre Ford et sa Mustang d’un côté, General Motors et sa Camaro de l’autre. Chrysler, qui a déjà la Barracuda chez Plymouth, décide de frapper fort avec une machine conçue pour séduire une Amérique jeune, prospère et avide de sensations. La Challenger débarque avec des lignes larges, un capot allongé et une silhouette qui respire la puissance avant même que le moteur ne tourne.

Ce qui distingue immédiatement la Challenger de ses concurrentes directes, c’est la générosité de son catalogue moteurs. Le 426 Hemi, un V8 de 7 litres développant 425 chevaux officiels selon les chiffres d’époque, représente l’argument ultime pour les amateurs de chrono. Le 440 Six Pack, équipé de trois carburateurs double corps en ligne, n’est pas en reste et offre un couple dévastateur accessible à un plus grand nombre d’acheteurs. Ces motorisations font de la Challenger l’une des voitures les plus redoutables des drag strips américains au tournant des années 1970.

La pony car war pousse chaque constructeur à surenchérir sans cesse, et Dodge joue le jeu avec enthousiasme. La Challenger T/A, homologuée pour la Trans-Am racing series, incarne cet esprit de compétition transposé sur route ouverte. Ses flancs élargis, son becquet arrière et ses sorties d’échappement latérales en font une icône visuelle immédiate.

Mais le destin de cette première génération reste cruel : à peine quatre ans d’existence avant que le choc pétrolier de 1973 ne change les règles du jeu.

Les constructeurs américains se retrouvent sous pression réglementaire, les assurances flambent pour les gros moteurs, et la demande s’effondre. La production de la Challenger s’arrête en 1974, laissant derrière elle une réputation intacte, presque mythifiée par sa brièveté même.

Dodge Challenger première génération de 1970 couleur noire et orange

Dodge Challenger 1ère génération – modèle 1970. Crédit photo : Dodge©

La deuxième génération (1978-1983) : quand le nom mythique devient… une Mitsubishi

Lorsqu’on évoque la Dodge Challenger, les images qui viennent immédiatement à l’esprit sont celles d’une imposante muscle car américaine, avec son long capot, ses moteurs V8, ses couleurs flamboyantes et son caractère brutal. La première génération, apparue en 1970, est devenue l’une des grandes icônes automobiles américaines.

Mais entre cette première Challenger et la spectaculaire renaissance de 2008 se cache une génération beaucoup moins glorieuse. Produite de 1978 à 1983, la deuxième Challenger constitue sans doute l’un des épisodes les plus curieux de l’histoire du modèle.

Car cette Challenger n’a pratiquement plus rien d’américain. Elle est en réalité une Mitsubishi Galant Lambda rebadgée, importée du Japon et vendue à travers le réseau Dodge.

Une Challenger sans V8, sans gros moteur, sans carrosserie de muscle car et avec un petit quatre-cylindres sous le capot : pour les amateurs de la première génération, le choc est rude.

De la muscle car au petit coupé japonais

Pour comprendre cette étonnante métamorphose, il faut replacer la voiture dans son époque. La première Challenger avait été lancée en 1970 au cœur de l’âge d’or des muscle cars. Elle partageait sa plateforme avec la Plymouth Barracuda et pouvait recevoir une impressionnante gamme de moteurs, allant des six-cylindres aux énormes V8. Mais la crise pétrolière, le durcissement des normes antipollution et l’évolution des goûts des automobilistes américains ont progressivement condamné ce type d’automobile.

La première Challenger disparaît ainsi après le millésime 1974. Quatre ans plus tard, Dodge décide pourtant de ressusciter le nom. Et c’est là que l’histoire devient pour le moins surprenante.

Pour le millésime 1978, Chrysler se tourne vers Mitsubishi et prend dans sa gamme le coupé Galant Lambda. Le modèle est importé aux États-Unis, légèrement adapté et commercialisé dans le réseau Dodge sous le nom de Dodge Colt Challenger. Autrement dit, la nouvelle Challenger n’est pas une nouvelle génération de la muscle car américaine : c’est une importation captive japonaise à laquelle on a apposé un badge Dodge.

Mitsubishi vendait par ailleurs ce coupé sous différentes appellations selon les marchés, notamment Sapporo ou Scorpion, tandis que Plymouth disposait de sa propre version, baptisée Sapporo.

Un look qui laisse perplexe

Le problème, c’est que la silhouette n’a absolument rien à voir avec celle de la Challenger originale. Alors que la première génération affichait une carrosserie basse, large et agressive, la deuxième génération adopte les proportions caractéristiques d’un coupé japonais de la fin des années 1970.

Elle conserve certes une carrosserie deux portes à toit rigide sans montant central, ce qui constitue un petit clin d’œil à la Challenger originelle. Mais pour le reste, le décalage est immense. La ligne est plus haute, plus étroite et beaucoup plus sage. Les surfaces vitrées sont importantes et les volumes paraissent presque utilitaires à côté de ceux d’une véritable muscle car.

Dodge tente toutefois de lui donner une personnalité plus sportive que sa cousine Plymouth Sapporo. Les couleurs sont plus vives, les décorations extérieures plus agressives et certaines versions reçoivent des bandes adhésives destinées à rappeler l’univers sportif de Dodge.

Mais difficile de faire passer une Galant Lambda pour une descendante naturelle d’une Challenger R/T. Le résultat possède aujourd’hui un charme totalement décalé, mais à l’époque, beaucoup d’amateurs ont surtout eu le sentiment que Dodge avait usurpé un nom mythique.

Dodge Challenger blanche de deuxième génération modèle 1981

Dodge Challenger de deuxième génération – modèle 1981. Elle n’a plus rien d’une muscle-car. Crédit photo : Mr.Choppers©

Et sous le capot ? Où sont passés les V8 ?

C’est probablement ici que la rupture avec la première génération est la plus spectaculaire. La Challenger de 1970 pouvait recevoir des six-cylindres et une impressionnante palette de V8. La nouvelle venue abandonne totalement cette philosophie. Sous son capot se trouvent des quatre-cylindres en ligne Mitsubishi.

Au lancement, la gamme propose notamment un 1,6 litre, tandis qu’un 2,6 litres vient compléter l’offre. Selon les versions et les années, les puissances se situent grossièrement entre 77 et 106 ch. Oui, vous avez bien lu : 106 ch maximum. Pour une voiture portant le nom Challenger, la comparaison avec les V8 de la première génération est forcément cruelle.

Le moteur 2,6 litres est néanmoins techniquement intéressant. Ce gros quatre-cylindres Mitsubishi utilise des arbres d’équilibrage destinés à réduire les vibrations inhérentes à ce type de mécanique. Cette technologie était particulièrement innovante à l’époque et la Challenger fait partie des premières automobiles à l’avoir introduite sur le marché américain.

Mais technologiquement intéressante ne signifie pas forcément émotionnellement excitante. Avec ses quelque 100 chevaux, cette Challenger n’est évidemment pas destinée à brûler du pneu au feu rouge.

Dodge Challenger I vs Dodge Challenger II : deux générations que tout oppose

Caractéristiques Dodge Challenger I – 1970 Dodge Challenger II – 1978-1983
Philosophie Muscle car américaine Coupé compact japonais
Base technique Plateforme Chrysler E-Body Mitsubishi Galant Lambda
Motorisations 6 cylindres et V8 4 cylindres en ligne
Cylindrée De 3,2 à plus de 7 litres selon les versions 1,6 et 2,6 litres
Puissance Jusqu’à plusieurs centaines de chevaux Environ 77 à 106 ch
Transmission Propulsion Propulsion
Origine États-Unis Japon
Positionnement Muscle car performante Coupé compact économique
Image Icône des années 1970 « Vilain petit canard » de la famille Challenger

La troisième génération (2008-2023)

En 2008, Dodge prend une décision qui ressemble davantage à une déclaration culturelle qu’à un simple lancement commercial. La marque ressuscite le nom Challenger avec une carrosserie qui ne cherche pas à dissimuler ses sources d’inspiration : les courbes larges, le capot musclé et la calandre trapue renvoient directement à l’original de 1970. Ce retour assumé au design rétro n’est pas une nostalgie timide, c’est une conviction. Dodge parie que l’Amérique, et au-delà, a encore faim de ce langage visuel.

La gamme s’articule autour de trois variantes principales. La SE représente le niveau d’entrée, accessible et quotidienne. La R/T renoue avec un sigle emblématique des années soixante-dix, propulsée par un V8 Hemi de 5,7 litres qui rappelle aux amateurs pourquoi le bruit d’un gros moteur américain reste une expérience à part entière. Mais c’est la SRT8 qui fait basculer la Challenger dans une autre dimension, avec son V8 de 6,1 litres développant 425 chevaux, une puissance qui met fin à toute ambiguïté sur les intentions de Dodge.

Ce retour en grâce dépasse largement les frontières américaines : en Europe, et particulièrement en France, la Challenger 2008 devient une référence immédiate pour tous ceux qui suivent la culture muscle-car depuis des décennies.

Elle incarne quelque chose de rare : une voiture neuve qui assume pleinement son héritage sans en avoir honte. Les ventes progressent, la notoriété s’installe, et Dodge comprend qu’il peut aller encore plus loin. En 2014, la marque lève le voile sur une version qui va redéfinir les standards du genre. Le moteur Hellcat, un V8 suralimenté de 707 chevaux, propulse la Challenger dans une catégorie presque sans équivalent direct. Ce bloc extraordinaire, que vous pouvez découvrir en détail dans notre article consacré au Dodge Challenger SRT Hellcat : 707 chevaux sous le pied droit !, ouvre concrètement la voie à la génération de tous les extrêmes.

Dodge Challenger de troisième génération année 2015 habitacle rouge et noir

Dodge Challenger de troisième génération- modèle 2015. Un intérieur “sport”. Crédit photo : Dodge©

Dodge Challenger de troisième génération année 2019 habitacle noir

Dodge Challenger de troisième génération – modèle 2019. Crédit photo : Dodge©

Dodge Challenger rouge troisième génération de 2019

Dodge Challenger troisième génération – modèle 2019. Le retour du muscle-car ! Crédit photo : Dodge©

Les modèles spéciaux de la troisième génération

  • La Dodge Challenger SRT Hellcat : 707 chevaux sous le pied droit ! arrive en 2015 et pose d’emblée les règles du jeu : un moteur suralimenté de 6,2 litres, 707 chevaux, un chiffre qui sidère la concurrence et propulse la Challenger dans une catégorie presque à part.
  • La SRT Hellcat Redeye, introduite pour l’année modèle 2019, monte encore d’un cran avec 797 chevaux, confirmant que Dodge n’entend pas ralentir la cadence mécanique.
  • La Super Stock de 2021 reprend le moteur de la Demon originale de 2018 et affiche 807 chevaux, positionnée explicitement comme une voiture de série prête pour la piste de dragster.
  • La Challenger SRT Demon 170, présentée en 2023 comme ultime salut, représente le sommet absolu de cette escalade : 1 025 chevaux fonctionnant à l’éthanol E85, un 0 à 96 km/h en 1,66 seconde, une accélération officiellement reconnue comme la plus rapide jamais mesurée pour une voiture de série homologuée.
  • La production de la Demon 170 est volontairement limitée à 3 300 exemplaires pour le marché nord-américain, ce qui en fait immédiatement un objet de collection autant qu’un outil de performance.
  • Les séries « Last Call » regroupent sept éditions spéciales lancées à partir de 2022, chacune rendant hommage à un modèle ou une couleur emblématique de l’histoire Dodge, comme la Swinger, la Shakedown ou la Black Ghost, inspirée d’une Challenger noire des années 1970 qui courait illégalement dans les rues de Detroit.
  • Ces éditions Last Call sont produites en séries limitées aux volumes variables selon les variantes, certaines étant particulièrement exclusives, comme la King Daytona et la Black Ghost, chacune strictement limitée à 300 unités.
  • La fin de production intervient officiellement en décembre 2023, clôturant une ère de cinquante ans de moteur thermique pour la Challenger, avant une transition annoncée vers l’électrique.
  • Chaque modèle spécial de cette période porte une plaque commémorative fixée sous le capot, affichant la silhouette du véhicule et indiquant qu’il a été conçu à Auburn Hills et assemblé à Brampton, témoignage discret d’un fragment d’histoire industrielle américaine.

Images des modèles spéciaux Dodge Challenger troisième génération – crédit photos : Dodge©

Dodge Challenger SRT HELLCAT WIDEBODY rouge de 2018

Dodge Challenger SRT HELLCAT WIDEBODY de 2018. Crédit photo : Dodge©

Dodge Challenger troisième génération SRT 8 couleur orange et noire

Dodge Challenger troisième génération SRT 8 – modèle 2008. Crédit photo : Dodge©

Dodge Challenger SRT DEMON troisième génération - modèle 2018 en train de rouler couleur orange

Dodge Challenger SRT DEMON troisième génération – modèle 2018. Crédit photo : Dodge©

Dodge Challenger SRT HELLCAT troisième génération - modèle 2015 couleur verte et noire à l'arrêt

Dodge Challenger SRT HELLCAT troisième génération – modèle 2015. Crédit photo : Dodge©

Dodge Challenger SRT SUPERSTOCK - modèle 2020 de couleur orange fluo

Dodge Challenger SRT SUPERSTOCK – modèle 2020. Crédit photo : Dodge©

Une Challenger version cabriolet

Modèle rare, pour ceux qui voulaient conduire la Dodge Challenger cheveux aux vents, l’atelier DROP TOP CUSTOMS proposait de découvrir la muscle-car. Ce préparateur, le plus ancien carrossier spécialisé des États-Unis, permettait de roulé décapoté, voir photo ci-dessous.

Dodge Challenger troisième génération version cabriolet, préparée par DROP TOP CUSTOMS couleur bordeaux métal

Dodge Challenger troisième génération version cabriolet, préparée par DROP TOP CUSTOMS sur commande. Crédit photo : Dodge©

Décembre 2023 : la fin d’une ère et l’héritage de la Challenger

Le dernier exemplaire de série a quitté l’usine de Brampton, en Ontario, en décembre 2023. Un geste technique, presque banal dans le calendrier industriel, mais qui a résonné bien au-delà des cercles de passionnés. Plus de cinquante ans après ses débuts, la Dodge Challenger tirait sa révérence, emportant avec elle quelque chose que l’automobile contemporaine ne sait plus vraiment produire : un caractère brut, immédiatement reconnaissable, sans compromis apparent.

Ce départ n’était pas une surprise. Dodge avait anticipé la séquence avec les séries « Last Call », une salve d’éditions limitées destinées à saluer chaque grande étape de l’histoire du modèle. Le Demon 170, capable d’abattre le quart de mile en un peu plus de huit secondes, avait conclu cette parade avec une forme d’insolence délibérée. Comme si la marque tenait à rappeler, une dernière fois, ce que signifiait pousser un moteur thermique dans ses derniers retranchements.

En cinquante ans, la Challenger est devenue l’un des rares véhicules à traverser les générations sans jamais renier son identité.

Sur les routes françaises, où elle est restée une curiosité importée plutôt qu’un usage quotidien, elle occupait une place particulière dans l’imaginaire. On la croisait aux rassemblements de véhicules américains, on la reconnaissait dans des films comme Boulevard de la mort, on l’associait à une certaine idée de la liberté mécanique que l’Europe n’a jamais vraiment cultivée de la même façon.

La transition électrique de Dodge se dessinait déjà à l’horizon au moment de cette sortie de ligne, avec le projet Charger Daytona en fil conducteur. Mais aucun kilowatt ne remplacera tout à fait le bruit sourd d’un V8 Hellcat au démarrage. Pour les amateurs de muscle cars, qu’ils soient à Detroit ou en banlieue de Lyon, c’est précisément cette sensation-là, physique, presque excessive, qui disparaît avec elle.

Sources

  • Dodge Challenger
  • YouTube: Décembre 2023 : la fin d’une ère et l’héritage de la Challenger
  • Crédit photos : Dodge© – photo de UNE ©Dodge Dodge Challenger 3ème génération RALLYE REDLINE de 2012.
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