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Certains mots vieillissent mieux que d’autres. Il y en a qui traversent les générations sans prendre une ride : voiture, maison, vacances… Et puis il y en a d’autres qui semblent avoir été rangés dans une armoire avec les nappes en plastique, les téléphones à cadran et les cassettes VHS. Le problème, c’est que certains boomers continuent de les utiliser avec une parfaite décontraction, sans se douter que, pour un jeune de 20 ans, ils sonnent parfois aussi modernes qu’un Minitel. Revenons ensemble sur les mots et expressions que nous, boomers, utilisons, alors que nos ados ne les comprennent pas.

“Feuilleton” : le mot qui a disparu avec la télé d’autrefois

Prenez le mot “feuilleton”. Aujourd’hui, on regarde une série. Autrefois, on regardait un feuilleton. Et non, ce n’est pas exactement la même chose. “Tu regardes le feuilleton ce soir ?” Si vous dites cette phrase aujourd’hui à un adolescent, il y a de fortes chances qu’il vous regarde avec un mélange d’incompréhension et de compassion.

Pourtant, pendant des décennies, “feuilleton” était un mot parfaitement courant pour désigner une fiction télévisée diffusée en épisodes successifs. Le terme vient à l’origine de la presse écrite. Le feuilleton désignait une partie d’un journal consacrée notamment aux romans publiés en épisodes. L’idée était donc simple : une histoire découpée en plusieurs parties, qu’il fallait suivre régulièrement.

La télévision a naturellement repris le terme. Dans les années 60, 70, 80 et encore au début des années 90, on parlait ainsi volontiers de feuilletons télévisés. On pouvait regarder Dallas, Les Feux de l’amour, Dynastie ou Santa Barbara et annoncer fièrement le lendemain :

“Alors, t’as regardé le feuilleton hier soir ?” Aujourd’hui, on dira plutôt : “T’as regardé la série ?”

Pourquoi “série” a remplacé “feuilleton” ?

Parce que le paysage audiovisuel a profondément changé. Le mot “feuilleton” était associé à une forme bien particulière de télévision : une histoire racontée sur une longue durée, souvent mélodramatique, avec des épisodes diffusés régulièrement à la télévision.

Le mot “série”, beaucoup plus large, s’est progressivement imposé avec l’évolution des programmes et des formats. Aujourd’hui, on parle de série policière, série comique, série dramatique, mini-série, série documentaire, etc.

Et surtout, l’arrivée des plateformes de streaming a définitivement ringardisé le vocabulaire ancien. Netflix ne vous demande pas : “Voulez-vous regarder le prochain épisode de votre feuilleton ?” Non. On vous propose une série.

Et si vous regardez quatre épisodes d’affilée jusqu’à 3 heures du matin, vous faites du binge-watching. Vous ne “regardez pas le feuilleton en retard”. Vous avez terminé la saison 3 en une nuit.

“Le feuilleton” n’est pas le seul mot à avoir pris sa retraite

Le plus amusant, c’est que les générations précédentes ont laissé derrière elles tout un vocabulaire qui continue parfois à survivre dans la bouche des parents et des grands-parents.

Des mots parfaitement compréhensibles… mais qui donnent immédiatement une indication sur l’année de naissance de celui qui les prononce. Continuons notre petit voyage dans le dictionnaire des boomers.

“Magnétoscope”

“J’ai enregistré le film sur le magnétoscope.” Aujourd’hui, cette phrase nécessite presque une explication archéologique. Le magnétoscope était autrefois l’appareil indispensable pour enregistrer les programmes télévisés sur cassette VHS.

Il fallait programmer l’heure de début, l’heure de fin, choisir la bonne chaîne… Et surtout ne pas oublier de mettre la cassette. Aujourd’hui, un jeune enregistre rarement quelque chose. Il clique sur “regarder plus tard”. Et lorsqu’il veut revoir un film, il le cherche sur une plateforme.

Le magnétoscope a donc connu une évolution assez brutale : appareil indispensable → objet encombrant → antiquité → objet vintage.

“Cassette”

Pour un boomer, une cassette peut être audio ou vidéo. Pour un jeune, une cassette est surtout un objet rectangulaire mystérieux avec deux petites roues à l’intérieur. La cassette audio avait pourtant une fonction extraordinaire : elle permettait d’écouter de la musique partout. Enfin… partout où l’on avait pensé à la rembobiner.

Et si la bande sortait ? Il fallait dégainer le stylo Bic. Le jeune d’aujourd’hui n’a jamais connu cette technologie de pointe consistant à rembobiner une cassette avec un stylo. Ceci étant et à l’instar du disque vinyle, la cassette audio fait doucement son retour. D’ailleurs, certains artistes sortent désormais leurs albums en CD, disque vinyle et cassette audio. C’est le cas de Taylor Swift, Dua Lipa ou Julien Doré.

“Appeler sur le fixe”

“Appelle-moi à la maison.” Cette phrase pourrait presque être exposée dans un musée. Le téléphone fixe était autrefois le centre de communication de toute la famille. Et surtout, lorsqu’un adolescent recevait un appel, ses parents pouvaient répondre avant lui.

“Allô ?”, “Bonjour, c’est pour qui ?”, “Pour Virgile.” “C’est qui ?”

La vie privée n’était donc pas exactement une priorité. Et pour les ados qui attendaient un appel personnel, difficile de s’isoler, puisque le téléphone fixe était de surcroît … filaire ! Donc il fallait rester proche de la prise murale.

Aujourd’hui, le téléphone est dans la poche de son propriétaire. Et si quelqu’un appelle sur le fixe ? Il y a de fortes chances que personne ne décroche.

“Appelle-moi sur mon portable”

Voilà une expression qui a elle aussi évolué. Le mot “portable” existe toujours, bien sûr, mais chez les jeunes, on entend énormément plus souvent “téléphone” ou “téléphone portable”. Et surtout, personne ne dit : “Je vais prendre mon portable pour téléphoner.”

On va prendre son téléphone. Téléphoner n’étant d’ailleurs plus forcément sa fonction principale. Un smartphone sert désormais à tout sauf, parfois, à téléphoner.

“K7”

La fameuse K7. Une abréviation qui faisait gagner trois caractères à l’époque où les SMS n’existaient pas. On enregistrait ses chansons préférées à la radio, avec le doigt prêt à appuyer sur REC et une patience infinie pour attendre que le morceau commence.

Le DJ parlait pendant l’introduction ? Catastrophe. Il fallait recommencer. Aujourd’hui, on crée une playlist en quelques secondes.

“La chaîne”

“Change de chaîne !” Cette phrase appartient désormais à une époque où il fallait se lever du canapé pour changer de programme. Puis est arrivée la télécommande, révolution absolue. Aujourd’hui, les jeunes ne pensent même plus vraiment en termes de “chaînes”.

Ils pensent en plateformes et contenus. Netflix, YouTube, Disney+, Prime Video… La télévision n’est plus une fenêtre avec quelques programmes disponibles à une heure précise. C’est devenu un immense catalogue.

“Le programme télé”

Autrefois, le programme télé était quasiment un objet stratégique. On consultait le journal ou un magazine pour savoir ce qui passait le soir. La majorité des foyers avaient le programme TV, format papier, posé sur la table basse du salon. Cet objet avait une telle importance, qu’au zénith de son succès, le leader des magazines TV : Télé 7 Jours, édité par Hachette Filipacchi Presse, avait une diffusion de 3 millions d’exemplaires au début des années 1990.

Aujourd’hui, le même magazine se diffuse à 630 903 exemplaires (source : ACPM / année 2025). Ce qui reste surprenant malgré une diffusion divisée par 5 en 30 ans. Mais certains boomers sont restés fidèles au papier, ainsi que les personnes âgées.

“Ce soir, il y a quoi à la télé ?” C’était la question essentielle. Aujourd’hui on dit : “C’est sur Netflix ?” Si la réponse est non, il reste YouTube, ou une autre plateforme de streaming. En quelques minutes, on accède au film de son choix.

“Une mobylette”

Justement. Mobylette est probablement l’un des mots qui permettent de dater instantanément une conversation. Aujourd’hui, on dit plutôt scooter, cyclomoteur ou simplement scoot. Mais pour une génération, la mobylette évoque immédiatement les années 70 et 80.

Et avec elle, une époque où un adolescent pouvait bricoler son moteur pendant tout un samedi après-midi pour gagner péniblement 5 km/h.

“Les waters”

Voilà un mot qui mérite une médaille. “Où sont les waters ?” Aujourd’hui, la phrase provoque immédiatement une légère remontée dans le temps. On dit plutôt : “Où sont les toilettes ?” Ou, plus simplement : “Les WC, c’est où ?”

Les “waters” ont donc disparu, comme les salons de coiffure qui s’appelaient encore “Figaro” et les latrines publiques.

Et puisque nous en sommes aux “commodités”, n’oublions surtout pas le mot “cabinet”. Un terme non pas utilisé par les boomers, mais par leurs parents et anciennes générations. Essayez un peu de dire à un ado de 2026 s’il est allé au cabinet ! Il vous regardera comme si vous faisiez un AVC, estimant que vos propos sont totalement incohérents ! Il faut dire aussi que “cabinet” est cruellement vintage, pour ne pas dire ringard et d’une autre époque.

“Une réclame”

La réclame était autrefois un terme courant pour parler de publicité. Aujourd’hui, on dit pub. “Il y a une réclame à la télévision.” Cette phrase pourrait parfaitement être prononcée par un personnage de film en 1968.

Mais attention : dire “réclame” aujourd’hui peut immédiatement donner l’impression que l’on vient de quitter sa Peugeot 404 pour aller acheter du lait chez Félix Potin.

“Un Félix Potin”

Et puisqu’on parle de Félix Potin (on y revient disait la pub, euh, la réclame pardon..)… Voilà un autre mot qui appartient au musée de la consommation française. On allait au Félix Potin, Prisunic, au Continent, au Suma, Parunis, au Mammouth ou au Shopi.

Aujourd’hui, les jeunes vont chez Carrefour, Lidl, Leclerc, Intermarché… Mais souvent sur … Amazon ! Et les moins jeunes racontent : “Moi, quand j’étais petit, on faisait les courses au Mammouth.” Le jeune écoute. Il ne sait pas ce qu’est un Mammouth. Mais il imagine très bien l’animal.

“Un Tancarville”

Alors, si votre ado propose de vous aider à étendre le linge sur le Tancarville, c’est qu’il est probablement possédé. Appelez un prêtre, parce que le gamin ne peut pas connaître ce mot, et encore moins vous proposer de participer aux corvées de la maison.

Blague à part, le Tancarville est cette espèce de sèche-linge qu’on déplie tant bien que mal (surtout mal) pour y faire sécher le linge propre. Le nom vient de la marque Dupré, qui avait déposé le nom de ce modèle en 1963.

“Mince alors !”

Le vocabulaire des boomers ne concerne d’ailleurs pas uniquement les objets. Certaines expressions ont également quasiment disparu. Par exemple : “Mince alors !” Expression parfaitement correcte, mais qui semble aujourd’hui sortir directement de la bouche d’un personnage de feuilleton familial, à l’instar du célèbre “zut”.

Un jeune dira plutôt : “Mais wesh !” ou quelque chose d’encore plus difficile à comprendre pour ses parents.

“C’est bath”

Là, on entre dans le patrimoine national et dans le dictionnaire de Michel Audiard. “C’est bath” signifiait que quelque chose était beau, chouette, agréable. Aujourd’hui, essayez de dire : “Elle est bath, ta voiture.” Vous risquez surtout de provoquer un silence.

“C’est chouette”

Celui-ci résiste encore. Mais il est clairement en train de prendre de l’âge. Un adolescent ne dira pas forcément : “C’est chouette !” Il dira plutôt : “C’est du lourd.” Ou : “C’est stylé.” Ou quelque chose d’autre que son parent devra ensuite chercher sur Google.

“Tu me passes un coup de fil”

Encore une expression qui refuse de mourir, mais que les jeunes n’utilisent pas. “Passer un coup de fil” vient d’une époque où téléphoner était véritablement une action distincte.

Aujourd’hui, un jeune dit : “Regarde tes DM” (pour Direct Message), “je l’ai DM hier soir”. Ou “Go Face Time”, “envoie un vocal”. Et éventuellement, dans un accès de nostalgie : “Fais-moi sonner.”

“Je vais mettre un disque”

Autrefois, on mettait un disque. Puis une cassette. Puis un CD. Puis un fichier MP3. Aujourd’hui, on lance Spotify. Et surtout, on ne dit plus : “Je vais écouter mon disque.” On dit : “Je mets de la musique.”

Le support a disparu du langage parce qu’il a quasiment disparu de l’usage. C’est également le cas pour certains jeux vidéo, qui n’ont plus de support physique, mais qui donne un code de téléchargement dans leur packaging (voir notre article sur GTA VI en cliquant sur ce lien).

“T’es rosse !”

Les boomers connaissent cette expression. Les ados, non. Pour eux, c’est du charabia. Très utilisée entre les années 40 et 70, cette expression signifiait “T’es dur”, “T’es cruel” ou encore “T’es caustique”. Elle n’est quasiment plus utilisée.

“C’est pas la mer à boire”

Expression également ancienne qui exprime le fait qu’une action n’est pas compliquée ou dure à réaliser. Les boomers connaissent, pas vos ados.

“Espèce d’indien !”

Cette expression était utilisée autrefois pour gronder un enfant, en lui faisant comprendre que c’était un coquin, un malicieux qui faisait une bêtise.

“J’ai pas la bourse à Rothschild !”

Cette expression connue de tous les boomers était très utilisée dans les années 60/70. Elle vient de la célèbre famille Rothschild, dynastie de banquiers incarnant la richesse. Si un gamin demandait de l’argent à ses parents, de façon souvent répétée, la mère ou le père lui répondait “J’ai pas la bourse à Rothschild”, pour lui dire qu’elle ou il n’était pas riche.

D’autres mots et expressions existent, on ne peut pas tous les citer mais en voici un petit florilège : “Ouste” pour dire “Va-t’en”, “Saperlipopette !” pour marquer l’étonnement, “Savates” pour parler des chaussons ou des chaussures (“Ne laisse pas tout le temps traîner tes savates !”), “Chenapan” ou “Gredin”, “Fleureter”, “Marmaille”, un “Cancan”, “À la bonne franquette”, “Carabistouille”, “Paperasse”, “Conno”, “Cruche”, “Gourdasse”, “Bistrot”, “Paletot”, “Se faire truander”, “Faire un brin de causette”, “Besace”, “Biclou”, “Jaja”, “Gapette”, “Godillots”, “Une vieille guimbarde” etc …

Si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à nous écrire pour nous les faire connaître, en commentaire sous l’article.

Le plus drôle : certains mots ne disparaissent jamais complètement

Il faut toutefois se méfier. La langue française est une grande machine à recycler les vieux mots. Certains termes que l’on croyait définitivement morts reviennent parfois à la mode grâce à la nostalgie, aux réseaux sociaux ou au vintage.

Le disque vinyle en est un excellent exemple. La cassette peut devenir tendance. Le Polaroid revient. Les vêtements des années 90 ressortent des placards. Et même certaines expressions anciennes peuvent redevenir populaires.

La langue fonctionne finalement comme une vieille voiture américaine : on pense qu’elle est morte, puis quelqu’un la redémarre et elle repart.

Et si le vrai problème était simplement… l’âge ?

Au fond, le plus amusant avec ces mots n’est pas qu’ils soient “mauvais”. Ils racontent simplement l’époque dans laquelle nous avons grandi. Un boomer dit “feuilleton” parce que c’est ainsi qu’on parlait de la télévision lorsqu’il était jeune.

Quelqu’un né dans les années 80 parlera de cassette, de magnétoscope ou de Minitel. Quelqu’un né dans les années 2000 parlera de Snap, de stories, de DM et de streaming. Et dans vingt ans, les jeunes de 2026 seront à leur tour ridiculisés par leurs propres enfants. On leur dira probablement : “Papa, pourquoi tu disais encore Netflix ? C’était quoi, ça ?” Et là, ils répondront : “À ton âge, tu ne peux pas comprendre.” Exactement comme leurs parents avant eux.

Car finalement, chaque génération possède son propre vocabulaire. Et chaque génération finit inévitablement par devenir, pour la suivante, un peu ringarde. Même si elle refuse catégoriquement de l’admettre.

Si vous avez aimé cet article et que vous souhaitez découvrir celui que nous avons déjà publié sur les expressions de travail, cliquez sur ce lien.

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