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Le 6 mars 1956, dans les salons du Palais de Chaillot à Paris, Renault dévoile à une assistance triée sur le volet celle qui doit succéder à la 4CV et porter plus loin encore l’ambition populaire de la Régie : la Dauphine. Élégante, moderne, accessible, elle s’impose rapidement comme un symbole de la motorisation des Trente Glorieuses. Revenons en détails sur cette petite voiture, qui fête aujourd’hui ses 70 ans.

Une genèse stratégique : remplacer la 4CV sans rompre avec son succès

Au début des années 1950, la Renault 4CV domine le marché français. Mais son architecture et ses performances commencent à dater. Pierre Lefaucheux, alors patron de Renault, lance le projet “109” : concevoir une voiture plus habitable, plus confortable, tout en restant économique.

L’idée n’est pas de révolutionner, mais d’améliorer. Le cahier des charges est clair :

• Conserver l’architecture moteur arrière, déjà maîtrisée
• Offrir quatre vraies places
• Améliorer la tenue de route et le confort
• Séduire aussi à l’export, notamment aux États-Unis

Après la disparition accidentelle de Lefaucheux en 1955, c’est Pierre Dreyfus qui mènera le projet à son terme.

Un concept simple mais efficace

La Dauphine reprend l’architecture de la 4CV : moteur en porte-à-faux arrière, propulsion, et caisse monocoque. Mais tout est optimisé. Elle se distingue par :

• Une carrosserie plus fluide, inspirée des tendances américaines
• Un habitacle spacieux pour sa catégorie
• Une meilleure insonorisation
• Un comportement routier plus stable (du moins sur le papier)

Renault vise une voiture familiale compacte, capable de remplacer la moto ou les transports publics pour des milliers de foyers.

Caractéristiques techniques, dimensions et tarifs

Dimensions et gabarit

• Longueur : 3,94 mètres
• Largeur : 1,52 m
• Hauteur : 1,44 m
• Empattement : 2,27 m
• Poids à vide : environ 630 à 650 kg
• Pneumatiques : 135 x 380

Mécanique

• Moteur : 4 cylindres en ligne “Ventoux”
• Cylindrée : 845 cm³
• Puissance : 30 ch (jusqu’à 36 ch sur certaines versions)
• Position : arrière
• Transmission : propulsion
• Boîte : manuelle 3 vitesses (puis 4)

Châssis et suspension

• Suspension indépendante aux quatre roues
• Ressorts hélicoïdaux
• Direction à crémaillère

Particularités

• Coffre à l’avant (moteur à l’arrière oblige)
• Refroidissement par eau
• Freins à tambours sur les quatre roues

Performances : modestes mais adaptées à l’époque

La Dauphine n’est pas une sportive, mais elle répond aux attentes des années 50 :

• Vitesse maximale : environ 115 km/h
• Consommation : autour de 6,5 L/100 km
• Accélérations modestes mais suffisantes pour un usage familial

Cependant, sa tenue de route peut se montrer délicate en conduite rapide, notamment en raison du moteur arrière et d’un train arrière sensible au survirage.

Renault Dauphine rouge stationnée sur l'herbe

Renault vise une voiture familiale compacte, capable de remplacer la moto ou les transports publics. Crédit photo : Calreyn88©

Les tarifs

À sa sortie, la Dauphine est vendue au prix de 554 000 francs (anciens). La version sportive dite “Gordini” de 1957 est à 674 000 francs. En fin de production, en 1967, elle sera affichée à 6 200 francs (nouveaux) au catalogue.

Une diffusion mondiale spectaculaire

La Dauphine n’est pas seulement une voiture française : c’est un phénomène global :

• Production totale : plus de 2,1 millions d’exemplaires
• Fabrication dans plusieurs pays (France, Espagne, Argentine, États-Unis, Italie…)
• Premier modèle Renault véritablement mondialisé

Elle devient même, à la fin des années 1950, la voiture européenne la plus vendue aux États-Unis. Un exploit pour la Régie Renault.

L’accueil du public : entre enthousiasme et critiques

À son lancement, la Dauphine séduit immédiatement :

• Design moderne et “sympathique”
• Prix accessible
• Confort supérieur à la 4CV

Mais avec le temps, certaines critiques apparaissent :

• Tenue de route perfectible
• Sensibilité au vent latéral
• Corrosion fréquente
• Fiabilité inégale sur certains marchés (notamment aux États-Unis)

Malgré cela, elle reste extrêmement populaire, notamment en Europe.

Intérieur rouge d'une Renault Dauphine

Intérieur épuré mais plutôt fun pour l’époque. Crédit photo : Arnaud 25©

Les versions sportives et dérivées

Renault et Amédée Gordini vont donner une dimension sportive à la Dauphine :

Dauphine Gordini

• Puissance portée à 37 ch
• Meilleures performances
• Succès en compétition

Dauphine 1093

• Version homologuée compétition
• Environ 49 ch
• Vitesse proche de 140 km/h

Ondine

• Version plus luxueuse
• Finition améliorée

Ce qu’elle a apporté à l’automobile

La Dauphine marque plusieurs tournants importants :

1. Une démocratisation accrue
Elle contribue à faire de la voiture un objet courant dans les foyers français.

2. Une première mondialisation pour Renault
Elle ouvre la voie à l’internationalisation de la marque.

3. Une transition vers la modernité
Elle prépare le terrain pour des modèles plus aboutis comme la Renault 8.

4. Une leçon industrielle
Son succès… et ses limites (notamment aux États-Unis) vont profondément influencer les stratégies futures de Renault en matière de qualité et d’adaptation aux marchés.

Renault Dauphine beige en train de rouler

Une transition vers la modernité. Crédit photo : Alf Van Beem©

Une héritière des Trente Glorieuses

Produite jusqu’en 1967, la Dauphine incarne une époque : celle de l’optimisme, de la croissance, et de l’accès progressif à la mobilité individuelle. Elle n’était ni parfaite ni révolutionnaire, mais elle a été, pendant plus d’une décennie, l’une des voitures les plus importantes d’Europe. Une voiture simple, accessible, et profondément ancrée dans la mémoire collective.

Soixante-dix ans après sa présentation au Palais de Chaillot, elle reste l’un des modèles les plus emblématiques de l’histoire de Renault et un jalon essentiel de l’automobile populaire. Aujourd’hui, une Renault Dauphine se vend entre 8 000 et 25 000 euros (pour les modèles rares et Gordini) d’occasion, en moyenne.

Crédit photo de UNE : Alf Van Beem©
Philippe Pillon

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.

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