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En 1976, Renault lance un modèle très attendu : la Renault 14. Cinquante ans plus tard, cette compacte à hayon reste l’une des voitures françaises les plus singulières de son époque. Conçue pour occuper un segment en pleine expansion, elle devait concurrencer les nouvelles berlines compactes européennes. Pourtant, malgré des qualités réelles, la Renault 14 n’a jamais rencontré le succès escompté. Retour sur la genèse, la technique et le destin contrarié d’une automobile devenue culte.

Une nouvelle étape pour Renault

Au début des années 1970, Renault connaît un grand succès avec la Renault 5, lancée en 1972. Mais la marque sait qu’il lui manque un modèle intermédiaire entre la petite citadine et la familiale Renault 12. L’objectif est clair : proposer une compacte moderne capable de rivaliser avec les nouvelles références européennes (Opel Kadett, Simca 1100, Talbot Horizon, Fiat Ritmo), notamment la Volkswagen Golf apparue en 1974.

Le projet, baptisé en interne P121, vise à créer une voiture familiale compacte, dotée d’un hayon et d’une architecture moderne à traction avant. Renault souhaite offrir un maximum d’espace intérieur dans un gabarit réduit, avec un confort digne des modèles supérieurs.

La conception s’appuie aussi sur une collaboration technique avec Peugeot, dans le cadre de la société Française de Mécanique, chargée de produire un nouveau moteur commun, le fameux moteur X. La Renault 14 était fabriquée dans l’usine Renault de Douai.

Une présentation remarquée en 1976

La Renault 14 est dévoilée à la presse au printemps 1976 lors d’une présentation organisée à Paris. Renault insiste alors sur le caractère moderne du modèle : carrosserie bicorps, hayon arrière, grande habitabilité et style aérodynamique.

La commercialisation débute officiellement le 1er juillet 1976.

Le design tranche avec les Renault précédentes. La ligne est arrondie, presque organique, avec une silhouette ramassée et un pavillon assez haut destiné à favoriser l’espace à bord. L’ensemble paraît très moderne pour l’époque, même si certains observateurs trouvent le style atypique.

Dès son lancement, deux versions sont proposées : L et TL. La Renault 14 L est alors vendue 22 900 francs, la version TL : 24 000 francs.

Une compacte pensée pour l’espace

La Renault 14 adopte une architecture très rationnelle pour son époque.

Dimensions principales :

• Longueur : 4,02 m
• Largeur : 1,62 m
• Hauteur : 1,40 m
• Empattement : 2,53 m

Le poids à vide se situe entre 865 kg et 890 kg, selon les versions.

Grâce à son empattement important et à son pavillon haut, l’espace intérieur est remarquable pour une voiture de ce gabarit. Les passagers arrière bénéficient d’une place généreuse pour les jambes, tandis que le coffre modulable grâce au hayon constitue un atout pratique.

La R14 est équipée à son lancement de pneus 145 x 13, jugés trop étroits par les journalistes essayeurs de l’époque. Un “défaut” corrigé à partir de 1983, sur la R14 TS qui recevra des pneumatiques 155 x 13.

Renault 14 GTL de 1980 de couleur blanche garée dans la campagne

Renault 14 GTL de 1980. Crédit photo : Lebrozu©

Le moteur “X” : une collaboration avec Peugeot

Sous le capot, la Renault 14 inaugure un moteur issu d’une coopération avec Peugeot. Il s’agit du moteur X, également appelé “moteur Douvrin”, produit par la Française de Mécanique. C’est un 4 cylindres en ligne avec arbre à cames en tête.

Sa particularité réside dans son implantation : le moteur est monté transversalement avec la boîte de vitesses placée sous le bloc, partageant le même carter d’huile.

Motorisations au lancement

Renault 14 L

• 4 cylindres essence
• Cylindrée : 1 218 cm³
• Puissance : 57 chevaux
• Vitesse maximale : 145 km/h

Renault 14 TL

• Même moteur 1,2 litre
• Puissance portée à 64 chevaux
• Vitesse maximale : 150 km/h

L’évolution de la gamme

Au fil des années, Renault enrichit la gamme.

1978 : Renault 14 GTL

• Moteur 1 218 cm³ optimisé
• Puissance : 57 chevaux mais orientée vers l’économie
• Consommation réduite

1979 : Renault 14 TS

• Nouveau moteur 1 360 cm³
• Puissance : 70 chevaux
• Performances nettement améliorées
• Vitesse maximale : 160 km/h

Ces évolutions visent à rendre la voiture plus compétitive face à une concurrence de plus en plus dynamique.

Confort et comportement routier

Malgré son image controversée : la presse spécialisée lui reproche un manque de puissance, un manque d’équipement, un côté “voiture molle”, des pneumatiques trop étroits (145 x 13), la Renault 14 possède de vraies qualités.

La suspension est typiquement Renault : souple et confortable, particulièrement adaptée aux longs trajets. La tenue de route est saine et sécurisante, avec un comportement progressif.
La direction est légère (même si elle n’est pas assistée) et la visibilité excellente grâce à la surface vitrée importante.

Les journalistes automobiles de l’époque soulignent malgré tout :

• Le confort de suspension
• L’espace intérieur remarquable
• La douceur de conduite
• Une tenue de route précise
• Un silence remarquable
• Une consommation raisonnable

Sur le plan technique, la voiture est donc globalement réussie.

Renault 14 en version “Safrane” couleur orange métallisé

Renault 14 version “Safrane”. Crédit photo : thunderball©

Une campagne publicitaire désastreuse

C’est pourtant la communication qui va marquer durablement l’image du modèle. Renault confie la campagne de lancement à l’agence Publicis. L’idée est de mettre en avant la forme arrondie et la douceur de la voiture. Le problème est que la publicité choisit une comparaison inattendue : la Renault 14 est associée à… une poire. Les affiches et spots montrent explicitement le fruit, censé évoquer la douceur et la forme du véhicule.

Un effet catastrophique

En France, traiter quelqu’un de “poire” revient à le qualifier de naïf ou de ridicule. Le public détourne immédiatement la campagne, et la Renault 14 hérite d’un surnom dont elle ne se débarrassera jamais : la poire.

Cette erreur marketing restera longtemps citée comme l’un des pires exemples de communication automobile. Et un cas d’école : “ce qu’il ne faut pas faire !”

Un accueil public mitigé

Au-delà de la publicité, plusieurs facteurs vont pénaliser la carrière de la Renault 14. D’abord, son style divise. Là où la Golf affiche des lignes nettes et anguleuses, la Renault propose des formes plus rondes qui ne plaisent pas à tout le monde.

Ensuite, la voiture souffre de problèmes de corrosion sur certaines premières séries, ce qui nuit à sa réputation. Enfin, le positionnement tarifaire n’est pas toujours jugé compétitif face à une concurrence très solide.

Un succès commercial limité

Renault espérait faire de la 14 une nouvelle référence européenne en se fixant un objectif de ventes de 2 500 000 unités. Les ventes ne suivront jamais ces ambitions. Au total, un peu plus d’un million d’exemplaires seront produits entre 1976 et 1983 (1 081 321 d’unités vendues), un chiffre honorable mais bien inférieur aux attentes de la marque.

La carrière de la Renault 14 s’achève en 1983, remplacée par la Renault 11, dérivée de la Renault 9.

Habitacle beige et marron de la Renault 14 TS modèle 1979

Habitacle Renault 14 TS de 1979. Crédit photo : zaybulon87©

Une voiture réhabilitée par le temps

Avec le recul, l’image de la Renault 14 a beaucoup évolué.

Les passionnés reconnaissent aujourd’hui ses qualités :

• Confort remarquable
• Habitabilité exceptionnelle
• Conception moderne
• Comportement routier équilibré

Elle apparaît désormais comme une voiture en avance sur certains aspects, mais victime d’un lancement maladroit et d’un contexte concurrentiel difficile.

Une “poire” devenue collector

Cinquante ans après sa présentation, la Renault 14 fait partie de ces voitures injustement oubliées qui retrouvent aujourd’hui une place dans l’histoire automobile. Longtemps moquée, elle symbolise désormais une époque d’innovation et d’audace chez Renault. Et pour de nombreux amateurs, cette compacte atypique mérite largement d’être redécouverte.

Comme souvent en automobile, le temps finit par réhabiliter les modèles incompris. La Renault 14 en est l’une des meilleures illustrations.

En 2026, on peut acheter une Renault 14 d’occasion à des tarifs très abordables : entre 2 500 et 5 500 euros.

Le saviez-vous ?

Une version “Safrane” de la Renault 14 est venu s’ajouter au catalogue tout début des années 80. Ce modèle spécifique était recouvert d’une peinture orange métallisé, recevait des jantes en alliage et des décorations adhésives sur les côtés et à l’arrière du montant. “Safrane”, qui deviendrait le nom de la berline haut de gamme de la marque au losange, en 1992.

Crédit photo de UNE : The Originals Museum Renault©
Philippe Pillon

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.

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