La muzak, une musique qui s’écoute sans s’entendre : l’étrange histoire de la musique d’ascenseur sur arte.tv
À partir du 11 mars 2026, la plateforme arte.tv proposera un documentaire original consacré à un phénomène sonore que nous côtoyons tous sans vraiment le remarquer : la muzak, souvent appelée “musique d’ascenseur”. Intitulé “Une histoire de la musique d’ascenseur – De la muzak au streaming”, ce film réalisé par David Unger retrace l’évolution de cette musique conçue pour accompagner la vie quotidienne plutôt que pour être véritablement écoutée.
Présente dans les supermarchés, les restaurants, les halls d’hôtel ou les parkings, cette musique discrète et familière remplit l’espace sonore de mélodies douces et anodines. Son objectif n’est pas de captiver l’attention, mais au contraire de créer une atmosphère rassurante, agréable et propice à certaines attitudes : se détendre, patienter… ou consommer. Le documentaire d’ARTE explore ainsi l’histoire étonnante de cette “musique industrielle” qui accompagne la modernité depuis plus d’un siècle.
Une invention du début du XXe siècle
La muzak naît dans les années 1920, à une époque où les innovations technologiques transforment profondément la diffusion de la musique. L’idée revient à George Owen Squier, officier et inventeur américain, qui fonde en 1922 la société Muzak. Son ambition est simple mais révolutionnaire : diffuser de la musique directement dans les bâtiments via les lignes électriques.
Le mot “muzak” lui-même serait inspiré de la marque Kodak, et renvoie à l’idée d’un déclenchement automatique : comme le déclic d’un appareil photo, la musique doit provoquer une réaction psychologique chez l’auditeur. À l’origine, cette musique sert notamment à rassurer les utilisateurs des premiers ascenseurs, encore peu familiers et parfois anxiogènes. La présence d’une ambiance musicale douce permet alors d’apaiser les passagers.
Après la mort de Squier en 1934, l’entreprise se réoriente sous l’impulsion de William Benton. Elle commence à diffuser ses programmes dans les usines, où la musique est utilisée pour stimuler la productivité des ouvriers. Rapidement confrontée aux coûts des droits musicaux et à la concurrence de la radio et du disque, la société décide de produire ses propres morceaux. Avec le chef d’orchestre Ben Selvin, elle enregistre ainsi des milliers de titres inspirés du jazz et de la musique classique dans les années 1940.

“Une histoire de la musique d’ascenseur” de David Unger. Crédit photo : OLEO FILMS©
La bande-son invisible de la société moderne
À partir du milieu du XXe siècle, la muzak envahit littéralement les espaces publics et commerciaux. Entreprises, banques, restaurants, transports, centres commerciaux ou hôtels adoptent ce fond sonore permanent. Pendant près de quarante ans, la muzak impose une véritable atmosphère sonore dans les lieux de passage.
Sa particularité réside dans sa discrétion. Les morceaux sont généralement courts, orchestrés de manière douce, avec des mélodies simples et peu de contrastes. Ils doivent être suffisamment agréables pour créer une ambiance positive, mais jamais trop marquants pour détourner l’attention des activités principales.
La société Muzak développe même des méthodes scientifiques pour adapter les playlists à certains objectifs : calmer les clients, accélérer le rythme dans les magasins, ou maintenir l’attention des travailleurs. Cette approche révèle l’une des facettes les plus fascinantes du phénomène : la musique devient un outil de gestion des comportements.
Avec le temps, la muzak se met aussi à produire des versions instrumentales très lisses de grands succès populaires. Les chansons des Beatles ou de Simon and Garfunkel se transforment ainsi en arrangements orchestraux feutrés, parfaitement adaptés aux halls d’hôtel ou aux centres commerciaux.

“Une histoire de la musique d’ascenseur” de David Unger. Crédit photo : OLEO FILMS©
Une musique critiquée… mais omniprésente
Parce qu’elle est conçue pour servir une fonction plutôt qu’une expression artistique, la muzak a souvent été critiquée. Certains y voient le symbole d’une musique standardisée et commerciale, destinée à manipuler les émotions du public.
Le documentaire d’ARTE donne la parole à de nombreux intervenants : chercheurs, journalistes, producteurs et compositeurs, qui interrogent cette dimension. La muzak assume en effet une logique productiviste : elle vise à améliorer l’efficacité des travailleurs ou à encourager les consommateurs à rester plus longtemps dans un magasin.
Pour autant, certains créateurs ont aussi exploré les possibilités esthétiques de ces musiques d’ambiance. Des artistes comme Brian Eno ou Jean-Michel Jarre ont, chacun à leur manière, développé des formes de musique d’ambiance qui, sans être de la muzak, jouent elles aussi sur la création d’un environnement sonore.
- Crédit photo : OLEO FILMS©
- Crédit photo : OLEO FILMS©
De la muzak au streaming
L’arrivée des plateformes de streaming au début des années 2000 marque un tournant. Les systèmes centralisés de diffusion musicale imaginés par la société Muzak se trouvent concurrencés par des playlists numériques infiniment personnalisables.
Mais la logique, elle, n’a pas disparu. Aujourd’hui encore, les commerces, les hôtels ou les entreprises utilisent des bandes-son conçues pour influencer subtilement l’humeur et le comportement des visiteurs. Et avec l’essor de l’intelligence artificielle, il devient même possible de générer des musiques d’ambiance sur mesure.
Le documentaire de David Unger montre ainsi que la muzak, loin d’être un simple vestige du passé, continue d’influencer notre environnement sonore quotidien. Derrière ces mélodies discrètes se cache une histoire fascinante : celle d’une musique pensée pour agir sur nous sans que nous nous en rendions vraiment compte.
Disponible sur arte.tv du 11 mars 2026 au 2 décembre 2028, Une histoire de la musique d’ascenseur – De la muzak au streaming invite à tendre l’oreille vers ce que nous n’écoutons presque jamais : la bande-son invisible de la vie moderne.
Une histoire de la musique d’ascenseur
De la muzak au streaming
Documentaire de David Unger (France, 2025, 52mn) – Coproduction : ARTE France, Oléo Films.
Crédit photo : OLEO FILMS©

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.


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