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Chronique d’un âge d’or… pour les hommes

Avant. Ce mot magique. Celui qui sent la naphtaline, le cuir des fauteuils en skaï, la clope au bec sur les plateaux télé et l’assurance tranquille de ceux qui n’avaient jamais besoin de se demander s’ils étaient “à leur place”. Avant, quand on demandait sérieusement, à la télévision publique, “à quoi servent les femmes”. Sans rire. Sans second degré. Avec un homme en costume gris, cravate sombre, regard pénétré, qui t’expliquait la vie comme on explique une notice de machine à laver. Alors oui, posons la question franchement : être une femme, est-ce que c’était mieux avant ?

Avant, quand les hommes savaient. Les femmes, moins

Les archives de l’INA sont formidables. Pas parce qu’elles sont drôles. Parce qu’elles sont accablantes. Des hommes y parlent des femmes comme on parle d’un objet fragile, utile, mais qu’il ne faut surtout pas laisser fonctionner seul.

La femme, à l’époque :

Est naturellement faite pour le foyer (la nature a bon dos),
N’aime pas vraiment travailler (elle s’y force),
N’a pas le sens de l’argent (donc pas le chéquier),
Doit rester jolie mais pas trop,
Intelligente, pourquoi pas, mais discrètement.

Et surtout, surtout : elle doit sourire. Même quand on lui explique que son avenir se résume à une cuisine équipée et un mari fatigué.

Petit musée vivant du macho ringard (avec vidéos INA)

Voici quelques pépites d’archives (diffusées via des contenus “Archives INA” sur YouTube). À regarder en se rappelant une règle simple : ce n’est pas un sketch. C’est ça, le pire.

1) “À quoi servent les femmes ?” (1964)

Oui, le titre est déjà une gifle. Le sujet est traité avec un sérieux qui donne envie de renverser la table, puis de la remettre droite parce que “ça fait désordre”.

2) “Une femme doit-elle travailler ?” (Micro-trottoir, années 60)

Le concept : demander au public si une femme doit bosser “comme un homme”. Spoiler : beaucoup répondent comme si on leur proposait d’installer un volcan dans le salon.

3) “Pour ou contre le travail des femmes ?” (1977)

On approche des années où ça bouge, mais certains avis restent croustillants, au sens “ça crisse sous la dent”.

4) “C’était quoi une femme heureuse en 1965 ?”

Un condensé parfait : l’idée que le bonheur féminin se situe quelque part entre “faire plaisir” et “ne pas faire de vagues”. Et surtout, sourire. Toujours sourire.

La condition féminine version années 50–70 : mode d’emploi

Petit rappel utile sur la condition féminine au début des années 60, parce que la nostalgie aime oublier les détails :

Pas le droit de vote avant 1944. Donc pas d’opinion politique officielle.
Pas le droit de travailler librement quand on est mariée avant 1965.
Pas le droit d’ouvrir un compte bancaire seule, ni de signer un chèque sans autorisation maritale. La réforme du 13 juillet 1965 change la vie quotidienne des femmes mariées, avec la possibilité de travailler et d’ouvrir un compte bancaire, signer des chèques, sans consentement du mari.
Une existence juridique longtemps subordonnée à celle du mari.
Et une société où “femme ambitieuse” est une expression presque insultante.

En résumé : tu es adulte, mais pas complètement. Responsable, mais pas trop. Libre, tant que tu ne fais pas de vagues et … le ménage.

Le machisme vintage : ce n’est pas violent, c’est pire

Ce qui frappe dans ces archives, ce n’est pas la brutalité. C’est la douceur. Le machisme y est posé, calme, rationnel. Il ne s’énerve pas, il explique.
C’est un sexisme de salon : “Je n’ai rien contre les femmes, mais…”, “Il faut être réaliste…”, “C’est dans leur nature…”, “Elles sont très bien comme ça.”

Et pendant ce temps-là, monsieur “aide” à la maison. Aide. Comme s’il faisait une faveur. Comme si la lessive était un concept féminin dont il tolérait parfois l’existence.

Aujourd’hui : progrès réels, plafond toujours là

Non, tout n’est pas réglé. Loin de là :

Les écarts de salaires persistent, même à poste et temps de travail comparables. Selon l’Insee, en 2023, dans le privé, le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 22,2 % à celui des hommes, et l’écart est de 14,2 % en équivalent temps plein.
Dit autrement : même quand on corrige une partie des effets de volume de travail, il reste un différentiel significatif.
Et comme le rappelle aussi l’analyse des mécanismes, une part importante vient de la répartition des métiers, du temps partiel, des carrières hachées, mais pas seulement.
Les femmes sont moins nombreuses aux postes de pouvoir, surtout les plus visibles.
En politique, la France aime se dire progressiste, mais n’a jamais eu de femme présidente de la République. Jamais.

Et pourtant, difficile de soutenir que “c’était mieux avant” quand on regarde ce qui existe aujourd’hui.

Celles qui ont tout changé (et qui ont dû s’acharner)

Elles ont dû être plus fortes, plus brillantes, plus irréprochables que les hommes pour obtenir la moitié de la reconnaissance :

Simone Veil, insultée, huée, mais restée debout.
Marie Curie, double prix Nobel, longtemps traitée comme une anomalie.
Olympe de Gouges, qui a osé écrire l’égalité et l’a payé de sa tête.

Et aujourd’hui :

Des femmes sont pilotes d’avion : l’américaine Bonnie Tiburzi, devient en 1973, à l’âge de 24 ans, la première femme pilote d’American Airlines et la première femme pilote d’une grande compagnie aérienne commerciale américaine,
Des femmes commandent des paquebots; Anna Ivanovna Shchetinina en 1935, Inger Klein Olsen en 2010, Kate McCue en 2015,
Des femmes dirigent des institutions majeures,
Président des assemblées,
Pilotent des banques centrales,
Gouvernent des États,
Décident de politiques économiques mondiales.

Autrement dit : exactement ce qu’on expliquait pendant des décennies qu’elles ne savaient pas faire.

Celles qui occupent des postes clés (et ça change l’imaginaire) :

Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale.
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne (second mandat).
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne.
Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.
Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC.

Ce n’est pas juste symbolique. Voir des femmes décider, arbitrer, signer, gouverner, ça fait exploser le vieux logiciel collectif où l’autorité a une voix grave et une cravate.

Conclusion : mieux avant ? Non. Plus confortable pour certains, oui.

Avant, c’était surtout mieux pour ceux qui :

Ne remettaient jamais leur légitimité en question,
Parlaient sans être interrompus,
Décidaient sans se justifier,
Et appelaient ça “l’ordre naturel”.

Les archives INA sont précieuses. Elles ne montrent pas un passé “charmant”. Elles montrent à quel point il était normal d’être injuste. Et c’est peut-être ça, le vrai progrès : aujourd’hui, ce genre de discours choque. Avant, il faisait autorité.

Philippe Pillon

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.

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