“Bad”de Michael Jackson : l’arrogance en cuir noir devenue un classique pop
En février 2024, un sondage national Ifop commandé dans le cadre d’une soirée M6 plaçait “Bad” au 4e rang des “20 chansons du Top 50 préférées des Français”. Un classement qui dit quelque chose d’assez rare : près de quarante ans après sa sortie, Bad n’est pas seulement un tube d’époque. C’est une signature sonore, une posture, une réplique culte (“Who’s Bad ?”), et un imaginaire entier : celui d’un Michael Jackson qui, en 1987, veut reprendre la main sur son récit.
- Un comeback sous haute pression
- La genèse : “prouver” qu’on est dur… ou refuser de le prouver
- Les paroles : la fanfaronnade comme masque
- Paroles de la chanson “Bad”
- Le clip : Scorsese, le métro, et la pop qui se fait cinéma
- Succès : un N°1 et un pilier de l’ère “Bad”
- Anecdotes : le duo fantôme avec Prince, et la “guerre” qui n’a pas eu lieu
- Pourquoi “Bad” parle encore autant aux Français ?
Un comeback sous haute pression
Quand Bad arrive, Michael Jackson n’est pas “juste” une superstar : il sort de l’ombre gigantesque de Thriller et de ses records. Le défi est aussi artistique que symbolique. L’album Bad sort le 31 août 1987 (Epic Records), et sa stratégie promo est pensée comme un événement mondial. Le single “Bad” suit de près : il sort le 7 septembre 1987, écrit et composé par Jackson, coproduit avec Quincy Jones.
Musicalement, Bad est un concentré de pop dansante et de funk tendu : ligne de basse nerveuse, cuivres qui claquent, et une interprétation où Jackson “attaque” chaque syllabe. L’objectif n’est pas de rassurer : c’est de durcir l’image, de la rendre plus urbaine, plus frontale, presque théâtrale.
La genèse : “prouver” qu’on est dur… ou refuser de le prouver
L’idée de Bad naît d’un récit que Jackson dit avoir lu : l’histoire d’un jeune homme parti étudier dans un établissement privé, puis rattrapé à son retour par la jalousie, la pression du quartier, la violence. Plusieurs biographes ont rapproché ce point de départ de l’affaire Edmund Perry, jeune étudiant noir de Harlem dont la mort, en 1985, avait marqué New York (même si les détails ne coïncident pas parfaitement avec le “résumé” raconté autour de la chanson).
Dans Bad, tout tourne autour d’un dilemme : jouer le rôle qu’on attend de vous (“être Bad”), ou s’en extraire. Ce n’est pas un hasard si, dans le court-métrage, le personnage de Jackson est poussé à “faire ses preuves” devant sa bande… avant que la musique ne devienne l’arme de sortie.
Les paroles : la fanfaronnade comme masque
Les paroles reposent sur la provocation et la surenchère : Jackson y adopte une voix de défi, comme une bataille, pour parler de réputation, de domination, de regard des autres jusqu’au mantra “Who’s Bad ?”
Paroles de la chanson “Bad”
Ah, your butt is mine, gon’ tell you right, ah
Just show your face in broad daylight, ah
I’m tellin’ you on who I feel, ah
Gonna hurt your mind, don’t shoot to kill
Shamone, ah, shamone
Lay it on me, ah, alright
Ah, I’m givin’ you on count to three, ah
Just show your stuff or let it be, ah
I’m tellin’ you, just watch your mouth, ah
I know your game, what you’re about
Well, they say the sky’s the limit
And to me that’s really true, ah
But, my friend, you have seen nothin’
Just wait ’til I get through
Because I’m bad, I’m bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad)
You know it (really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad)
Shamone, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now
Just to tell you once again
Who’s bad ?
The word is out, you’re doin’ it wrong, ah
Gon’ lock you up before too long, ah
Your lyin’ eyes gon’ tell you right, ah
So listen up, don’t make a fight, ah
Your talk is cheap, you’re not a man, ah
You’re throwin’ stones to hide your hands
Well, they say the sky’s the limit
And to me that’s really true, ah
But, my friend, you have seen nothin’
Just wait ’til I get through
Because I’m bad, I’m bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad)
You know it (really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad)
You know it, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now
Just to tell you once again
Who’s bad ?
We can change the world tomorrow
This could be a better place, ah
If you don’t like what I’m sayin’
Then won’t you slap my face ?
Because I’m bad, I’m bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad)
You know it (really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad)
You know it, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now (hoo, hoo)
Just to tell you once again (hoo)
You know I’m bad, I’m bad, shamone (bad, bad, really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad)
You know it, you know it (really, really bad)
You know, you know (bad, bad)
You know, shamone (really, really bad)
And the whole world has to answer right now
Just to tell you once again
You know I’m smooth, I’m bad, you know it (bad, bad, really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad, really, really bad)
You know, you know, you know it, come on (bad, bad, really, really bad)
And the whole world has to answer right now (hoo)
Just to tell you once again (hoo)
You know I’m bad, I’m bad, you know it (bad, bad, really, really bad)
You know I’m bad, you know, woo (bad, bad, really, really bad)
You know I’m bad, I’m bad (bad, bad)
You know it, you know (really, really bad)
And the whole world has to answer right now
Just to tell you once again
Who’s bad ?
Le clip : Scorsese, le métro, et la pop qui se fait cinéma
Bad n’est pas seulement un single : c’est un court-métrage d’environ 18 minutes, réalisé par Martin Scorsese, écrit par Richard Price, avec un jeune Wesley Snipes. La chanson elle, ne commence que 9mn 45s après le début du clip.
Le film est tourné à New York (notamment dans la station Hoyt–Schermerhorn Streets à Brooklyn) et joue explicitement avec l’héritage des comédies musicales, notamment West Side Story : rivalités de bandes, chorégraphies comme affrontements, la rue comme scène.
Détail clé : la première diffusion du film Bad est pensée comme une “première” télé. Il est présenté lors d’un programme événement sur CBS le 31 août 1987 (Michael Jackson : The Magic Returns), le jour de sortie de l’album.
C’est de la pop conçue comme du prime time : la chanson, la mode (cuir, boucles, silhouette) et la danse. Tout doit frapper à l’échelle d’un mythe.
Succès : un N°1 et un pilier de l’ère “Bad”
Côté charts, Bad atteint la 1re place du Billboard Hot 100 (il y reste deux semaines), en plus de très bonnes performances internationales. Surtout, il participe à l’architecture d’un album devenu historique : Bad sera le premier album à générer cinq singles n°1 consécutifs au Billboard Hot 100 (performance souvent rappelée dans les rétrospectives de l’album).
Sur scène, “Bad” devient un moment de pure démonstration : chant haché, arrêts nets, chorégraphie agressive et millimétrée, l’anti-balade par excellence. Et dans la culture populaire, le “Who’s Bad ?” devient une formule autonome, presque un tag.
Anecdotes : le duo fantôme avec Prince, et la “guerre” qui n’a pas eu lieu
L’une des histoires les plus célèbres de Bad, c’est celle du duo avorté avec Prince. L’idée d’un featuring a existé ; Prince a décliné et la raison racontée est devenue légendaire : il aurait tiqué sur la première ligne (“Your butt is mine” soit en français “Ton cul est à moi”) en plaisantant (à moitié) : “qui va chanter ça à qui ?”.
En 2024, Sheila E. a même raconté que Prince aurait enregistré une version “funky” du titre… avant de la supprimer.
Autre clin d’œil devenu culte : la parodie “Fat” de “Weird Al” Yankovic, qui s’approprie l’esthétique Bad pour la retourner en comédie. Le lien est resté dans l’histoire des parodies pop, tant Bad était déjà un “personnage” à lui tout seul.
Pourquoi “Bad” parle encore autant aux Français ?
Le classement Ifop de 2024 est intéressant parce qu’il ne récompense pas seulement une mélodie : il récompense un souvenir collectif. En France, Michael Jackson fait partie des rares artistes internationaux dont les tubes sont devenus des repères générationnels, “Bad” en tête, avec son clip-événement, son look immédiatement identifiable, et sa rythmique qui traverse les décennies.
Et puis il y a ce paradoxe : Bad est une chanson de “dureté”, mais sa morale (dans le récit qui l’inspire comme dans le film) ressemble à une fuite vers le haut : ne pas se laisser enfermer par l’image que les autres veulent vous imposer. C’est peut-être ça, sa modernité.
Crédit photo : Alan Light©

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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