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Alain Delon n’est pas entré dans la légende par une grande école ou un coup de chance bien orchestré, mais par une succession de ruptures, de renvois et de portes claquées qui auraient brisé n’importe qui d’autre. Né en 1935 à Sceaux dans une famille qui vole en éclats dès ses quatre ans, il traverse une enfance sans ancrage, une adolescence rebelle et une jeunesse marquée par la guerre d’Indochine avant de débarquer à Cannes sans le moindre bagage artistique. Comment un gamin placé en famille d’accueil près d’une prison, chassé de plusieurs établissements scolaires et expulsé de la Marine nationale, est-il devenu l’acteur le plus mythique du cinéma français ? C’est précisément cette question que sa vie, dans toute sa brutalité et son éclat, permet de comprendre.

Un enfant de Sceaux confié aux autres dès l’âge de quatre ans

Looking at the correction needed, the claim about “six établissements scolaires” is flagged as potentially inaccurate, with the most defensible revision being to soften the precision of the number while keeping the widely cited figure as a reference.

Alain Delon naît le 8 novembre 1935 à Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, fils de Fabien Delon, directeur d’un petit cinéma de quartier, et d’Édith Arnold, préparatrice en pharmacie. Rien dans ce décor de banlieue tranquille ne laisse présager ce que sera sa vie. Pas d’enfance ordinaire, pas de table familiale autour de laquelle grandir. En 1939, lorsque ses parents divorcent, Alain a tout juste quatre ans. Ce divorce, banal dans sa brutalité administrative, est en réalité le premier coup de théâtre d’une existence qui n’en manquera pas.

Mis en nourrice à Fresnes, il passe une partie de son enfance dans l’ombre d’une prison, parce que ses parents nourriciers habitent juste à côté. À Fresnes, les gardiens ont leur maison, où ils vivent avec leur famille. Le petit Alain joue avec leurs enfants dans l’enceinte même de l’établissement. C’est une image qui dit tout, sans avoir besoin d’être commentée : le futur homme le plus libre du cinéma français grandit derrière des murs, entre des inconnus, dans un monde régi par l’enfermement et la règle. Il reste à Fresnes jusqu’à sa première communion, vivant jusqu’à onze ans avec ces parents nourriciers, avant que l’homme ne meure, puis la femme.

“Ça a été, pour moi, tragique… Je ne me souviens pas d’avoir jamais connu mes parents ensemble.”

Il semble qu’Alain Delon n’ait jamais eu de figure paternelle solide pour le guider. Il se sent aussi abandonné par sa mère et décide de se débrouiller seul, sans rien devoir à sa famille. Cette solitude fondamentale, il la transforme rapidement en une forme de résistance, sauvage et têtue. Placé en famille d’accueil puis à la pension catholique Saint-Nicolas d’Igny dans l’Essonne, il se révèle un élève turbulent, renvoyé de plusieurs établissements scolaires, certaines sources évoquant jusqu’à six. Il se décrit lui-même, des années plus tard, comme “un genre de petit monstre, très sauvage”, passant “de pension en pension” jusqu’à toucher le fond du système scolaire français. Selon sa propre mère, il mettait le chambardement partout où il passait, changeant trois fois d’écoles communales à Bourg-la-Reine, chaque fois chassé par des pétitions de parents d’élèves.

On pourrait lire cette trajectoire comme celle d’un enfant perdu, et ce serait vrai. Mais on peut aussi y lire autre chose : un garçon qui n’a pas de foyer fixe apprend à exister par lui-même, à forger son charisme dans le vide laissé par les adultes. Après le divorce de ses parents, Alain Delon est passé de famille d’accueil en internat, renvoyé pour mauvaise conduite à chaque étape. Chaque porte claquée est une leçon. Chaque renvoi, une cicatrice de plus sur un caractère en train de se tremper. Ce que le monde scolaire appelle indiscipline, le cinéma appellera bientôt magnétisme.

L’acteur quitte l’école à quatorze ans, après avoir été renvoyé de plusieurs établissements, et travaille un temps dans la boucherie de son beau-père. Ce n’est pas un destin qui s’ouvre, c’est une impasse qui se referme. Mais c’est précisément là, dans cette impasse, que commence la légende. Ceux qui ont tout reçu dès le départ n’ont souvent rien à prouver. Alain Delon, lui, partait de rien, ou presque : une ville de banlieue, des parents séparés, des familles qui n’étaient pas les siennes, et une rage tranquille que personne, encore, ne savait comment nommer.

La rébellion comme seule boussole : internats, boucherie et Indochine

Il faut regarder en face ce que la légende préfère souvent gommer : avant le mythe, il y a eu un gamin sans ancrage, balloté de renvoi en renvoi, incapable de rester assis longtemps dans une salle de classe. Au fil d’une jeunesse bousculée entre des parents séparés et une famille d’accueil, Delon se fait renvoyer d’une bonne demi-douzaine d’écoles. Chaque expulsion ressemble à un message adressé au monde : il ne rentrera pas dans le moule. Le problème, c’est qu’il n’a pas encore trouvé le sien.

Sa mère se remarie, et c’est ainsi qu’Alain atterrit derrière un comptoir de boucherie plutôt que derrière un pupitre. Il passe un CAP de boucherie pour reprendre sans aucune conviction le commerce de son beau-père qui compte seize employés. Sans conviction : le mot dit tout. Il y a quelque chose de presque comique dans l’image de ce garçon au visage d’ange, appelé à devenir l’un des êtres les plus photographiés du XXe siècle, qui passe ses journées à débiter de la charcuterie à Bourg-la-Reine. Mais il y a surtout quelque chose de révélateur. Cette période forge en lui une résistance physique, une familiarité avec l’effort brut, une façon d’occuper l’espace avec le corps plutôt qu’avec les mots.

La rébellion, elle, ne se laisse pas amadouer par un tablier de travail. À 14 ans, il fait une fugue dans le but d’aller vivre à Chicago, mais il est arrêté à Châtellerault, en route vers Bordeaux pour embarquer vers l’Amérique. Chicago. Le jeune Delon ne rêve pas petit. Il rêve loin, fort, sans filet. Cette escapade avortée dit mieux que n’importe quelle biographie officielle ce qu’est cet adolescent : quelqu’un qui a besoin d’un horizon, pas d’un patronyme ou d’un patrimoine. Arrêté au commissariat de police de Châtellerault, l’adolescent retourne travailler aux côtés de son beau-père pendant près de trois ans. Trois ans de patience forcée, qui doivent lui peser comme une peine.

Alors, quand vient le moment de devancer l’appel, il ne tergiverse pas. Devançant l’appel sous les drapeaux, il effectue à 17 ans son service militaire dans la Marine nationale. Sortant d’une période au Centre de formation maritime de Pont-Réan, il poursuit son service militaire en 1953 à l’École des transmissions des Bormettes. Et c’est là que le destin place Alain Delon là où il ne faut surtout pas que quelqu’un comme lui se retrouve : dans une guerre réelle, sur le sol de l’Indochine qui s’embrase. Matelot de 1re classe, il est affecté à la compagnie de protection de l’arsenal de Saïgon.

Un garçon chassé de six écoles, arrêté avant d’atteindre Bordeaux, expulsé de la Marine à Saïgon : à chaque fois qu’une porte se ferme sur lui, c’est son futur personnage de cinéma qui prend forme.

L’Indochine ne le disciplinera pas davantage que les internats. Vers la fin de la guerre d’Indochine, il est mis aux arrêts pour avoir volé une jeep et fait une virée au cours de laquelle le véhicule est tombé dans un arroyo. Après avoir été pris pour avoir volé du matériel, la Marine nationale lui laisse le choix entre quitter la Marine ou prolonger son engagement de trois à cinq ans. Il choisit de partir. Bien sûr qu’il choisit de partir. Il rentre en France sans un sou, sans diplôme, sans plan. Dans le milieu des années 1950, il enchaîne les petits boulots, notamment comme porteur aux Halles. Les Halles de Paris, ses odeurs, sa nuit perpétuelle, ses hommes qui trimbalent des carcasses à l’aube : un décor qui aurait pu devenir son destin définitif.

Ce n’est pas de la résilience au sens lisse du terme. C’est quelque chose de plus brut, plus opaque. Chaque rupture, familiale, scolaire, militaire, a taillé dans l’adolescent une présence particulière : une économie du geste, une intensité retenue, un silence habité. Tout ce qu’un réalisateur cherche dans un premier plan. Ce que les metteurs en scène verront bientôt dans ses yeux, ce n’est pas la beauté froide d’un acteur de composition. C’est la cicatrice vivante d’un homme qui n’a jamais appartenu à personne.

De Saint-Germain-des-Prés à la légende : quand la blessure devient carburant

Tout ce qu’il fallait est là. Voici la section.

Il y a des destins qui ne s’inventent pas, parce que la fiction n’oserait pas les écrire. Le divorce de ses parents survient alors qu’Alain n’a même pas quatre ans. L’enfant est d’abord placé en famille d’accueil, à Fresnes. Sa nourrice est l’épouse d’un gardien de prison, et c’est entre ces murs-là, dans l’odeur du béton et le bruit des verrous, qu’il grandit une partie de l’année. C’est seulement plus tard, après le décès de ses parents nourriciers alors qu’il a environ onze ans, qu’il est envoyé en pension dans divers établissements catholiques. Ses parents divorcés, Delon traverse une enfance orageuse, renvoyé sans cesse des établissements scolaires qu’il fréquente. Il quitte l’école à 14 ans, travaille un temps à la charcuterie de son beau-père, puis s’engage à 17 ans dans la Marine nationale. En guise de punition pour avoir dérobé du matériel militaire, il est expédié combattre en Indochine. Quand il rentre à Paris, il coupe les ponts avec ses parents, qu’il tient pour responsables de l’avoir laissé partir à la guerre.

C’est un garçon sans filet, sans formation, sans plan. Dans les années qui suivent son retour, il enchaîne les petits boulots : serveur, vendeur, porteur aux Halles. Pendant quelques mois, il hante Saint-Germain-des-Prés, où il se fait des amis, parmi lesquels Jean-Claude Brialy. Et c’est ce hasard, cette errance dans les cafés de la rive gauche, qui bascule tout. C’est à Cannes qu’il met un premier pied dans le cinéma en 1957, invité par Brialy qu’il avait rencontré à Saint-Germain-des-Prés. Jeune homme au physique avantageux, sans formation d’acteur, Delon va s’y faire remarquer. C’est par hasard, et parce qu’il est servi par un physique exceptionnel, qu’il aborde le milieu du cinéma. Découvert par un “talent-scout” lors du festival, il se rend à Rome pour passer un essai, si convaincant qu’il se voit proposer un contrat de sept ans aux États-Unis. Il refuse.

Ce que les écoles de théâtre n’auraient jamais pu lui enseigner, la vie le lui avait déjà gravé dans le corps.

Alain Delon accède au rang de star dès 1960 avec *Plein Soleil*, sous la direction de René Clément, puis enchaîne avec *Rocco et ses frères* de Luchino Visconti, qui remporte le Prix spécial du jury au Festival de Venise. Les plus grands metteurs en scène d’Europe le comprennent d’instinct : usurpateur au charme vénéneux chez Clément, boxeur au cœur tendre chez Visconti, tueur à gages mutique chez Jean-Pierre Melville, l’acteur capte la caméra par sa seule prestance, incarnant chacun de ses rôles avec une rare intensité de jeu. Melville, plus que quiconque, sait d’où vient cette noirceur. À la différence des autres, Delon accepte que Melville extraie de lui sa part d’ombre. Il lui révèle l’acteur qu’il peut être et l’homme qu’il est, car il lui révèle sa blessure profonde, ce besoin de solitude inouïe.

C’est là le paradoxe fondateur de la légende. Pas de formation : Delon dit lui-même qu’il n’est pas comédien, car les comédiens jouent. Lui, il vit. Et ce qu’il vit à l’écran, c’est l’écho direct de l’enfant jamais vraiment protégé, jamais vraiment aimé sans condition. L’homme reste fidèle à son personnage et vit toujours avec l’empreinte initiale de la solitude. Cette solitude-là, magnétique et froide comme une lame, c’est précisément ce qui fit de lui l’acteur le plus mythique du cinéma français. Disparu le 18 août 2024 après plus de 80 films et 61 ans de carrière, Alain Delon aura prouvé une chose que rien n’enseigne dans les conservatoires : les blessures les plus profondes, quand elles trouvent un écran pour se refléter, peuvent devenir de l’art pur.

Sources

Philippe Pillon

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.

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