Maserati Ghibli SS 1970 : le sommet du grand tourisme italien
En 1966, Maserati présente au Salon de Turin une voiture qui aurait pu changer la lecture que l’on fait des grandes GT italiennes de l’époque. Le Ghibli, dessiné par un Giugiaro de 26 ans, propose quelque chose de différent face aux Ferrari et Lamborghini qui trustent alors tous les regards. Soixante ans plus tard, la question mérite d’être posée : pourquoi cette voiture n’a-t-elle jamais tout à fait reçu la reconnaissance qu’elle méritait, et qu’est-ce que le programme Maserati Classiche vient changer à cela ?
Giugiaro, Ghia et une carrosserie qui a tout changé
En 1965, Maserati confie à Giorgetto Giugiaro, alors directeur du style chez Ghia, la conception d’un grand tourisme capable de tenir tête aux Ferrari de l’époque. Giugiaro a 26 ans. Ce qu’il dessine est une rupture, un vrai design novateur.
Le Ghibli est présenté au Salon de Turin en novembre 1966. La carrosserie est longue, basse, tendue, avec un capot qui semble ne jamais vouloir se finir. Un design fluide qui casse les codes de l’époque, ou plutôt les poussent à l’extrême. Giugiaro choisit des lignes droites, des plans nets, une prise d’air basse sur le capot qui donnerait presque une sensation de mouvement même à l’arrêt.
Ce qui rend cette carrosserie remarquable dans son contexte, c’est précisément qu’elle diffère. La Ferrari 275 GTB, maginfique au demeurant, jouait encore sur la continuité avec une certaine tradition italienne des années 1950. La Ferrari 275 GTB partait dans une autre direction, celle de la supercar déjà spectaculaire. Giugiaro pour Maserati choisit une troisième voie : l’élégance froide, proportions quasi parfaites, rien à enlever et rien à ajouter. La silhouette du Ghibli est identifiable au premier coup d’oeil et l’est restée.
Ghia signe la carrosserie mais c’est Giugiaro qui en porte l’âme. Il quitte Ghia en 1967 pour fonder Ital Design, et le Ghibli reste l’une des dernières grandes réalisations de sa période turinoise. Difficile de ne pas voir dans cette voiture une sorte de testament de jeunesse : la preuve qu’à cet âge, avec ce client, il était déjà capable du meilleur.
Le V8 4,9 litres à carter sec : fiche technique du Tipo AM115/49
Le Ghibli est apparu en 1966 avec un V8 de 4,7 litres. La version SS, présentée en 1970, passe à 4 930 cm³ et 335 chevaux.
Elle apporte une réponse au GT de l’époque de chez Ferrari ou Lamborghini. A titre de comparaison, la Ferrari 275 GTB pousse 300 ch à 8000 tours / min en 1966 et la Miura P400 (1966-1969) est a 350 ch.
Le Tipo AM115/49, c’est le code interne de ce moteur. Un V8 à double arbre à cames en tête par banc, quatre carburateurs Weber double corps, et surtout un carter sec, héritage direct de la compétition. Ce choix technique est choisit : le carter sec abaisse le centre de gravité et garantit une lubrification constante dans les virages serrés ou lors de fortes accélérations.
La puissance annoncée est de 335 ch à 5 500 tr/min. La vitesse de pointe dépasse les 280 km/h, ce qui en fait l’une des voitures de série les plus rapides à cette époque. Le 0 à 100 km/h est annoncé aux alentours de 6,5 secondes, un chiffre respectable pour une GT de ce gabarit et de ce poids, aux alentours de 1 580 kg.
La boîte de vitesses est une ZF 5 rapports, la même unité allemande que l’on retrouvait sur d’autres GT sportives de la période. Cinq rapports en 1970, c’est encore une distinction sur le marché. Le conducteur ou le pilote selon le choix dispose d’une vraie gestions des régimes moteur, et pas seulement d’une accélération brute. Le passage du 4,7 au 4,9 litres traduit une ambition claire : Maserati cherche désormais à proposer une alternative sérieuse aux Ferrari et pas seulement a
Daytona, Miura : le Ghibli SS dans sa bataille de segment
| Modèle | Moteur | Cylindrée | Puissance | Vitesse max | Architecture moteur | Positionnement |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Maserati Ghibli SS (1970) | V8 DOHC | 4,9 L | 335 ch | ~280 km/h | Avant, longitudinal | Grand tourisme confortable et rapide |
| Ferrari 365 GTB/4 Daytona (1968) | V12 DOHC | 4,4 L | 352 ch | 280 km/h | Avant, longitudinal | GT sportive, usage route et piste |
| Lamborghini Miura SV (1971) | V12 DOHC | 3,9 L | 385 ch | ~290 km/h | Central arrière, transversal | Supercar, priorité à la performance pure |
Le châssis AM115/49*1948* authentifié : pourquoi le Ghibli SS reste vivant
En 2026, à l’occasion des 60 ans de la lignée Ghibli, le programme Maserati Classiche a authentifié le châssis portant le numéro AM115/491948, une voiture appartenant à la famille Maserati elle-même. Ce n’est pas une démarche anodine. L’authentification par Maserati Classiche implique une vérification documentaire complète : numéros de châssis, de moteur, historique des propriétaires, cohérence des spécifications d’origine. Pour un collectionneur, ce certificat change concrètement la valeur d’un exemplaire sur le marché.
Le fait que ce châssis appartienne à la famille Maserati ajoute une dimension particulière à l’événement. La voiture en une est d’ailleurs celle de la famille Maserati qui en dit long sur la place de ce modèle dans l’histoire de la marque.
Le marché des GT italiennes des années 1960 et 1970 n’a cessé de progresser depuis une dizaine d’années. Le Ghibli SS reste relativement rare : environ 1 149 Ghibli toutes versions confondues ont été produites entre 1966 et 1973, dont une fraction en configuration SS. La production limitée, combinée à la qualité du design Giugiaro et à la puissance du 4,9 litres, en fait un objet de collection sérieux. Les exemplaires bien documentés, avec un historique traçable, atteignent des niveaux de prix, aux alentours de 200 000 € , ce qui reflètent cette rareté.
Ce que cette authentification révèle aussi, c’est que Maserati prend au sérieux son propre patrimoine. Beaucoup de constructeurs célèbrent des anniversaires avec des communiqués. Ici, il y a un acte concret : un programme d’authentification structuré, appliqué à un châssis familial, pour un modèle qui n’a jamais été au centre des grandes célébrations médiatiques de la marque. Le Ghibli SS méritait mieux que l’oubli poli. Il commence enfin à obtenir la reconnaissance qu’il n’a jamais vraiment reçue de son vivant commercial.
Sources et à lire

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