Citroën Méhari transparente “Astre Mobile” : une création artistique de la Maison Lacmé
La Méhari n’a jamais été une voiture comme les autres, et c’est peut-être pour cette raison qu’elle continue d’inspirer. Maison Lacmé, jeune maison de création fondée par Cécile et Antoine Tauvel, l’a choisie comme support de sa première œuvre-manifeste, *Astre Mobile* : une Méhari transparente, construite autour de douze artisans d’art et d’une idée aussi simple qu’exigeante. Que se passe-t-il quand une carrosserie cesse de cacher, et que chaque pièce devient une œuvre capable de vivre seule ?
- La Méhari, une icône née en 1968 sous le signe de la légèreté
- Maison Lacmé et la genèse d’Astre Mobile : deux ans pour réinventer une automobile
- Les douze artisans et leurs savoir-faire : un cabinet de curiosités sur roues
- Le principe de réversibilité : quand la voiture se décompose en collection d’œuvres
La Méhari, une icône née en 1968 sous le signe de la légèreté
La Méhari naît en 1968, et elle naît différente. Roland de la Poype, aviateur reconverti industriel, convainc Citroën d’habiller ce petit utilitaire d’une carrosserie en ABS, un plastique alors réservé aux casques et aux valises. Le pari est presque absurde : une voiture sans portières, sans capot conventionnel, construite dans une matière que personne n’associe encore à l’automobile. Et pourtant.
La légèreté n’est pas un effet de style ici, c’est une décision d’ingénierie. L’ABS ne rouille pas, s’entretient peu, absorbe les chocs sans se plier. La carrosserie pèse à peine, la silhouette est dépouillée jusqu’à l’os. Ce que les puristes reprochent à la Méhari, son côté brut et presque inachevé, c’est précisément ce qui en fait un objet à part dans l’histoire de l’automobile française.
144 953 exemplaires sortent des chaînes de Citroën entre 1968 et 1987, une longévité qui dit tout de l’adhésion du public. La Méhari devient l’automobile de la côte, du camping, des étés sans prise de tête. Elle traverse les décennies avec une constance tranquille, présente dans les films, les magazines, les souvenirs de vacances de trois générations. Elle n’est jamais vraiment ringardisée parce qu’elle n’a jamais cherché à être chic. Sa sincérité la protège.
Ce passé compte pour comprendre pourquoi Maison Lacmé a choisi ce modèle, et pas un autre. Quand une carrosserie est faite pour être vue telle qu’elle est, pour ne rien cacher de sa matière, elle se prête naturellement à une réinterprétation qui pousse cette logique encore plus loin. La Méhari transparente n’est pas un caprice : c’est une continuité.

Citroën Méhari de 1982. Crédit photo : Citroën©
Maison Lacmé et la genèse d’Astre Mobile : deux ans pour réinventer une automobile
Maison Lacmé a été fondée par Cécile et Antoine Tauvel avec une idée précise : réinventer des objets familiers en réunissant autour d’eux des artisans d’art d’excellence. Pas une galerie, pas un atelier de design classique. Une maison de création qui place la direction artistique au centre et construit chaque projet comme une commande sur-mesure, en choisissant les artisans en fonction du projet, non l’inverse.
Astre Mobile est la première œuvre-manifeste de cette maison. Deux années de développement sous la direction artistique d’Antoine Tauvel, douze artisans réunis, une Méhari Citroën transformée en quelque chose qui n’avait pas de nom avant d’exister. Le choix de la transparence n’est pas décoratif : c’est le point de départ de toute la réflexion. Une carrosserie ordinaire dissimule la mécanique, protège l’intérieur du regard. Celle-ci expose tout.
La carrosserie ne cache plus : elle devient vitrine, et ce qui était invisible, la mécanique, les matières, le geste des artisans, se retrouve soudain au premier plan.
Ce renversement est cohérent avec l’héritage de la Méhari. La voiture originale ne cherchait pas à se donner des airs, sa carrosserie en ABS était franche, visible, sans fard. Antoine Tauvel pousse cette logique jusqu’à son terme : si la matière est honnête, autant qu’elle soit totalement lisible. Et si elle est lisible, autant qu’elle soit extraordinaire. D’où les douze savoir-faire qui prennent place là où l’on attendait des plastiques et de l’acier ordinaire.
- Crédit photo : Kevin Van Campenhout©
- Crédit photo : Kevin Van Campenhout©

Cécile Tauvel au volant de la méhari Astre LIbre. Crédit photo : Kevin Van Campenhout©
- Cécile et Antoine Tauvel. Crédit photo : Paul Boucher©
- Crédit photo : Kevin Van Campenhout©

Crédit photo : Erald Vanbutsele©

Crédit photo : Kevin Van Campenhout©
Galerie d’images “Astre Libre” – crédit photos : Edouard Elias©

Volant Claude Prautois. Crédit photo : Edouard Elias©
Les douze artisans et leurs savoir-faire : un cabinet de curiosités sur roues
| Artisan / Atelier | Spécialité | Pièce réinterprétée | Distinctions principales |
|---|---|---|---|
| Claude Prautois | Sculpture du volant en bois flotté | Volant | Référence de la restauration de volants pour automobiles historiques et de collection |
| Maison Vermeulen / Julien Vermeulen | Marqueterie de plumes | Compteur (devient horloge de table) | Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main – Talents d’exception 2018 |
| Ateliers Arquié / Grégory Rosenblat | Porcelaine | Levier de vitesse | Entreprise du Patrimoine Vivant ; Prix Liliane Bettencourt 2021 ; Grands Ateliers de France |
| Aurélie Lanoiselée | Broderie d’art (coquillages) | Sellerie | Prix Liliane Bettencourt 2009 ; Grand Prix de la Création de la Ville de Paris 2011 ; Grands Ateliers de France |
| Alexandre Duboc | Laque urushi | Clé | Grands Ateliers de France |
| Hervé Obligi | Sculpture sur pierre (onyx blanc) | Enjoliveurs (deviennent une lampe) | Maître d’Art 2015 ; Entreprise du Patrimoine Vivant ; Prix du Talent de l’Originalité 2022 ; Grands Ateliers de France |
| Lise Richardot, Atelier Acanthe | Dorure à la feuille d’or | Boîtier de chauffage (réalisé avec Fanny Boucher) | Trophée Madame Artisanat 2025 |
| Fanny Boucher, Atelier Hélio’g | Héliogravure | Composant graphique | Maître d’Art 2015 ; Prix Liliane Bettencourt 2020 ; Grands Ateliers de France |
| Élise Blouet-Ménard | Cuir de Russie | Garniture en cuir | Prix des Artisanes LVMH × ELLE 2024, catégorie « Sauvegarde du patrimoine français » |
| Marie Archambaud | Broderie métallique (cannetille et fils précieux) | Emblème Maison Lacmé (devient une broche) | Spécialiste de la broderie en cannetille et fils métalliques précieux |
| Pierre-Yves Morel | Peinture décorative et trompe-l’œil | Doubles des enjoliveurs en trompe-l’œil | Collaborations avec le Mobilier national ; Talent AD « La décoration de demain » |
| Pino Amato | Ébénisterie d’art | Mécanismes et éléments sur-mesure | Spécialiste des réalisations sur-mesure aux mécanismes ingénieux |
Galerie d’images “Astre Libre” – crédit photos : Kevin Van Campenhout©
Le principe de réversibilité : quand la voiture se décompose en collection d’œuvres
Ce qui distingue Astre Mobile d’une simple art car, c’est la question qu’Antoine Tauvel s’est posée dès le départ : et si chaque pièce pouvait vivre sans la voiture ? Ce principe de réversibilité traverse l’ensemble du projet. Les enjoliveurs sculptés en onyx blanc par Hervé Obligi quittent le véhicule pour devenir une lampe ; sur la Méhari, leurs doubles en trompe-l’œil peints par Pierre-Yves Morel prennent leur place. La substitution est si précise qu’elle relève presque du tour de passe-passe.
L’emblème de Maison Lacmé, brodé en fil métallique par Marie Archambaud, se détache pour devenir une broche. Le compteur en marqueterie de plumes réalisé par Maison Vermeulen se retire pour poser sur un bureau en horloge de table. La voiture se défait en collection, et la collection peut se recomposer en voiture. C’est une logique d’objets gigognes poussée à un niveau de raffinement que l’on rencontre rarement.
Du 9 septembre au 4 octobre 2026, Astre Mobile était visible à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, dans le cadre de Paris Design Week. L’adresse a du sens : un bâtiment historique au cœur de Paris, chargé d’histoire artisanale et décorative française, pour accueillir une œuvre qui revendique exactement cette filiation. Première expression publique de Maison Lacmé, le projet dit quelque chose de simple et d’assez fort à la fois : les savoir-faire français n’ont pas besoin d’un cadre institutionnel pour exister. Une Méhari suffit.
Pour découvrir les créations de la Maison Lacmé, cliquez sur ce lien.
Crédit photos : Kevin Van Campenhout© / Paul Boucher© / Erald Vanbutsele© / Édouard Elias© pour Maison Lacmé.
Sources et à lire
- MÉHARI1968
À LA FIN DES ANNÉES 60, LA JEUNESSE - Origine et histoire de la marque Citroën depuis 1919
- CITROËNCOMMUNIQUÉ DE PRESSECITROËN MEHARI : 55
- Citroën Méhari
- Citroën Méhari : la polyvalente | Classic Car Passion

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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