Renault Dauphine : rétrospective complète pour ses 70 ans
En 2026, la Renault Dauphine entrera dans sa huitième décennie d’existence, et ce chiffre mérite qu’on s’y arrête. Née dans le secret des ateliers de Billancourt au début des années 1950, elle a fait de Renault une marque internationale, vendu à plus de deux millions d’exemplaires, et conquis les États-Unis avant d’en être chassée par ses propres défauts. Qui était vraiment cette petite berline à moteur arrière, dans quelles versions a-t-elle existé, et que valait-elle, techniquement, face à ses contemporaines ?
Pourquoi Renault a conçu la Dauphine en secret
En 2026, la Renault Dauphine fête ses 70 ans. Pas un anniversaire symbolique : celui d’une voiture qui a changé la trajectoire commerciale de Renault à l’international, et qui méritait mieux que les traitements partiels qu’on lui réserve encore aujourd’hui.
Tout commence au début des années 1950. La 4CV, lancée en 1947, a été un succès populaire immédiat, mais Renault sait que son avenir est limité. La clientèle évolue, les routes se refont, et la concurrence, Citroën en tête avec sa 2CV, Simca avec l’Aronde, ne dort pas. Il faut une remplaçante. Pas une évolution : un nouveau départ.

Renault 4CV de 1948. Celle qui fût remplacée par la Dauphine. Crédit photo : Renault©
Le projet est baptisé Projet 109 en interne et conduit dans une discrétion qui tient presque du secret industriel. La raison est simple : Renault ne veut pas tuer les ventes de la 4CV encore sur le marché, et ne veut pas non plus que Peugeot ou Simca anticipent la riposte. Le bureau d’études travaille à Billancourt à l’abri des regards, avec des maquettes camouflées dans des ateliers fermés.
C’est Robert Barthaud, chef du style de Renault, qui supervise la carrosserie, sous la direction de l’ingénieur en chef Fernand Picard, avec le concours ponctuel du carrossier Ghia. Son approche est celle d’un homme formé à l’élégance de l’avant-guerre : des lignes fluides, une fastback légèrement inclinée, une silhouette cohérente de toutes les angles. Le résultat est une berline trois volumes aux formes rondes, ni austère ni prétentieuse. Fonctionnelle, mais avec du caractère.
Mécaniquement, le parti pris reste celui de la 4CV : moteur arrière, propulsion arrière, architecture compacte. Mais la cylindrée augmente, l’habitabilité aussi, et l’ensemble gagne en sérieux. La Dauphine n’est pas une improvisation. Elle est le fruit de quatre ans de développement discret, pensé pour durer.
Le lancement de 1956 : chiffres de ventes et accueil du public
| Année | Production estimée (unités) | Événement ou marché clé |
|---|---|---|
| 1956 | ~90 000 | Présentation publique au Palais de Chaillot (6 mars 1956), puis au Salon de Genève deux jours plus tard ; premières livraisons en France |
| 1957 | ~175 000 | Début des exportations vers les États-Unis ; succès immédiat sur la côte Est ; lancement de la version Gordini au Salon de Paris en octobre |
| 1958 | ~250 000 | La Dauphine devient la deuxième voiture importée la plus vendue aux États-Unis, derrière la Volkswagen Beetle |
| 1959 | ~300 000 | Pic des exportations américaines |
| 1960 | ~270 000 | Premiers problèmes de fiabilité signalés sur le marché américain ; recul des ventes US ; lancement de l’Ondine en version haut de gamme, vendue en France et à l’export |
| 1961 | ~230 000 | Retrait progressif du marché américain ; maintien en Europe et Amérique du Sud |
| 1962 | ~200 000 | Poursuite de la commercialisation de l’Ondine sur les marchés France et export |
| 1963 | ~160 000 | Concurrence accrue de la Renault 8 ; la Dauphine perd du terrain en France |
| 1964 | ~120 000 | Production en forte baisse ; la R8 prend le relais commercial |
| 1965 | ~80 000 | Maintien en production pour marchés secondaires et Amérique latine |
| 1966 | ~40 000 | Fin de production imminente ; assemblages résiduels |
| 1967 | ~10 000 | Arrêt définitif de la production ; bilan total approx. 2,15 millions d’unités |

Renault Dauphine de 1957. Crédit photo : Renault©
Toutes les versions de la Dauphine : du modèle de base à la Gordini
| Version | Année d’introduction | Spécificités mécaniques | Marchés principaux |
|---|---|---|---|
| Dauphine standard | 1956 | Moteur 845 cm³, 26 ch, boîte 3 vitesses | France, Europe, États-Unis |
| Dauphine Export | 1957 | Finitions renforcées, équipements additionnels (chauffage, sellerie) | États-Unis, Canada, Amérique du Sud |
| Dauphine Gordini | 1959 | 845 cm³ préparé, 40 ch, carburateur double corps Solex, freins améliorés | France, Europe |
| Ondine | 1961 | Mécanique Dauphine standard, carrosserie retravaillée, présentation haut de gamme | Marchés export, États-Unis |
| Dauphine Ghia | 1956 | Carrosserie spéciale dessinée par Ghia (Turin), 2 portes, série très limitée | Marchés premium, salons |
| Dauphine Brissonneau & Lotz | 1959 | Version cabriolet à toit électrique, carrosserie transformée par Brissonneau & Lotz | France, marché confidentiel |
| Renault-Dauphine Bel Air (Ghia coupé) | 1959 | Étude de style Ghia sur base Dauphine, version non commercialisée en série | Salons automobiles |
Fiche technique complète : moteur, dimensions et performances
- Moteur : 4 cylindres en ligne, refroidi par eau, positionné en porte-à-faux arrière ; cylindrée de 845 cm³ sur toutes les versions de série
- Puissance : 26 ch DIN (version standard de 1956) ; portée à 30 ch sur les millésimes tardifs en version standard ; 40 ch sur la Dauphine Gordini
- Couple : environ 65 à 68 Nm à 2 000 tr/min sur la version de base ; la Gordini dispose d’un carburateur simple corps Solex 32 qui améliore sensiblement la réponse à bas régime
- Boîte de vitesses : 3 rapports au lancement en 1956, avec synchroniseurs sur les 2e et 3e rapports uniquement, le 1er restant non synchronisé ; passage à une boîte 4 vitesses disponible en option à partir de fin 1957 avec l’introduction de la Dauphine Gordini, généralisée ensuite
- Vitesse maximale : 112 à 115 km/h en version standard ; 126 à 130 km/h environ pour la Gordini (les 140 km/h étant réservés à la Dauphine 1093 à vocation compétition)
- Dimensions extérieures : longueur 3 940 mm environ, largeur 1 520 mm, hauteur 1 430 mm
- Empattement : 2 270 mm
- Poids à vide : 660 kg (version standard) ; la Gordini approche les 700 kg avec ses équipements spécifiques
- Consommation : environ 7 litres aux 100 km en usage mixte pour la version 26 ch
- Freins : tambours aux quatre roues au lancement, y compris sur la Gordini qui conserve les tambours de 228 mm de diamètre ; à partir de 1964, la Gordini est équipée de freins à disque aux quatre roues
- Suspension : indépendante aux quatre roues, avec ressorts hélicoïdaux à l’arrière ; comportement routier sensible à la surcharge, point souvent relevé sur le marché américain
- Capacité du réservoir : 32 litres (ramenés à 30 litres sur certaines variantes)
- Coffre : situé à l’avant (le moteur étant à l’arrière), volume d’environ 200 litres, jugé correct pour la catégorie en 1956
Crédit photos : Renault©

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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