5 bonnes raisons de regarder SCARFACE ce soir sur ARTE
Ce soir, ARTE propose à 21h00 l’un de ces films que l’on croit connaître avant même de l’avoir vu : Scarface, de Brian De Palma. Un titre devenu immense, une silhouette blanche dans un décor de marbre, une montagne de démesure, de coke, de rage, d’argent et de solitude. Plus de quarante ans après sa sortie, le film reste un choc. Pas seulement parce qu’il est violent. Pas seulement parce qu’Al Pacino y livre l’une des performances les plus excessives de sa carrière. Mais parce que Scarface raconte, avec une brutalité presque opératique, la face sombre d’un rêve américain qui tourne au cauchemar.
Voici 5 bonnes raisons de revoir Scarface ce soir sur ARTE.
- 1. Parce que Scarface est né d’une idée folle : refaire un classique pour parler des années 1980
- 2. Parce que son histoire reste l’une des plus puissantes descentes aux enfers du cinéma
- 3. Parce qu’Al Pacino y compose un personnage devenu une icône
- 4. Parce que Scarface a été mal compris avant de devenir culte
- 5. Parce que Scarface a marqué le cinéma bien au-delà du film de gangsters
1. Parce que Scarface est né d’une idée folle : refaire un classique pour parler des années 1980
Avant d’être le film culte de Brian De Palma, Scarface est d’abord un héritage. Le film de 1983 est une réinvention du Scarface de 1932, réalisé par Howard Hawks, lui-même inspiré par la figure d’Al Capone et par l’Amérique de la prohibition. Là où le premier film parlait de gangsters, d’alcool, de mitraillettes et de Chicago, la version de De Palma déplace le récit dans le Miami des années 1980, en pleine explosion du trafic de cocaïne.
C’est là que le projet devient passionnant. Scarface n’est pas un simple remake. C’est une transposition. Le gangster italo-américain des années 1930 devient un réfugié cubain débarqué aux États-Unis avec une faim de réussite que rien ne semble pouvoir contenir. Tony Montana n’arrive pas en Amérique pour s’intégrer gentiment. Il arrive pour tout prendre. L’argent, le pouvoir, les femmes, les symboles, la reconnaissance. Il veut ce que l’Amérique promet dans ses vitrines, ses pubs, ses buildings et ses néons : “le monde”.
Le scénario est signé Oliver Stone. À cette époque, il connaît de près le climat qu’il décrit : la paranoïa, les excès, la drogue, la violence, le sentiment qu’une époque entière est en train de se consumer. Brian De Palma, lui, apporte son sens de la mise en scène : les mouvements de caméra, la tension, le goût du spectacle, les couleurs criardes, le mauvais goût assumé, les décors qui semblent avaler les personnages.
Scarface est donc né au croisement de plusieurs obsessions : le mythe du gangster, la cocaïne, Miami, l’immigration, l’argent facile, l’Amérique triomphante et malade. Ce mélange donne un film qui n’a jamais vraiment ressemblé à un autre.
2. Parce que son histoire reste l’une des plus puissantes descentes aux enfers du cinéma
Le film s’ouvre en 1980. Tony Montana, réfugié cubain, arrive en Floride avec son ami Manny Ribera. Il n’a rien, ou presque : un passé trouble, une ambition énorme et une rage qui ne demande qu’à exploser. Après un passage dans un camp de réfugiés, Tony comprend très vite que le rêve américain ne lui sera pas offert. Il faudra l’arracher.
Avec Manny, il commence tout en bas de l’échelle criminelle. Petits boulots, missions dangereuses, trafics, premiers contacts avec le milieu. Tony se fait remarquer par Frank Lopez, un caïd local qui voit en lui un exécutant efficace, brutal, sans peur. Mais Tony n’est pas fait pour rester au service d’un autre. Il observe, apprend, méprise les faibles et repère les failles. Très vite, il veut plus.
Son ascension passe par la drogue, la violence, les trahisons et les alliances. Tony s’impose dans le trafic de cocaïne, élimine ceux qui le gênent, prend la place de Frank Lopez et s’empare aussi d’Elvira, la compagne froide et désabusée de son ancien patron. Peu à peu, le petit malfrat devient roi. Une maison gigantesque, des costumes blancs, des billets partout, une sécurité armée, un empire. Sur le papier, Tony Montana a gagné.
Mais Scarface n’est pas l’histoire d’une réussite. C’est l’histoire d’une chute programmée. Tony a conquis le monde, mais il n’a jamais appris à vivre dedans. Il devient paranoïaque, brutal, dépendant, incapable d’aimer sans posséder, incapable de faire confiance, incapable de distinguer la loyauté de la soumission. Son rapport à sa sœur Gina révèle une part encore plus trouble de sa personnalité : un mélange de protection, de jalousie, d’orgueil et de domination.
La fin du film (attention spoiler !) est restée mythique parce qu’elle condense tout : la folie, l’excès, la solitude, l’autodestruction. Tony Montana meurt comme il a vécu, en hurlant, en tirant, en refusant de tomber, face à un monde qu’il croyait pouvoir acheter. Scarface raconte une ascension sociale, oui. Mais surtout l’impossibilité de survivre à sa propre démesure.
Photos du film SCARFACE. Crédit photos : Universal Pictures©
- Al Pacino (Tony Montana) et Steven Bauer (Manny Ribera) dans “Scarface” de Brian de Palma
- Al Pacino (Tony Montana) dans “Scarface” de Brian de Palma
- F. Murray Abraham (Omar Suarez), Robert Loggia (Frank Lopez) et Al Pacino (Tony Montana) dans “Scarface” de Brian de Palma
- Michelle Pfeiffer (Elvira Hancock) dans “Scarface” de Brian de Palma
- F. Murray Abraham (Omar Suarez) et Robert Loggia (Frank Lopez) dans “Scarface” de Brian de Palma
- Al Pacino (Tony Montana) dans “Scarface” de Brian de Palma
3. Parce qu’Al Pacino y compose un personnage devenu une icône
Difficile d’imaginer Scarface sans Al Pacino. Son Tony Montana est tout sauf discret. Accent marqué, regard fou, gestes nerveux, rire mauvais, orgueil permanent : Pacino ne cherche pas la nuance réaliste. Il joue Tony comme une créature de cinéma, presque comme un monstre tragique. On peut trouver sa performance excessive, parfois volontairement outrée, mais c’est précisément cette énergie qui a fait entrer le personnage dans la légende.
Tony Montana n’est pas un héros. Il est violent, misogyne, arrogant, dangereux, souvent insupportable. Mais il fascine parce qu’il est l’incarnation pure d’un désir sans frein. Il veut tout, tout de suite, sans limite morale. C’est un personnage répulsif et magnétique à la fois. Le film ne demande pas de l’admirer, mais il oblige à le regarder.
Autour de lui, le casting est essentiel. Steven Bauer apporte à Manny une légèreté, une élégance et une forme de loyauté qui contrastent avec la brutalité de Tony. Michelle Pfeiffer, dans le rôle d’Elvira, impose une présence glacée, presque fantomatique. Elle n’est pas seulement “la femme du gangster” : elle est le symbole d’un monde déjà vidé de ses illusions. Belle, distante, prisonnière d’un luxe toxique, elle regarde Tony comme si elle voyait déjà sa fin.
Robert Loggia incarne Frank Lopez, le patron dépassé par sa propre créature. Mary Elizabeth Mastrantonio joue Gina, la sœur de Tony, personnage central dans l’effondrement intime du héros. Tous participent à faire de Scarface un film de personnages autant qu’un film de gangsters.
Mais au centre, il y a Pacino. Et son Tony Montana est devenu plus qu’un rôle : une silhouette, une voix, une attitude, une mythologie.
À l’origine, le rôle de Tony Montana devait être tenu par Robert De Niro, mais ça ne se fera pas. Il est ensuite proposé à Sylvester Stallone, qui le refusera à son tour, occupé à la réalisation du film “Staying Alive”. C’est finalement Al Pacino qui incarnera le caïd de la pègre de Miami.
4. Parce que Scarface a été mal compris avant de devenir culte
À sa sortie en 1983, Scarface ne fait pas l’unanimité. Le film choque par sa violence, son langage, sa durée, son goût de l’excès. Certains critiques le trouvent trop long, trop bruyant, trop vulgaire, trop complaisant. D’autres y voient déjà une grande fresque malade sur l’Amérique de l’argent, du crime et du spectacle.
Cette division est importante, car elle explique en partie le destin du film. Scarface n’a pas été immédiatement traité comme un chef-d’œuvre intouchable. Il s’est imposé avec le temps. Par la vidéo, par les rediffusions, par les chambres d’adolescents, par les affiches, par les rappeurs, par les citations, par les jeux vidéo, par la culture populaire.
Malgré les avis partagés, Scarface sera un succès commercial à sa sortie. Il rapportera 65 millions de dollars en 12 semaines, pour un budget de 25 millions de $, et se placera en deuxième position derrière “Le retour de l’inspecteur Harry” au box office, film de et avec Clint Eastwood sorti au cinéma le même jour que Scarface.
Le film est devenu culte parce qu’il est reconnaissable en quelques secondes. Le costume blanc. Le bureau. Le globe “The World Is Yours”. Les néons. La villa. La scène finale. La musique de Giorgio Moroder. La voix de Tony. Son obsession pour la réussite. Son aveuglement total.
Mais ce statut culte a aussi créé une ambiguïté. Beaucoup ont vu en Tony Montana une figure de puissance, presque un modèle de réussite brutale. Pourtant, le film raconte exactement l’inverse : Tony gagne tout ce qu’il croyait vouloir, puis il perd tout. Il confond respect et peur, amour et possession, richesse et liberté. Il croit dominer le monde, alors qu’il s’enferme dans une prison dorée.
C’est peut-être là que Scarface est le plus intéressant : il montre la séduction du mal sans jamais pouvoir totalement l’annuler. Il attire et il repousse. Il critique l’excès tout en le filmant avec une énergie folle. C’est cette contradiction qui le rend encore vivant.
5. Parce que Scarface a marqué le cinéma bien au-delà du film de gangsters
Scarface n’a pas seulement prolongé la tradition du film de gangsters. Il l’a déplacée. Après Le Parrain, qui montrait la mafia comme un monde familial, codifié, presque monarchique, Scarface arrive avec autre chose : un gangster sans élégance morale, sans héritage, sans famille solide, sans code véritable. Tony Montana n’est pas un prince du crime. C’est un homme qui grimpe en détruisant tout autour de lui.
Visuellement, le film a aussi imposé une esthétique. Miami n’y est pas seulement une ville : c’est un décor mental. Le soleil, les palmiers, les clubs, les villas, les intérieurs clinquants, les couleurs agressives, les costumes, les miroirs, les surfaces brillantes. Tout semble trop grand, trop cher, trop blanc, trop rouge, trop faux. De Palma filme un monde où le luxe ressemble déjà à une scène de crime.
Le film a aussi apporté au cinéma une façon très frontale de représenter les années 1980 : leur obsession de l’argent, leur individualisme, leur violence économique, leur fascination pour la réussite visible. Scarface est un film sur la drogue, bien sûr. Mais c’est aussi un film sur la consommation, l’image, la possession, la promesse empoisonnée du “toujours plus”.
Son influence dépasse largement les salles de cinéma. On la retrouve dans le rap, la mode, les clips, les jeux vidéo, les affiches, les références publicitaires, les parodies, les citations. Tony Montana est devenu une icône paradoxale : symbole de puissance pour certains, avertissement tragique pour d’autres.
Revoir Scarface ce soir sur ARTE, ce n’est donc pas seulement revoir un classique violent des années 1980. C’est revoir un film qui a fini par dépasser son époque. Un film excessif, imparfait, fascinant, parfois dérangeant, mais impossible à ignorer. Un film qui raconte que vouloir “le monde” ne sert à rien si l’on perd son âme en chemin.
Ce soir, à 21h00, ARTE remet Tony Montana sous les projecteurs. Et même si l’on connaît déjà sa chute, on comprend pourquoi elle continue de nous hypnotiser.
SCARFACE
Film de Brian De Palma (États-Unis, 1983, 2h43mn, VF/VOSTF) – Scénario : Oliver Stone, d’après Howard Hawks et Ben Hecht – Avec : Al Pacino, Michelle Pfeiffer, Steven Bauer, Mary Elizabeth Mastrantonio, Robert Loggia, Miriam Colon, F. Murray Abraham, Paul Shenar – Production : Universal Pictures.
Diffusion : dimanche 28 juin 2026 à 21H00 sur ARTE.
Crédit photos : Universal Pictures©

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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Bonjour Jean-Michel, nous n'avons pas réalisé d'essai route sur ce modèle.
Excellent sketch des Inconnus Coco, avec cette parodie du monde de la pub, c'est vrai : )
Je ne connaissais ce "sketch" des Inconnus ... genial "il faut forget,"few minutes", "c'est super good vachement bien" . Et…
J adore !
Bonjour, Ce modèle étant toujours indisponible en concession, pour des raisons semble-t-il de surconsommation d’huile détectée sur ce moteur, comment…