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Le 3 juin 1970, cinq musiciens britanniques publiaient un disque qui allait changer durablement l’histoire du rock. Son nom : In Rock. Son auteur : Deep Purple. Cinquante-six ans plus tard, cet album demeure l’une des pierres angulaires du hard rock moderne, un monument sonore dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui. Si le genre existait déjà sous différentes formes à la fin des années 1960, Deep Purple In Rock est souvent considéré comme le premier album de hard rock totalement accompli. Plus agressif que le blues-rock de l’époque, plus virtuose que la plupart de ses contemporains, il pose les fondations d’un style qui sera ensuite développé par des générations de groupes, de Judas Priest à Iron Maiden, en passant par Metallica.

La naissance de la formation légendaire

Lorsque Deep Purple voit le jour en 1968, le groupe est composé de Ritchie Blackmore à la guitare, Jon Lord aux claviers, Nick Simper à la basse, Rod Evans au chant et Ian Paice à la batterie. Les trois premiers albums du groupe connaissent un succès relatif mais peinent à définir une identité forte. La musique oscille alors entre rock psychédélique, influences classiques et reprises de standards américains.

Tout change en 1969 lorsque Rod Evans et Nick Simper quittent le navire. Ils sont remplacés par deux musiciens qui vont transformer radicalement le son du groupe : Ian Gillan au chant et Roger Glover à la basse.

Cette formation, surnommée plus tard « Mark II », est aujourd’hui considérée comme la plus emblématique de l’histoire de Deep Purple. Elle réunit cinq personnalités exceptionnelles :

• Ian Gillan : chant
• Ritchie Blackmore : guitare
• Jon Lord : orgue Hammond et claviers
• Roger Glover : basse
• Ian Paice : batterie

La chimie est immédiate. Les nouveaux venus apportent une énergie plus sauvage, plus directe et plus lourde.

Un album conçu pour être plus fort que tout le monde

À la fin des années 1960, le paysage rock est en pleine mutation. Led Zeppelin vient de frapper un grand coup avec ses deux premiers albums. Black Sabbath prépare son entrée en scène. Les groupes cherchent à jouer plus fort, plus vite et plus lourd.

Ritchie Blackmore et Jon Lord veulent que Deep Purple franchisse un cap. Leur objectif est simple : créer une musique explosive où la puissance du rock rencontre la virtuosité instrumentale. L’enregistrement débute entre la fin de l’année 1969 et le début de 1970. Les séances sont marquées par une volonté commune de repousser les limites techniques. Blackmore multiplie les riffs tranchants, Jon Lord pousse son orgue Hammond dans ses retranchements tandis qu’Ian Gillan développe un registre vocal impressionnant, capable d’atteindre des notes aiguës rarement entendues dans le rock de l’époque. Le résultat est radical.

Une pochette devenue mythique

Impossible d’évoquer In Rock sans parler de sa couverture. Inspirée du célèbre mont Rushmore américain, elle représente les visages des cinq membres du groupe sculptés dans la roche à la place des présidents américains. Cette image symbolise parfaitement l’ambition du groupe : inscrire son nom dans l’histoire du rock comme un monument durable. Plus d’un demi-siècle après sa sortie, cette pochette demeure l’une des plus célèbres de l’histoire du hard rock.

Le premier véritable album hard rock ?

La question fait débat depuis des décennies. Black Sabbath a publié son premier album quelques mois avant In Rock et Led Zeppelin avait déjà considérablement durci le son du rock. Pourtant, beaucoup de spécialistes considèrent In Rock comme le premier album entièrement hard rock de l’histoire. Pourquoi ? Parce qu’il ne contient quasiment aucune concession aux styles précédents. Là où Led Zeppelin conserve de fortes racines blues et folk, là où Black Sabbath développe une atmosphère sombre proche du doom metal, Deep Purple propose une formule nouvelle :

• Riffs agressifs ;
• Batterie puissante ;
• Chant suraigu ;
• Orgue saturé ;
• Longues démonstrations instrumentales ;
• Vitesse d’exécution impressionnante.

Cette combinaison deviendra l’ADN du hard rock des années 1970 et 1980.

Des morceaux devenus légendaires

L’album s’ouvre avec Speed King, véritable déclaration de guerre musicale. Dès les premières secondes, le groupe affiche ses intentions. La guitare de Blackmore rugit, Ian Gillan hurle, Ian Paice martèle sa batterie. Le morceau apparaît aujourd’hui comme l’un des ancêtres du speed metal. Autre moment fort : Bloodsucker, concentré d’énergie brute porté par un riff implacable. Mais c’est surtout Child in Time qui entre dans la légende. Avec ses plus de dix minutes, ce morceau devient rapidement l’une des œuvres majeures du rock des années 1970. La progression lente, les envolées vocales hallucinantes de Gillan et le solo de guitare de Blackmore en font un chef-d’œuvre absolu.

Le titre, inspiré par les tensions de la guerre froide et les conflits internationaux, conserve aujourd’hui toute sa force émotionnelle.

L’album contient également :

• Flight of the Rat
• Into the Fire
• Living Wreck
• Hard Lovin’ Man

Autant de morceaux qui démontrent l’incroyable niveau technique des cinq musiciens.

L’affrontement Blackmore contre Lord

L’une des grandes forces de In Rock réside dans le duel permanent entre la guitare de Ritchie Blackmore et l’orgue Hammond de Jon Lord. À l’époque, peu de groupes utilisent les claviers de manière aussi agressive. Lord fait saturer son orgue jusqu’à lui donner la puissance d’une guitare électrique. Les échanges entre les deux musiciens deviennent une véritable marque de fabrique. Cette confrontation musicale influence profondément des générations de groupes de hard rock et de metal.

Un succès qui propulse Deep Purple au sommet

À sa sortie, In Rock rencontre immédiatement le succès en Europe. L’album atteint notamment la quatrième place des ventes au Royaume-Uni et s’installe durablement dans les classements.
Le public est séduit par cette énergie nouvelle tandis que les critiques saluent la virtuosité du groupe. Le disque ouvre à Deep Purple les portes d’une carrière internationale majeure.

Les albums qui suivront, notamment Fireball (1971) et surtout Machine Head (1972), confirmeront définitivement leur statut de géants du hard rock.

Un héritage colossal

L’influence de Deep Purple In Rock dépasse largement le cadre du groupe. On retrouve son empreinte chez Iron Maiden, Rainbow, Judas Priest, Scorpions, Whitesnake, Metallica ou encore Dream Theater. L’album a également contribué à populariser plusieurs éléments devenus essentiels dans le hard rock :

• Les cris aigus du chanteur ;
• Les riffs rapides ;
• Les solos virtuoses ;
• Les longues compositions épiques ;
• L’importance du jeu instrumental.

Cinquante-six ans après sa sortie, In Rock n’a rien perdu de sa puissance. Plus qu’un simple album, il représente le moment précis où le rock a basculé vers quelque chose de plus lourd, plus rapide et plus ambitieux.

Le 3 juin 1970, Deep Purple ne publiait pas seulement un nouveau disque. Le groupe ouvrait une nouvelle ère musicale dont les répercussions continuent encore aujourd’hui de résonner dans le monde entier.

Philippe Pillon

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.

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