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Depuis un siècle, le nom Bugatti désigne autant une philosophie qu’une mécanique, et la Brouillard en est peut-être l’expression la plus accomplie à ce jour. Née du Programme Solitaire, cette pièce unique porte le nom du cheval préféré d’Ettore Bugatti et incarne une vision de l’automobile où l’artisanat, l’histoire et l’émotion priment sur la série. Comment une voiture conçue en secret pendant plusieurs années devient-elle, en l’espace d’une seule journée, à la fois un objet intime et une œuvre consacrée publiquement ? C’est ce que le 13 septembre 2026, aux Grandes Écuries de Chantilly, a rendu possible.

Le Dôme des Grandes Écuries : un écrin à la hauteur d’une création unique

Il fallait un lieu à la hauteur du nom. Les Grandes Écuries de Chantilly, édifiées au XVIIIe siècle par Jean Aubert selon la légende voulant que Louis-Henri de Bourbon, 7e prince de Condé, renaîtrait en cheval, sont peut-être l’endroit où l’automobile et le cheval se regardent le plus naturellement dans les yeux. C’est là, sous la coupole du Dôme, que Bugatti a choisi de remettre la Brouillard à son propriétaire. Pas dans un hall d’exposition, pas sur un podium de salon. Dans une écurie princière.

La date : dimanche 13 septembre 2026, au cœur de la 8e édition du concours Chantilly Arts & Élégance Richard Mille. Dehors, plus de 700 automobiles de collection peuplent les allées du Domaine. Sous le Dôme, l’espace est resserré, presque recueilli. Quelques proches, les équipes venues de Molsheim, et la voiture.

Le choix de ce cadre équestre n’est pas décoratif. La Brouillard porte le nom du cheval préféré d’Ettore Bugatti, un pur-sang blanc moucheté de gris. Ettore avait même conçu un mécanisme spécial permettant à l’animal d’ouvrir lui-même la porte de son box à Molsheim, un dispositif resté parmi ses nombreuses réalisations architecturales non brevetées. Cette relation entre l’homme et le cheval était obsessionnelle, presque fraternelle. Elle a irrigué toute la philosophie de la marque, résumée dans la devise « Pur Sang » qu’Ettore revendiquait autant pour ses mécaniques que pour ses montures. Installer la remise de la Brouillard dans le premier temple équestre d’Europe, c’est boucler une boucle qui dure depuis un siècle.

La voiture elle-même ne laisse aucun doute sur cette filiation. Les galbes de la carrosserie évoquent la musculature d’un équidé au galop. À l’intérieur, des broderies artisanales représentant des chevaux courent sur les contreportes et les dossiers de sièges. Le levier de vitesses abrite une sculpture miniature de cheval. Chaque détail a été pensé pour que le nom ne soit pas une simple référence poétique, mais une présence physique, tactile, presque vivante dans l’habitacle.

Sous la coupole ce dimanche matin, avant que le Château n’ouvre ses grilles au grand public, le Dôme des Grandes Écuries offrait exactement ce que la cérémonie exigeait : un silence habité, une lumière filtrée, et la conscience que l’endroit lui-même participait à l’événement.

Une co-création de plusieurs années transmise comme un cadeau de famille

Ce que Bugatti appelle une « remise » ressemble à autre chose. Moins à une livraison qu’à un vernissage. Ou plutôt à ce moment précis où le peintre recule d’un pas et cède la toile.

Le propriétaire de la Brouillard, que les médias spécialisés identifient comme le collectionneur et entrepreneur néerlandais Michel Perridon, a découvert la voiture entourée de sa famille et de ses proches, face aux équipes de Bugatti qui avaient passé plusieurs années à la concevoir à ses côtés. Mate Rimac, Hendrik Malinowski et Frank Heyl étaient là. Les artisans de Molsheim aussi. Ce n’est pas un détail de protocole : c’est la géographie exacte de ce que le Programme Solitaire promet.

Car le Programme Solitaire ne vend pas une voiture sur catalogue. Il ouvre un dialogue qui dure des années, dans lequel le futur propriétaire intervient à chaque étape, de la silhouette jusqu’aux broderies des sièges. La Brouillard est officiellement la première création issue de ce programme, lui-même conçu pour ne produire au maximum deux pièces uniques par an dans le monde. Cette rareté radicale change la nature du moment. Quand la voiture est enfin là, devant vous, ce n’est pas une livraison. C’est l’aboutissement d’une co-création de plusieurs années, avec tout ce que ça implique d’impatience, de doutes, de choix successifs et d’attente.

« Créer une Bugatti, c’est donner naissance à une histoire, à un héritage et à un lien émotionnel qui ne ressemble à aucun autre. » Hendrik Malinowski, directeur général de Bugatti.

La présence de la famille ajoute une couche de sens que les comptes rendus techniques ignorent souvent. Cette voiture ne rejoint pas une collection comme un objet anonyme. Elle entre dans une histoire familiale, avec des témoins. C’est un passage de témoin qui prend la forme d’une clé.

Ce que Bugatti a construit autour de cet instant n’est pas non plus anodin. Le week-end entier a été orchestré comme une expérience : rallye à travers les environs de Chantilly avec des Veyron et une Chiron Profilée, déjeuner au Polo Club en présence des responsables de la marque, garden party avec montgolfières et promenades en calèche sur le Grand Canal. Le tout pensé pour tous les âges, pas seulement pour les passionnés d’automobiles. Bugatti habillait l’événement en fête de famille autant qu’en rendez-vous de prestige. La frontière entre les deux, ce jour-là, était délibérément floue.

De la célébration privée au Best of Show : le basculement vers l’histoire

Il y a quelque chose de très précis dans la séquence qu’a vécue la Brouillard ce dimanche 13 septembre. Quelques heures après sa remise dans l’intimité du Dôme, la voiture s’élançait en tête de la Parade Bugatti autour des bassins et miroirs d’eau tracés par André Le Nôtre. Aux côtés de Type 35, Type 51, Type 37, Type 13 Brescia et d’autres modèles d’avant-guerre, elle ouvrait un cortège qui enjambait un siècle d’histoire de la marque. Le propriétaire au volant, la famille sans doute dans la foule. Le Dôme était déjà loin.

C’est ensuite au Concours d’Élégance que la Brouillard a pris sa place dans la catégorie des concept-cars, présentée au jury et au public par Mate Rimac et Christophe Piochon. En fin d’après-midi, sur les pelouses du Château, elle recevait le titre de Best of Show Concept-cars, restomods & one-offs. Le propriétaire la présentait lui-même autour des Miroirs d’Eau, devant une assistance dont on mesure la portée symbolique : près de 30 000 spectateurs selon les estimations du concours, là où quelques heures plus tôt ils n’étaient qu’une poignée.

Cette trajectoire en une seule journée dit quelque chose que le communiqué de presse formule, mais que la réalité rend encore plus tangible. Hendrik Malinowski l’a exprimé directement : voir la Brouillard passer « de l’intimité de cette célébration avec la famille Bugatti à la Parade Bugatti puis au Concours d’Élégance, jusqu’à décrocher le titre de Best of Show, illustrait avec une rare intensité ce que représente notre marque. » La citation est juste. Ce qu’elle décrit est un basculement, pas une simple progression.

Une voiture remise en secret le matin, consacrée publiquement l’après-midi. Cela transforme la livraison en quelque chose d’autre : un passage de témoin. Le propriétaire ne reçoit pas simplement un objet. Il en devient le gardien public, celui qui la présente, qui répond de ses choix devant les pairs et les historiens du genre. Le Prix n’est pas la cerise sur le gâteau d’une belle journée. Il marque l’entrée de la pièce dans l’histoire de la carrosserie d’art, avec tout ce que cela implique de responsabilité et de permanence.

C’est précisément ce que le Programme Solitaire avait promis dès le départ : une création pensée pour durer, pour s’inscrire dans une lignée. La Brouillard a tenu cette promesse en quelques heures, passant du recueillement du Dôme à la lumière du Concours d’Élégance sans perdre une once de ce qui faisait d’elle une œuvre singulière.

Sources

  • youtube.com
  • bugatti.com
  • YouTube: De la célébration privée au Best of Show : le basculement vers l’histoire
Virgile Partouche

Consultant SEO / GEO  le jour, passionné de vintage la nuit. Une fois les écrans éteints, je troque les audits et les dashboards pour ma plume sur Monsieurvintage.com. Là, je raconte l’histoire des objets, des voitures et des tendances qui ont marqué les époques, avec une curiosité insatiable pour tout ce qui a un parfum rétro. Entre algorithmes et nostalgie, je construis des ponts entre le passé et le présent.

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