Tristan, la bonne humeur est partie
Tristan, de son vrai nom Pascal Dequatremare, est mort le 4 août 2026 à Pau, laissant derrière lui une trajectoire que la plupart des notices nécrologiques ont résumé à un hit pop des années 80. Pourtant, derrière ce nom de scène se cachent trois vies distinctes : celle d’un pionnier du punk français, celle d’un chanteur pop lié à des figures comme Mathieu Kassovitz et Vincent Cassel, et celle d’un peintre discret mais constant. Qui était vraiment Tristan chanteur, et pourquoi son parcours résiste-t-il si obstinément aux cases dans lesquelles on cherche à l’enfermer ?
Pascal Dequatremare, dit Tristan : un gamin de Paris devenu punk
Pascal Dequatremare n’a pas eu une vie. Il en a eu trois. Et c’est précisément ce que les nécrologies expédiées en quatre lignes ce mois d’août 2026 ont soigneusement évité de raconter.
Il naît le 3 août 1958 à Paris, dans une époque qui commence déjà à crépiter. Dix-sept ans plus tard, en 1975, ce gamin de la capitale co-fonde les Guilty Razors au moment précis où le punk britannique cherche à traverser la Manche. La France n’est pas encore prête, mais lui si. Le groupe sort en 1978 le single I Don’t Wanna Be a Rich chez Polydor, une major, ce qui est en soi une forme de paradoxe revendiqué : faire du punk sous contrat avec une grande maison de disques, c’est déjà annoncer qu’on se fiche des règles du jeu, y compris celles de la rébellion.
Il meurt le 4 août 2026, à Pau, d’un cancer foudroyant, exactement un jour après ses 68 ans. Le calendrier, lui aussi, avait l’air de ne pas vouloir lui laisser le temps de choisir.
Ses proches et son agent l’ont confirmé à l’AFP : la maladie a été aussi brutale qu’inattendue. Une fin qui contraste violemment avec une trajectoire que lui, au contraire, avait construite avec une précision presque obstinée.
Car Tristan, nom de scène qu’il portera jusqu’au bout, n’est pas un chanteur des années 80 que les algorithmes ressortent au moment des décès. C’est un artiste qui a délibérément choisi, à plusieurs reprises, de tout recommencer à zéro. Le punk n’était que le premier chapitre.
Trois vies en une : du collectif Les Musulmans fumants au clip signé Kassovitz
Pascal Dequatremare n’a pas eu une carrière. Il en a eu trois, et c’est précisément ce que personne ne retient depuis l’annonce de sa disparition en 2026. Rembobinons.
Tout commence en septembre 1980, quand il co-fonde avec César Maurel et Philippe Waty le collectif de figuration libre baptisé “Les Musulmans fumants”. Le nom claque comme une provocation, la démarche est celle d’une génération qui repeint le monde à grands gestes. Tristan, pseudonyme qu’il adopte pour la scène, y affirme déjà une conviction centrale : l’art n’a pas de case, et s’y enfermer serait la pire des lâchetés.
Huit ans plus tard, le virage est spectaculaire. En 1988, il sort Bonne, bonne humeur ce matin chez Disques Dreyfus, et l’album fait un carton pop. Mais c’est le clip qui restera comme une curiosité historique de première ordre. Réalisé par un certain Mathieu Kassovitz, il met en scène un figurant encore inconnu nommé Vincent Cassel, et utilise les toiles de Tristan comme décor.
L’épisode M6 en 1991, où il anime la matinale de 7h à 9h, semble déroutant depuis l’extérieur. En réalité, c’est le même instinct de terrain, le même besoin de toucher un public large. Puis vient le retrait, et là encore, pas une fuite mais un choix lucide : l’atelier de Montreuil d’abord, Pau ensuite, et le pseudonyme Tristam pour signer des toiles chinées aux puces et détournées avec une ironie mordante. L’exposition Pimp My Croute à la Galerie Mortier en décembre 2021 prouve que la cohérence était là depuis le début, cachée derrière l’apparente dispersion. Chaque rupture n’était qu’un changement de médium pour prolonger la même liberté fondamentale.
Artiste inclassable ou carrière brisée : ce que disent vraiment les silences
Il est tentant, et même intellectuellement confortable, de lire le parcours de Pascal Dequatremare comme une succession de renoncements polis. Le punk qui n’a pas percé, devenu chanteur pop le temps d’un hit, puis animateur télévisé sur M6, puis peintre en province : le récit se plie facilement à la forme d’une carrière qui déraille. C’est une lecture paresseuse, et surtout fausse.
La peinture n’était pas le plan B de Tristan. Elle était le fil conducteur que la musique n’a jamais interrompu.
La preuve n’est pas abstraite. Elle est visible, littéralement, dans le clip de Bonne, bonne humeur ce matin, tourné en 1988 par un jeune Mathieu Kassovitz avec Vincent Cassel en figurant. Plusieurs toiles apparaissent à l’écran, peintes par Tristan lui-même. Ce n’est pas un hasard de décor : c’est une signature. Et cette signature remonte encore plus loin, à la co-fondation en septembre 1980 du collectif d’art urbain “Les Musulmans fumants”, bien avant que quiconque ne parle de lui comme chanteur. La pratique picturale n’a jamais été abandonnée entre deux contrats discographiques. Elle était simplement là, en parallèle, constante.
Que l’annonce de sa mort, le 5 août 2026, ait été faite à l’AFP par son galeriste Stéphane Mortier et non par une maison de disques ou un manager musical est en soi un fait éloquent. C’est le monde de l’art plastique qui a pris la parole en premier, parce que c’est dans ce monde-là que Tristan avait, en définitive, son ancrage le plus solide.
On vous lance avec le clip de Tristain “Bonne, bonne humeur ce matin”
Sources
- TheMaximumVolumeable: Guilty Razors “Don’t Wanna Be a Rich” 1978
- Joeff Radio: Tristan – Bonne, Bonne Humeur ce matin (1988 – Official Music Video)

Consultant SEO le jour, passionné de vintage la nuit. Une fois les écrans éteints, je troque les audits et les dashboards pour ma plume sur Monsieurvintage.com. Là, je raconte l’histoire des objets, des voitures et des tendances qui ont marqué les époques, avec une curiosité insatiable pour tout ce qui a un parfum rétro. Entre algorithmes et nostalgie, je construis des ponts entre le passé et le présent.
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