Sabrina Boys Boys Boys : la femme derrière le clip culte
En 1987, une jeune Italienne de dix-neuf ans se retrouve au bord d’une piscine sur la côte vénitienne, filmée par une équipe qu’elle ne dirige pas, dans un bikini qu’elle n’a pas choisi, pour un clip qu’elle ne verra qu’après le tournage. Ce clip, c’est “Boys (Summertime Love)”, et il va faire de Sabrina Salerno l’une des figures les plus reconnaissables de la pop européenne des années 1980, vendu à 800 000 exemplaires en France et censuré par la BBC. Mais derrière ce triomphe commercial se pose une question que personne ne semblait pressé de poser à l’époque : qui était vraiment cette femme, et combien de temps lui faudrait-il pour reprendre possession de sa propre histoire ?
Une adolescente de Gênes propulsée sous les projecteurs
Sabrina Debora Salerno naît le 15 mars 1968 à Gênes, dans une ville ouvrière qui longe la Méditerranée et qui n’a rien d’un décor de clip. Son entrée dans le monde commence déjà sous le signe d’une absence. Son père ne l’ayant pas reconnue et sa mère plus ou moins présente, elle est d’abord élevée par sa tante, puis part vivre chez ses grands-parents maternels à Sanremo. Deux villes, deux foyers, une enfance construite sur ce qu’on trouve plutôt que sur ce qu’on vous donne.
À Sanremo, la petite Sabrina grandit loin des projecteurs mais pas loin de l’ambition. Durant son adolescence, elle se partage entre les cours de danse et le lycée linguistique, où elle apprend l’anglais, le français, l’espagnol et le russe. Quatre langues, dans une ville qui accueille chaque année le festival de musique le plus regardé d’Italie. Il y a dans ce détail quelque chose de révélateur : une jeune fille qui prépare méthodiquement une ouverture sur le monde, sans encore savoir sous quelle forme elle arrivera. Parallèlement à ses études, Sabrina participe à différents concours de beauté. En 1984, elle remporte le titre de Miss Lido puis celui de Miss Ligurie, et rencontre celui qui va devenir son premier manager, Giampiero Menzione.
Une adolescente de seize ans, quatre langues en poche, deux couronnes de beauté sur la tête, et déjà un premier manager qui décide de l’avenir à sa place.
Passionnée de mode, le chemin de Sabrina va croiser celui de Menzione, qui, sous le charme de la jeune fille, décide de s’intéresser à sa carrière et devient son premier manager. Après avoir suivi des cours de comédie, de chant et de danse, la jeune fille décide de sortir un single pour l’été 1987, intitulé “Boys”. La mécanique s’emballe vite. Elle débute en 1986 avec “Sexy Girl”, puis enchaîne les singles dans un style italo-disco qui commence à conquérir les radios européennes.
Mais c’est l’été 1987 qui change tout, et qui pose la question centrale de cette histoire. “Boys (Summertime Love)” grimpe au sommet des classements en France et en Suisse, marquant la première fois depuis 1984 qu’une chanteuse italienne s’installe tout en haut des classements français. Le titre se vend à 683 000 exemplaires en France à lui seul, suffisant pour décrocher une certification Gold dans le pays. Toute l’Europe fredonne quelque chose qu’elle n’a pas vraiment choisi de chanter, dans une image qu’elle n’a pas vraiment choisie de porter. Qui est alors cette jeune femme de dix-neuf ans propulsée dans les foyers du continent ? Une star construite de toutes pièces, ou une protagoniste dont personne n’a encore pensé à écouter la voix ?
Le clip de la piscine, une image imposée qu’elle n’a jamais choisie
Imaginez la scène : une jeune femme de 19 ans, debout au bord d’une piscine de l’hôtel Florida à Jesolo, quelque part sur la côte vénitienne, en plein mois d’été. Autour d’elle, une équipe technique masculine, un réalisateur, un manager. On lui dit où se placer, comment bouger, comment sourire. Ce qu’elle ressent ce jour-là, on ne le lui demande pas vraiment.
En 1987, “Boys (Summertime Love)” propulse Sabrina Salerno au sommet des classements européens : numéro un en France et en Italie, avec 800 000 exemplaires vendus. Un triomphe absolu, au moins sur le papier. Mais le clip qui accompagne ce succès raconte une autre histoire, ou plutôt une histoire dans laquelle Sabrina elle-même occupe paradoxalement la place la moins centrale. La vidéo se déroule dans la piscine du Florida Hôtel à Jesolo, où Sabrina porte un bikini qui dévoile une grande partie de sa poitrine. Ce n’est pas un accident de tournage ni un choix artistique arraché à une longue discussion créative. C’est simplement ce qui a été décidé, par d’autres, pour elle.
Ce clip fut le premier à avoir été censuré par MTV, jugé trop osé et interdit de diffusion au Royaume-Uni. La BBC, de son côté, ajouta des barres noires autour de l’image lorsque la vidéo fut diffusée sur Top of the Pops en juin 1988, recadrant effectivement la séquence pour exclure la poitrine du champ. L’ironie de cette censure est glaçante : les institutions prétendaient protéger le public d’une image jugée indécente, mais personne ne semblait se soucier de protéger la jeune femme qui s’y trouvait.
Le scandale a fait le tour du monde. Sabrina, elle, n’a jamais vraiment eu voix au chapitre.
Car c’est bien là le nœud de l’affaire. Ce clip est celui qui a établi l’image de Sabrina comme sex-symbol. Un personnage construit en quelques minutes de rushes, une étiquette collée sur une peau, et qui allait la suivre pendant des décennies. Des années plus tard, quand Sabrina Salerno accepte de revenir sur ce tournage lors d’interviews télévisées, notamment dans l’émission “C à vous” ou face aux caméras du magazine “13h15 le samedi”, elle évoque l’évolution de son image depuis cette époque de star de la pop provocatrice. Ce n’est pas de la nostalgie qu’on entend dans sa voix. C’est quelque chose de plus complexe, une tentative de reprendre possession d’une histoire dont elle fut longtemps le sujet sans jamais en être vraiment l’auteure.
Élue Miss Liguria alors qu’elle n’était qu’adolescente, elle avait été repérée par son manager Giampiero Manzoni. L’idée était simple : capitaliser sur la beauté de Sabrina pour créer le tube de l’été. Le mot “capitaliser” dit tout. Dans cette équation commerciale, Sabrina était la matière première, pas l’architecte. Et si le résultat a dépassé toutes les espérances en termes de ventes et de notoriété, il a aussi enfermé une femme réelle dans une image figée, celle d’un corps plus que d’une voix, d’un symbole plus que d’une personne. Ce que les plateaux de télévision commencent à découvrir quand elle parle, c’est que derrière la piscine de Jesolo, il y avait depuis le début quelqu’un qui pensait, observait, et attendait patiemment son tour de s’exprimer.
Reprendre la parole, reprendre sa carrière : Sabrina Salerno aujourd’hui
Il y a quelque chose de profondément juste dans le fait que Sabrina Salerno ait choisi de raconter sa propre histoire à voix haute, des décennies après que le monde avait cru tout savoir d’elle. Pendant longtemps, la réponse qu’elle s’est construite n’a pas pris la forme d’une déclaration fracassante. Elle a pris celle du travail, patient et obstinément varié.
Après le coup de tonnerre de “Boys”, Sabrina Salerno a poursuivi sa carrière comme chanteuse et animatrice d’émissions musicales, tout en tournant dans de nombreux téléfilms et séries, principalement en Italie, où elle est restée une figure familière du paysage audiovisuel. C’est là, loin des regards français qui l’avaient réduite à une image de piscine, qu’elle a construit une identité professionnelle beaucoup plus large que ce qu’on lui accordait volontiers. Sa notoriété avait peut-être baissé en France et à l’étranger, mais la chanteuse continuait d’exister pleinement en Italie, en tant qu’actrice et présentatrice. Pour qui voulait regarder sans nostalgie sélective, la femme n’avait jamais disparu.
Le vrai retour sur les scènes françaises arrive en 2007, et il ne ressemble pas à un comeback de façade. À partir de cette année-là, Sabrina Salerno participe à la tournée RFM Party 80, un spectacle musical qui rassemble des chanteurs des années 1980 ayant été en tête du Top 50. Elle y revient en 2008, puis en 2011 et 2012, tout comme à la tournée Stars 80. Ce n’est pas une retraite dorée : c’est une présence régulière, choisie, devant des salles pleines qui chantent encore chaque note de “Boys”. Le film Stars 80, produit par Thomas Langmann et sorti en 2012, raconte de manière humoristique l’aventure de cette tournée à succès, et Sabrina y joue son propre rôle. Se jouer soi-même sur grand écran, c’est une manière de tenir sa légende à bout de bras, de lui donner une forme qu’on contrôle enfin.
La même chanson peut être une cage ou une scène, selon qui tient les clés.
En 2010, elle revient sur les scènes européenne et internationale avec une reprise en duo de “Call Me”, à l’origine du groupe américain Blondie, aux côtés de Samantha Fox. Deux femmes que les années 80 avaient objectifiées de façon quasi identique, qui choisissent de se retrouver sur le même titre pour en faire autre chose. Il y a dans ce duo une ironie douce et intelligente que peu de commentateurs ont relevée. En 2015, Sabrina Salerno est invitée dans l’émission Danse avec les stars sur TF1. Chaque apparition est une occasion de prendre un peu plus de place, un peu plus de mot.
Et c’est précisément dans les interviews des années 2010-2020 que quelque chose change de façon décisive. Sabrina Salerno cesse de simplement performer sa propre histoire : elle commence à la commenter. Elle confie notamment sur le plateau de C à vous en 2017 que le clip avait été tourné en quinze minutes, pour une émission de télévision et non pour un vrai clip, et qu’elle n’avait pas vu les images. Quand elle les a vues, elle s’est fâchée, car on voyait trop sa poitrine. Ce n’est pas un détail anecdotique livré entre deux anecdotes de tournée. C’est une femme de cinquante ans qui pose, publiquement, les mots “colère” et “je n’étais pas contente” sur ce que tout le monde avait célébré comme un triomphe. Ce faisant, elle transforme le clip le plus regardé de sa carrière en matière de réappropriation narrative, sans en effacer une seconde.
La femme derrière le clip n’a jamais eu besoin de disparaître pour exister. Elle a simplement attendu le moment où sa voix porterait plus loin que son image.
Sources
- youtube.com
- reddit.com
- generation-souvenirs-le-blog.fr
- coup-de-vieux.fr
- THE SABRINA CHANNEL: SABRINA SALERNO – Sexy girl (Festivalbar 86)
- MusicClub80s: Sabrina – Boys (Summertime Love) (Original 4K Video)

Créateur de MonsieurVintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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Quellon
22/03/2014 at 16h50
Bonjour,
Tout d’abord bravo pour votre site, bonne idée de regrouper les infos sur les produits vintage qui sortent actuellement, et de nous replonger dans le passé peuplé de bons souvenirs. Sabrina est comme le vin, elle se bonifie avec les années, 46 ans c’est une très belle femme, ravi d’être replongé dans son décolleté.
Patrick
Van Ruyskensvelde
02/10/2021 at 14h50
Bonjour c’est Stéphane van ruys je suis amoureux de toi mon amour qeu j’aime beaucoup dant thé bra chaud plein d’amour bébé d’amour