La Jaguar F-Type : est-elle la dernière vraie Jaguar ?
Il y a des automobiles qui disparaissent comme les autres, au fil des renouvellements de gamme. Et puis il y a celles dont la disparition marque véritablement la fin d’une époque. La Jaguar F-Type appartient incontestablement à la seconde catégorie.
Apparue en 2012, commercialisée à partir de 2013 et produite jusqu’en 2024, la F-Type aura été pendant plus d’une décennie la Jaguar qui incarnait le mieux l’idée que l’on pouvait se faire d’une sportive britannique : une ligne spectaculaire, une mécanique noble, un habitacle luxueux, un comportement de vraie propulsion et, surtout, une personnalité sonore et esthétique impossible à confondre avec celle d’une concurrente allemande.
Aujourd’hui, la situation est radicalement différente. Jaguar a achevé en décembre 2025 la production de son dernier véhicule thermique, un F-Pace SVR V8 de 550 chevaux, et s’apprête à changer complètement de philosophie pour devenir une marque exclusivement électrique et beaucoup plus exclusive. Le prochain chapitre s’appellera Type 01, une grande GT électrique qui sera officiellement dévoilée à New York le 6 octobre 2026. Dans ce contexte, une question mérite donc d’être posée : La Jaguar F-Type est-elle la dernière vraie Jaguar ?
La réponse est évidemment subjective. Mais lorsqu’on regarde sa ligne, ses moteurs, son caractère, son luxe, ses performances et surtout sa filiation avec la mythique Type E, la question devient particulièrement pertinente.
- La F-Type, une Jaguar qui n’aurait jamais dû exister… et qui était indispensable
- Une descendante spirituelle de la Type E
- Jaguar Type E vs Jaguar F-Type : deux générations, un même esprit
- Un moteur qui participe à l’identité de la voiture
- Toutes les motorisations et versions de la Jaguar F-Type
- Le quatre cylindres : une hérésie ?
- Le V6 : le compromis idéal ?
- Et puis il y eut le V8
- La F-Type R : la vraie muscle car britannique
- La SVR : le sommet de la gamme
- Les versions spéciales : quand Jaguar joue avec son patrimoine
- Coupé ou cabriolet ?
- Une voiture qui n’a jamais cherché à devenir rationnelle
- Le paradoxe de la F-Type
- La fin de la F-Type
- Décembre 2025 : le dernier moteur thermique Jaguar
- Jaguar change complètement de philosophie
- Alors, la F-Type est-elle vraiment la dernière vraie Jaguar ?
- La F-Type contre les dernières Jaguar thermiques
- Une voiture déjà historique
- La F-Type, future collector ?
- Et si le meilleur choix était justement le V6 ?
- Une Jaguar de caractère jusqu’au bout
- Conclusion : la dernière vraie Jaguar ?
La F-Type, une Jaguar qui n’aurait jamais dû exister… et qui était indispensable
Lorsque Jaguar dévoile la F-Type au Mondial de Paris en septembre 2012, l’événement est considérable. La marque revient alors à ses fondamentaux : une stricte deux places, un moteur thermique, une propulsion, une carrosserie en aluminium et une priorité absolue donnée au plaisir de conduite.
Jaguar n’avait plus proposé de véritable sportive deux places depuis la disparition de la Type E. La marque elle-même présentait donc la F-Type comme le retour à son « cœur de métier ».
Et le symbole est particulièrement fort : la F-Type apparaît exactement 50 ans après le lancement de la Type E. Elle n’est pourtant pas une simple réinterprétation rétro de son illustre ancêtre.
Ian Callum, alors directeur du design de Jaguar, imagine une voiture beaucoup plus compacte et musclée, construite autour de deux grandes lignes de force qui parcourent les flancs de la carrosserie. Le long capot, la cabine reculée, les ailes arrière puissantes et la poupe courte donnent immédiatement à la voiture une présence exceptionnelle.
Jaguar explique alors que son design repose notamment sur deux « heartlines » qui dessinent les ailes avant et arrière. Et c’est précisément là que se trouve l’une des grandes réussites de la F-Type. Elle ne cherche pas à ressembler à une Porsche 911, elle ne cherche pas à copier une Mercedes-AMG, elle ne cherche pas à devenir une BMW. Elle ressemble à une Jaguar.

À l’intérieur de la F Type, tout respire le luxe. Crédit Jaguar©
Une descendante spirituelle de la Type E
La comparaison avec la Type E est évidemment incontournable. La Type E représentait dans les années 1960 une vision très particulière de la voiture de sport : belle, rapide, luxueuse et relativement sophistiquée. La F-Type reprend exactement cette philosophie, mais avec les moyens techniques du XXIe siècle.

Jaguar Type E de 1968. “La plus belle voiture du monde” disait Enzo Ferrari. Crédi photo : Lothar Spurzem©
Jaguar Type E vs Jaguar F-Type : deux générations, un même esprit
Plus de cinquante ans séparent la Jaguar Type E de la F-Type, mais les deux sportives partagent une philosophie étonnamment proche : une silhouette spectaculaire, un long capot, un habitacle reculé, deux places, un moteur noble et une propulsion. La F-Type apparaît ainsi comme la descendante spirituelle de la mythique Type E.
| Caractéristique | Jaguar Type E | Jaguar F-Type |
|---|---|---|
| Période de production | 1961 – 1974 | 2013 – 2024 |
| Positionnement | Grande sportive / GT | Sportive / GT |
| Carrosseries | Roadster et coupé | Cabriolet et coupé |
| Nombre de places | 2 | 2 |
| Architecture | Moteur avant, propulsion | Moteur avant, propulsion ou transmission intégrale |
| Moteurs | 6 cylindres en ligne et V12 | 4 cylindres, V6 et V8 |
| Cylindrée maximale | 5,3 litres | 5,0 litres |
| Puissance maximale | Environ 272 ch | 575 ch |
| Couple maximal | Environ 412 Nm | 700 Nm |
| Boîte de vitesses | Manuelle 4 rapports selon version | Manuelle 6 rapports ou automatique 8 rapports selon version |
| Transmission intégrale | Non | Oui, selon version |
| 0 à 100 km/h | Environ 6,4 s pour la V12 | 3,7 s pour la P575 / R 75 |
| Vitesse maximale | Environ 240 km/h | 300 km/h |
| Design | Long capot, habitacle reculé et ligne fuselée | Long capot, habitacle reculé et ailes arrière musclées |
| Philosophie | Sportivité, élégance et grand tourisme | Sportivité, luxe, performances et émotion |
| Modèles emblématiques | Type E Series 1 et Series 3 V12 | F-Type R, SVR et R 75 |
| Filiation | Icône Jaguar des années 1960-1970 | Digne descendante moderne de la Type E |
La F-Type reprend ainsi plusieurs des ingrédients fondamentaux de la Type E, tout en les adaptant aux exigences techniques et aux performances du XXIe siècle.
Jaguar elle-même revendiquait cette continuité. Lors de la présentation de la F-Type, la marque expliquait que la voiture s’inscrivait dans une lignée sportive remontant aux C-Type, D-Type et E-Type. La F-Type n’est donc pas simplement une voiture qui possède un style rappelant la Type E. Elle perpétue le concept même de la Jaguar sportive.
Un moteur qui participe à l’identité de la voiture
C’est probablement avec ses motorisations que la F-Type se distingue le plus des Jaguar plus conventionnelles. Au cours de sa carrière, elle aura connu pratiquement toute la palette mécanique que l’on pouvait attendre d’une sportive Jaguar moderne :
• Quatre cylindres turbo ;
• V6 compressé ;
• V8 compressé ;
• Propulsion ;
• Transmission intégrale ;
• Boîte manuelle ;
• Boîte automatique à huit rapports.
Et surtout, la F-Type a bénéficié d’une mécanique devenue quasiment emblématique : le V8 5.0 litres suralimenté Jaguar. C’est ce moteur qui a donné à la F-Type son caractère le plus spectaculaire. Un simple démarrage suffit à comprendre que l’on n’est pas dans une voiture ordinaire.
Le V8 gronde, claque, explose à l’accélération et accompagne les changements de rapports de détonations particulièrement démonstratives. La sonorité fait véritablement partie de l’expérience F-Type. Aujourd’hui, dans un monde automobile qui se dirige vers des groupes motopropulseurs électriques silencieux, cette caractéristique prend presque une dimension historique.
JAGUAR F TYPE 2019 – crédit photos : Jaguar©
Toutes les motorisations et versions de la Jaguar F-Type
La carrière de la F-Type est relativement longue et sa gamme a beaucoup évolué. Voici les principales versions et motorisations proposées au fil des années.
| Version | Moteur | Puissance | Couple | Transmission | 0 à 100 km/h | Vitesse maxi |
|---|---|---|---|---|---|---|
| F-Type | 3.0 V6 Supercharged | 340 ch | 450 Nm | Propulsion | 5,3 s | 260 km/h |
| F-Type S | 3.0 V6 Supercharged | 380 ch | 460 Nm | Propulsion / AWD | 4,9 s | 275 km/h |
| F-Type V8 S | 5.0 V8 Supercharged | 495 ch | 625 Nm | Propulsion | 4,3 s | 300 km/h |
| F-Type R | 5.0 V8 Supercharged | 550 ch | 680 Nm | Propulsion / AWD selon millésime | 4,0 s | 300 km/h |
| F-Type SVR | 5.0 V8 Supercharged | 575 ch | 700 Nm | Transmission intégrale | 3,7 s | 322 km/h |
| F-Type 400 Sport | 3.0 V6 Supercharged | 400 ch | 460 Nm | Propulsion / AWD | 4,9 s | 275 km/h |
| F-Type P300 | 2.0 Ingenium Turbo | 300 ch | 400 Nm | Propulsion | 5,9 s | 250 km/h |
| F-Type P380 | 3.0 V6 Supercharged | 380 ch | 460 Nm | Propulsion / AWD | 4,9 s | 275 km/h |
| F-Type P450 | 5.0 V8 Supercharged | 450 ch | 580 Nm | Propulsion / AWD | 4,6 s | 285 km/h |
| F-Type P575 | 5.0 V8 Supercharged | 575 ch | 700 Nm | Transmission intégrale | 3,7 s | 300 km/h |
| F-Type R 75 | 5.0 V8 Supercharged | 575 ch | 700 Nm | Transmission intégrale | 3,7 s | 300 km/h |
Les chiffres varient naturellement selon le millésime, la carrosserie, la transmission et les marchés. Les dernières F-Type P300, P450 et P575 disposaient respectivement de 300, 450 et 575 ch ; le P575 atteignait 700 Nm et 300 km/h.
Le quatre cylindres : une hérésie ?
Lorsque Jaguar installe le petit 2.0 litres Ingenium de 300 ch sous le capot de la F-Type, certains puristes crient au sacrilège. Une Jaguar sportive avec seulement quatre cylindres ? Pourtant, techniquement, le moteur n’a rien de ridicule. Turbo, 300 ch, 400 Nm et seulement 1 997 cm³ : il permet à la F-Type d’atteindre 100 km/h en 5,9 secondes et 250 km/h.
Il présente même un avantage considérable : son poids inférieur permet d’alléger le train avant et de rendre la voiture particulièrement agile. Mais il lui manque une chose : la voix. Et dans une F-Type, la voix compte énormément.
Jaguar avait d’ailleurs parfaitement conscience de cette dimension lorsqu’elle expliquait, lors du lancement du quatre cylindres, qu’elle voulait conserver intégralement la silhouette et l’identité de la F-Type, même avec ce moteur d’entrée de gamme. Le P300 est donc une vraie F-Type. Mais le V8 est probablement la F-Type que l’on retiendra dans trente ans.
Le V6 : le compromis idéal ?
Le V6 3.0 litres compressé constitue probablement le moteur le plus représentatif de la première partie de carrière de la F-Type. Disponible en 340 et 380 ch, il associe une excellente souplesse à une sonorité déjà très travaillée. Et contrairement à certaines sportives contemporaines, Jaguar a même proposé une boîte manuelle à six rapports sur certaines versions V6. C’est un détail important.
À une époque où les constructeurs généralisaient les boîtes automatiques, Jaguar laissait encore au conducteur la possibilité de changer lui-même les rapports. La F-Type devenait alors une voiture particulièrement attachante : légère, communicative, sonore et relativement analogique.
Et puis il y eut le V8
Le V8 5.0 litres suralimenté est probablement le cœur émotionnel de la F-Type. Dans sa dernière évolution P575, il développe : 575 ch et 700 Nm. Les chiffres sont impressionnants, mais ce n’est pas ce qui rend ce moteur exceptionnel. C’est son caractère.
Contrairement aux moteurs suralimentés modernes qui cherchent souvent à masquer leur cylindrée et leur puissance derrière une efficacité remarquable, le V8 Jaguar assume tout. Il est gros, Il est lourd, Il consomme, Il fait du bruit, Il produit des sensations. Et il transforme chaque accélération en événement.
La F-Type SVR de 575 ch pouvait atteindre 322 km/h, ce qui en faisait l’une des Jaguar de série les plus rapides jamais produites. Sur les dernières F-Type, le P575 atteignait 100 km/h en seulement 3,7 secondes.
La rédaction de Monsieur Vintage a testé les trois motorisations. Pour faire court et malgré le crime de lèse-majesté qu’il représente aux yeux des puristes, le moteur 4 cylindres n’a pas à rougir face aux V6 et V8. Certes le borborygme n’est pas le même, plus discret, moins impressionnant, mais les performances sont honorables.
Notre version préférée reste le V8 pour le bruit qu’il dégage (clapets ouverts) et le comportement moteur, mais tout compte fait, le meilleur compromis via le rapport prix/performances reste indéniablement le V6. Largement suffisant.
JAGUAR F TYPE – modèle 2019. Crédit photos : Jaguar©
La F-Type R : la vraie muscle car britannique
Avec 550 puis 575 ch, la F-Type R est devenue une sorte de muscle car britannique. Son physique reste élégant et sophistiqué, mais sous le capot se cache une mécanique qui n’a plus grand-chose de raisonnable. La transmission intégrale permet de faire passer le couple au sol avec une efficacité remarquable. Et c’est là toute la dualité de la F-Type : elle peut être une grande GT confortable le matin et une véritable machine à sensations l’après-midi. Cette polyvalence est typiquement Jaguar.
La SVR : le sommet de la gamme
La F-Type SVR représente l’apogée de la première génération :
575 ch.
700 Nm.
322 km/h.
Transmission intégrale.
Échappement spécifique.
Aérodynamique optimisée.
Freins renforcés.
Suspensions retravaillées.
Et même un système d’échappement en titane et Inconel permettant de réduire le poids tout en supportant des températures élevées. Jaguar annonçait notamment un gain de 16 kg avec ce système. La SVR pouvait donc rivaliser avec des sportives beaucoup plus radicales tout en conservant cette capacité à être utilisée au quotidien.
JAGUAR F TYPE SVR. Crédit photos : Jaguar©
Les versions spéciales : quand Jaguar joue avec son patrimoine
La F-Type aura également été déclinée dans plusieurs séries spéciales. Parmi les plus intéressantes figure la Project 7, produite en série limitée et développée autour du V8 de 575 ch. Son nom faisait référence aux sept victoires de Jaguar aux 24 Heures du Mans et son style s’inspirait ouvertement des mythiques Jaguar de compétition.
Il y eut également la 400 Sport, forte de 400 ch, les versions British Design, puis les ultimes 75 et R 75, conçues pour célébrer les 75 ans de sportives Jaguar. La dernière gamme 2024 était particulièrement symbolique :
• F-Type R-Dynamic P300 ;
• F-Type 75 P450 ;
• F-Type R 75 P575.
Jaguar réduisait alors volontairement la gamme à trois motorisations, le quatre cylindres et les deux niveaux de V8.
Coupé ou cabriolet ?
C’est une autre particularité de la F-Type. La voiture a existé en Cabriolet dès son lancement. Puis le Coupé est arrivé, avec une silhouette encore plus spectaculaire. Et s’il fallait choisir, le débat serait particulièrement difficile.
Le cabriolet possède cette élégance britannique des grands roadsters. Le coupé, lui, possède une ligne arrière absolument magnifique. Avec son long capot, son pavillon fuyant et ses hanches arrière, le Coupé F-Type est probablement l’une des plus belles voitures dessinées par Ian Callum.
Une voiture qui n’a jamais cherché à devenir rationnelle
C’est peut-être finalement ce qui caractérise le mieux la F-Type. Elle n’a jamais été la voiture la plus pratique. Elle n’a jamais été la plus économique. Elle n’a jamais été la plus technologique. Elle n’a jamais été la plus facile à justifier. Mais elle était désirable.
Et Jaguar a toujours construit une partie de son identité autour de cette notion. Une Jaguar n’est pas seulement censée être une bonne automobile :
Elle doit donner envie de se retourner lorsqu’elle passe.
Elle doit avoir une ligne.
Elle doit avoir une ambiance.
Elle doit procurer quelque chose.
La F-Type répondait parfaitement à cette définition.

Coupé ou cabriolet ? Crédit photo : Jaguar©
Le paradoxe de la F-Type
Il y a cependant une certaine ironie dans son histoire. La F-Type était censée sauver ou renforcer l’identité sportive de Jaguar. Mais elle n’a jamais rencontré le succès commercial d’une Porsche 911. La F-Type est restée une voiture relativement rare. Et c’est précisément ce qui contribue aujourd’hui à son charme.
Elle n’est pas devenue une voiture banale. On ne croise pas une F-Type à chaque coin de rue. Elle conserve donc une certaine exclusivité que beaucoup de modèles premium contemporains ont perdue.
La fin de la F-Type
Jaguar annonce finalement la fin de la production de la F-Type pour le millésime 2024. La production s’arrête à Castle Bromwich en 2024, après environ onze années de carrière. Le dernier exemplaire est un cabriolet, tandis que Jaguar célèbre alors 75 ans de voitures de sport, depuis la XK120 de 1948. Mais la F-Type ne sera pas remplacée.
Et c’est là que les choses deviennent beaucoup plus intéressantes. Car Jaguar ne remplace pas sa sportive thermique par une nouvelle sportive thermique. Jaguar abandonne tout simplement le moteur thermique.
Décembre 2025 : le dernier moteur thermique Jaguar
Il faut distinguer deux dates. La F-Type disparaît en 2024. Mais la disparition du dernier moteur thermique Jaguar intervient plus tard. Le 19 décembre 2025, le dernier F-Pace sort de l’usine de Solihull. Il s’agit d’un F-Pace SVR équipé du V8 5.0 litres suralimenté. Cet événement marque la fin de la production des Jaguar thermiques. Le symbole est extraordinaire.
La dernière Jaguar thermique est donc elle aussi équipée du fameux V8 suralimenté qui a fait la réputation des F-Type les plus radicales. Quelques années auparavant, personne n’aurait imaginé que ce moteur deviendrait l’un des derniers représentants d’une époque entière.
Jaguar change complètement de philosophie
Jaguar ne veut désormais plus simplement remplacer ses anciennes voitures par des équivalents électriques. La marque veut monter en gamme. Beaucoup plus haut. La nouvelle Jaguar entend devenir une marque de luxe électrique à faible volume, avec des modèles beaucoup plus exclusifs et beaucoup plus chers.
Le premier véritable modèle de cette nouvelle ère sera la Type 01, une grande GT quatre portes de 1000 chevaux développée sur la nouvelle architecture électrique JEA. Jaguar indique que la Type 01 sera la première Jaguar de série reposant sur cette architecture exclusivement électrique. Elle sera officiellement dévoilée à New York le 6 octobre 2026.
La rupture esthétique et philosophique est considérable. La Type 01 ne sera pas une F-Type électrique. Elle appartient à une nouvelle génération. Jaguar explique d’ailleurs que le nom « Type » renvoie aux modèles historiques de la marque, tandis que le « 0 » évoque l’absence d’émissions de CO₂ et le « 1 » le premier modèle de cette nouvelle génération.
Le futur de Jaguar : la Type 01. Crédit photos : Jaguar©
Alors, la F-Type est-elle vraiment la dernière vraie Jaguar ?
À notre sens, oui, si l’on considère que Jaguar, c’est un moteur thermique entouré d’une ligne élégante et sportive. Mais dire que les futures Jaguar électriques ne seront plus de « vraies Jaguar » serait injuste.
La Type 01 est conçue au Royaume-Uni, repose sur une architecture développée spécifiquement pour Jaguar et doit précisément permettre à la marque de retrouver une identité plus forte. Jaguar veut même utiliser l’électrique pour repenser complètement les proportions, le design et l’expérience à bord.
Mais si l’on définit la Jaguar traditionnelle par un certain nombre de caractéristiques…alors la F-Type est probablement la dernière représentante complète de cette époque.
Une longue histoire qui associe :
• Un moteur thermique noble ;
• Une carrosserie basse ;
• Deux places ;
• Un long capot ;
• Une propulsion ;
• Une sonorité mécanique ;
• Du cuir et de belles finitions ;
• Une certaine dose d’irrationalité ;
• Une vraie personnalité ;
• Et surtout un design immédiatement reconnaissable.
La F-Type contre les dernières Jaguar thermiques
C’est également ce qui la distingue des dernières berlines et SUV de la marque. La XE, la XF et le F-Pace étaient de bonnes automobiles. Mais ils s’inscrivaient dans une logique beaucoup plus conventionnelle.
Pour concurrencer BMW, Mercedes-Benz ou Audi, Jaguar avait progressivement développé une gamme complète : berlines, break, SUV, diesel, quatre cylindres, transmissions intégrales, motorisations hybrides…
Cette stratégie était commercialement logique. Mais elle a aussi contribué à banaliser l’image de Jaguar. La F-Type, elle, était l’antithèse de cette logique. Elle ne cherchait pas à être rationnelle.
Elle ne cherchait pas à répondre à tous les besoins. Elle était simplement là pour être une Jaguar sportive. Et elle le faisait avec une conviction remarquable.
Une voiture déjà historique
Il est encore difficile de parler de la F-Type comme d’une voiture historique. Elle est trop récente. Pourtant, son statut va probablement évoluer rapidement. Pourquoi ? Parce qu’elle appartient à la fin d’un monde.
La F-Type est l’une des dernières grandes sportives européennes à avoir associé : gros moteur thermique + propulsion + boîte manuelle disponible + luxe + design spectaculaire + sonorité mécanique démonstrative.
Et surtout, elle constitue l’une des dernières Jaguar conçues avant le basculement complet de la marque vers l’électrique. C’est ce qui pourrait faire sa valeur historique; À l’Alpine A110.
La F-Type, future collector ?
Il est évidemment impossible de prédire son évolution sur le marché de la collection. Mais certaines versions possèdent déjà tous les ingrédients nécessaires pour devenir particulièrement recherchées.
La F-Type V8 R est évidemment très intéressante.
La SVR 575 ch encore davantage.
La Project 7 est une évidence pour les collectionneurs.
Et les dernières F-Type 75 et R 75, produites pour célébrer les 75 ans de voitures de sport Jaguar, ont une valeur symbolique particulière.
Mais il existe également un argument en faveur des modèles plus simples. Une F-Type V6 propulsion à boîte manuelle représente une configuration aujourd’hui quasiment disparue.
Elle est moins puissante. Mais elle offre peut-être quelque chose de plus précieux encore : une expérience de conduite plus pure.
Et si le meilleur choix était justement le V6 ?
C’est tout le paradoxe. La F-Type la plus puissante n’est pas forcément celle qui vieillira le mieux. Le V8 est évidemment extraordinaire. Mais le V6 380 ch, propulsion, boîte manuelle, pourrait devenir une configuration particulièrement recherchée.
Il combine suffisamment de puissance pour être extrêmement performant, une sonorité caractéristique et une implication du conducteur supérieure. C’est le genre de voiture que l’on peut acheter aujourd’hui comme une simple occasion sportive… et que l’on pourrait regarder différemment dans quinze ou vingt ans.
Une Jaguar de caractère jusqu’au bout
La F-Type aura finalement représenté quelque chose de très rare dans l’industrie automobile moderne :
Elle a été conçue à une époque où les constructeurs pouvaient encore se permettre de fabriquer une voiture principalement parce qu’elle était désirable.
Elle n’avait pas besoin d’être familiale.
Elle n’avait pas besoin d’être un SUV.
Elle n’avait pas besoin d’être rationnelle.
Elle avait simplement besoin d’être belle, rapide et émotionnelle. Et elle l’était.
La Jaguar F-Type a ainsi réussi à ressusciter quelque chose que l’on croyait définitivement disparu après la Type E : une véritable Jaguar sportive à deux places.
Conclusion : la dernière vraie Jaguar ?
Alors, la Jaguar F-Type est-elle la dernière vraie Jaguar ? Si l’on parle de la dernière Jaguar thermique, non : le dernier F-Pace est sorti de production en décembre 2025. Si l’on parle de la dernière Jaguar produite avant la révolution électrique, non plus.
Mais si l’on parle de la dernière Jaguar qui réunit dans une même automobile la tradition sportive de la marque, un moteur à caractère, une silhouette exceptionnelle, une finition luxueuse, une propulsion, une vraie personnalité et une filiation directe avec les grandes sportives historiques de Coventry, alors la réponse est beaucoup plus évidente : oui. La F-Type est la dernière vraie Jaguar de l’ancienne époque :
Elle est la fille spirituelle de la Type E.
Elle est l’une des dernières représentantes du Jaguar à moteur thermique.
Elle possède une identité esthétique forte.
Elle a connu le quatre cylindres, le V6 et le mythique V8 compressé.
Elle a existé en propulsion et en transmission intégrale, en boîte manuelle et automatique, en cabriolet et en coupé.
Et surtout, elle avait ce petit supplément d’âme que l’on ne retrouve pas nécessairement dans une fiche technique.
Aujourd’hui, Jaguar s’apprête à écrire une nouvelle histoire avec la Type 01, qui sera révélée à New York le 6 octobre 2026. La marque promet une nouvelle définition du luxe, une nouvelle architecture électrique et une nouvelle philosophie stylistique.
Il faudra donc attendre pour savoir si cette nouvelle Jaguar sera capable de créer à son tour une émotion comparable. Mais une chose est certaine : la F-Type aura été la dernière Jaguar à faire rugir un V8 sous un long capot, tout en perpétuant l’esprit de la Type E.
Et dans l’histoire de la marque au félin bondissant, ce n’est pas rien. C’est peut-être même la fin d’un chapitre que l’on ne reverra jamais.
Crédit photos : Jaguar©

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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