Subaru Impreza WRX STI GD 2001-2007 : le mythe youngtimer décrypté
Au milieu des années 2000, peu de voitures incarnaient aussi parfaitement le paradoxe de la sportivité dissimulée que la Subaru Impreza WRX STI. Derrière une carrosserie de berline compacte presque anodine se cachait une mécanique héritée directement des spéciales du championnat du monde des rallyes, avec ses titres pilotes et constructeurs pour seuls états de service. Comment une voiture aussi discrète en apparence est-elle devenue l’une des youngtimers les plus convoitées du marché européen, et laquelle des trois générations GD mérite-t-elle aujourd’hui votre attention ?
Une Impreza ordinaire cachait un monstre
Au tournant des années 2000, Subaru vendait l’Impreza comme une berline raisonnable, presque effacée, le genre de voiture que l’on gare sans que personne ne se retourne. Une carrosserie compacte, une finition correcte, un prix qui ne faisait pas peur. Dans les concessions européennes, elle s’adressait à des conducteurs cherchant la fiabilité plutôt que le frisson. Et c’est précisément là que résidait le paradoxe fondateur de la génération GD, produite de 2001 à 2007 : derrière cette façade presque banale se cachait une mécanique pensée pour dévorer les spéciales de rallye.
La WRX STI partageait la même carrosserie que sa cousine sage, mais c’est à peu près là que s’arrêtait la ressemblance. Sous le capot plat caractéristique du flat-four Subaru, le moteur EJ207 développait 265 chevaux sur les premières versions Bugeye et Blobeye, un chiffre qui n’avait rien à envier aux sportives de prestige de l’époque. La transmission intégrale symétrique, couplée à un différentiel central à contrôle pilote, appartenait à une catégorie technique que peu de constructeurs maîtrisaient alors avec cette cohérence.
Ce n’était pas une voiture déguisée en monstre, c’était un monstre déguisé en voiture ordinaire.
L’écart entre la base Impreza et la STI ne tenait pas seulement aux chiffres. Il tenait à une philosophie entière. Là où l’Impreza civile se contentait de transporter ses occupants, la STI avait été conçue pour transmettre des informations au conducteur, pour répartir la puissance au millimètre, pour encaisser ce que les autres refusaient d’affronter. Les initiés le savaient. Le grand public, lui, passait devant sans lever les yeux.
C’est cette discrétion calculée qui a nourri le mythe. Une youngtimer n’a pas besoin de crier pour devenir culte. Elle a besoin de promettre quelque chose que les chiffres ne révèlent pas immédiatement, un secret que seul le volant entre les mains finit par trahir. La génération GD avait exactement cette qualité, rare et décisive : elle savait mentir avec élégance.
Trois visages pour une génération : Bugeye, Blobeye, Hawkeye
La communauté des passionnés n’a pas attendu les historiens pour baptiser chaque visage de la génération GD. Dès les premiers forums spécialisés, trois surnoms se sont imposés avec une affection presque instinctive, et ils disent déjà tout sur le rapport émotionnel que ces voitures entretiennent avec ceux qui les aiment.
La première série, produite de 2001 à 2002, hérite du surnom Bugeye, les « yeux de grenouille », en référence à ses phares ronds et proéminents qui lui donnent une expression à la fois agressive et légèrement lunaire. Certains trouvent ce regard déconcertant. La plupart finissent par le trouver irrésistible. Sous le capot, le flat-four EJ207 de 2,0 litres développe 265 chevaux, un chiffre que les collectionneurs citent aujourd’hui avec une forme de respect particulier.
La deuxième phase, le Blobeye, couvre les années 2003 à 2005. Subaru tente alors d’adoucir le dessin, d’arrondir les lignes, d’élargir les phares pour les rendre plus conventionnels. Le résultat divise, comme souvent lorsqu’un constructeur cherche à plaire à tout le monde. Mais le Blobeye conserve l’essentiel : le même moteur, le même caractère, la même transmission intégrale symétrique qui avait fait la réputation de la WRX en rallye. Les puristes rechignent parfois, mais le marché de l’occasion leur donne aujourd’hui raison de ne pas l’avoir ignorée.
Le passage au Hawkeye en 2005 n’est pas qu’un changement de style : c’est une rupture technique que les collectionneurs prennent très au sérieux.
Le Hawkeye, produit jusqu’en 2007, adopte en effet un nouveau moteur, l’EJ257 de 2,5 litres, portant la puissance à 280 chevaux. Ce changement de cylindrée modifie sensiblement le caractère du groupe propulseur, avec davantage de couple disponible à bas régime, une livrée différente de la puissance. Pour un amateur éclairé, choisir entre un EJ207 et un EJ257, c’est choisir entre deux philosophies de conduite, pas simplement entre deux millésimes. Ces trois visages forment une seule génération, mais trois objets de collection distincts, et la communauté le sait parfaitement.
Le coeur mécanique : EJ207 contre EJ257
| Critère | EJ207 (2,0 litres, 265 ch) | EJ257 (2,5 litres, 280 ch) |
|---|---|---|
| Générations concernées | Bugeye (2001-2002), Blobeye (2003-2005) | Hawkeye (2005-2007) |
| Cylindrée | 1 994 cm³ | 2 457 cm³ |
| Puissance maximale | 265 ch à 6 000 tr/min | 280 ch à 5 600 tr/min |
| Couple maximal | 343 Nm à 4 000 tr/min | 392 Nm à 4 000 tr/min |
| Caractère de livraison de la puissance | Puissance concentrée en haute plage, demande à être travaillé | Couple plus large, attaque franche dès les régimes intermédiaires |
| Profil de conduite naturel | Circuit, route sinueuse, pilotage impliqué | Usage polyvalent, relances autoroutières, usage quotidien facilité |
| Fidélité des collectionneurs | Recherché pour son caractère de course brut, proche de la philosophie rallye | Apprécié pour sa souplesse et son potentiel de préparation supérieur |
| Fiabilité notable | Sensible à la surchauffe si le circuit de refroidissement est négligé | Joints de culasse réputés fragiles sur les premières séries, point à vérifier à l’achat |
| Potentiel de préparation | Solide, mais limité par la cylindrée, atteint ses limites plus tôt | Architecture plus généreuse, tolère des préparations significatives sans perdre sa cohérence |
| Disponibilité des pièces en 2025 | Bonne, la communauté aftermarket japonaise reste active | Correcte, le partage de certaines pièces avec d’autres modèles Subaru aide |
| Cote collector actuelle | Légèrement supérieure pour les exemplaires Bugeye en bon état, rareté accrue | Stable, la polyvalence attire un public plus large et soutient la demande |
| Ce que les puristes lui reprochent | Rien, c’est précisément sa radicalité qui est célébrée | Une sophistication jugée moins pure par ceux qui vénèrent l’esprit WRC originel |
| Ce que les puristes lui reconnaissent | L’émotion sonore du flat-four à 6 000 tr/min, inimitable | Une base technique plus moderne, mieux adaptée à une utilisation intensive au quotidien |
Pourquoi la GD est devenue un objet de culte
Pour comprendre ce qu’est devenu la génération GD dans l’imaginaire des passionnés, il faut remonter aux saisons dorées du championnat du monde des rallyes. Petter Solberg décroche le titre en 2003 au volant d’une Impreza bleu nuit, Richard Burns avait déjà ramené la couronne à Subaru en 2001. Ces deux sacres, séparés par le titre 2002 de Marcus Grönholm au volant d’une Peugeot, installent la berline japonaise dans un panthéon que peu de voitures de série peuvent revendiquer avec autant de légitimité. Pour l’acheteur qui signait chez son concessionnaire, le lien entre la route du dimanche et les spéciales galloises ou finlandaises n’était pas une fiction marketing, c’était une généalogie directe.
La GD ne ressemblait à rien d’autre sur un parking en 2002, et elle ne ressemble toujours à rien d’autre aujourd’hui.
Mais le WRC ne suffit pas à fabriquer un culte aussi durable. L’esthétique y est pour beaucoup. L’aileron imposant en équerre, les passages de roues élargis qui donnent à la carrosserie une tension musculaire presque agressive, la prise d’air centrale perçant le capot comme une déclaration d’intentions : la STI refusait toute ambiguïté. Là où une sportive européenne cultivait parfois la discrétion, la japonaise assumait chaque excès de sa silhouette. Les Bugeye (2001-2002) et leur double optique ronde, les Blobeye (2003-2005) plus lisses, puis les Hawkeye (2005-2007) au regard anguleux et au 2,5 litres EJ255 : chaque faciès a ses défenseurs acharnés, ce qui a fragmenté la communauté en chapelles passionnées plutôt que de l’éroder.
C’est précisément cette communauté qui a transformé la GD en objet de culte au sens plein du terme. Clubs, forums, rassemblements annuels en Europe et au Japon : les propriétaires ont entretenu la flamme avec une constance comparable à celle que l’on observe autour de la Peugeot 205 GTI fête ses 40 ans. La cote n’a cessé de grimper depuis le milieu des années 2010, portée par une génération qui avait rêvé de cette voiture sur des écrans de console et qui dispose aujourd’hui du budget pour la posséder vraiment. Ce passage du désir d’enfance à l’acquisition adulte est l’une des recettes les plus fiables du mythe youngtimer.
PHOTOS SUBARU IMPREZA WRX STI DE 2004 – Crédit photos : SUBARU ©
Ce que le marché de l’occasion dit aujourd’hui
- Sur le marché français de l’occasion, une Subaru Impreza WRX STI de génération GD en bon état général se négocie aujourd’hui entre 20 000 et plus de 35 000 euros, selon le millésime, le kilométrage et l’historique documenté.
- Les Bugeye (2001-2002) et Blobeye (2003-2005) propulsées par l’EJ207 2,0 litres 265 ch restent les entrées de gamme du segment, souvent accessibles autour de 20 000 à 25 000 euros, à condition d’accepter un compteur généreux.
- Les Hawkeye (2005-2007), avec leur 2,5 litres EJ257 développant 280 ch, affichent des prétentions plus élevées : les exemplaires soignés, peu kilométrés et traçables dépassent régulièrement les 30 000 euros.
- Un carnet d’entretien complet, idéalement suivi chez un spécialiste Subaru ou un préparateur reconnu, peut faire varier la cote de plusieurs milliers d’euros vers le haut, sans exagération.
- La boîte de vitesses à 6 rapports figure parmi les premiers points de vigilance : les passages de deuxième et troisième vitesse peuvent se montrer capricieux sur les exemplaires sollicités en piste ou en utilisation sportive intensive.
- Le différentiel central DCCD, signature mécanique de la STI, demande une attention particulière : un différentiel fatigué ou mal réglé coûte cher à restaurer et trahit souvent un passé de conduite agressive.
- Les joints de culasse des moteurs EJ restent un classique du genre : vérifier l’absence de trace de mélange huile-eau, contrôler la température de fonctionnement et exiger un historique de remplacement si le kilométrage dépasse 100 000 km.
- La corrosion sur les bas de caisse et les passages de roues, particulièrement sur les véhicules importés du Japon ou du Royaume-Uni, doit être inspectée avec soin avant toute transaction.
- La tendance générale des cotes est orientée à la hausse depuis trois ans, portée par un appétit croissant pour les youngtimers sportifs des années 2000 et par un stock disponible qui se raréfie mécaniquement.
- Les exemplaires non modifiés, conservés dans leur configuration d’origine, atteignent des prix sensiblement supérieurs aux versions préparées : le marché du collector récompense désormais l’authenticité.
- Cette dynamique positionne la GD comme une valeur refuge discrète mais réelle, dans la lignée d’autres sportives emblématiques des années 2000 dont les prix, longtemps modestes, ont amorcé une ascension durable et difficile à inverser.
PHOTOS SUBARU IMPREZA WRX STI DE 2006 – Crédit photos : SUBARU ©
La GD face à ses rivales de l’époque : un podium sans partage
| Critère | Subaru Impreza WRX STI GD (2001-2007) | Mitsubishi Lancer Evolution VII-IX (2001-2006) | Ford Focus RS Mk1 (2002-2003) |
|---|---|---|---|
| Motorisation de référence | EJ207 2,0 L à plat, 265 ch (Bugeye/Blobeye) puis EJ257 2,5 L, 280 ch (Hawkeye) | 4G63 2,0 L turbo en ligne, 280 ch (Evo IX) | Duratec 2,0 L turbo, 215 ch |
| Transmission | Symétrique intégrale permanente avec différentiel central actif | Intégrale active avec Super AYC sur Evo VIII et IX | Traction avant uniquement |
| Temps au 0-100 km/h | 4,7 secondes (STI 280 ch) | 4,7 secondes (Evo IX) | 6,4 secondes |
| Palmarès en compétition | Trois titres constructeurs WRC acquis en 1995, 1996 et 1997, héritage Impresa 555 directement lisible dans la silhouette | Titres Evo en rallye, mais récit WRC moins présent en Europe | Participation au BTCC, aucun titre mondial |
| Identité visuelle | Aileron cathedral, entrées d’air capot, coloris WR Blue : un design instantanément reconnaissable | Design fonctionnel et agressif, moins de personnalité iconique en Europe | Look Focus de série légèrement élargi, discrétion visuelle relative |
| Fiabilité moteur à long terme | EJ207 solide si entretenu, point d’attention sur les joints de culasse EJ257 | 4G63 réputé quasi indestructible, marge de progression en tuning exceptionnelle | Fiabilité correcte mais diffusion trop confidentielle pour constituer un vrai réseau de pièces |
| Cote collector actuelle (marché européen) | En progression régulière, les Bugeye sains dépassent 25 000 euros, les Hawkeye bien documentés frôlent 35 000 euros | Cote solide mais légèrement inférieure à la STI en France, marché plus actif au Royaume-Uni | Cote en hausse grâce à la rareté, production limitée à 4 501 exemplaires, mais réseau de spécialistes réduit |
| Accessibilité des pièces détachées | Bonne, réseau Subaru actif et marché des pièces d’occasion dense | Correcte, mais approvisionnement plus complexe en dehors du Royaume-Uni | Difficile, production trop courte pour générer un marché secondaire structuré |
| Verdict collector | Référence absolue de la catégorie, mythe WRC incarné dans une carrosserie de berline familiale | Rival technique crédible, légitimité sportive indéniable, mais aura émotionnelle un cran en dessous en Europe continentale | Objet de culte confidentiel, la rareté joue en sa faveur mais ne compense pas le manque de palmarès |
Crédit photos : SUBARU©

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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