Pagani Huayra 70 Derecho : le V12 biturbo et sa boîte manuelle
La Pagani Huayra 70 Derecho est bien plus qu’un hypercar de commémoration : c’est une prise de position technique dans un segment où la boîte à double embrayage s’est imposée comme norme absolue. Conçue pour célébrer les 70 ans d’Horacio Pagani, cette pièce unique embarque un V12 biturbo de 864 chevaux couplé à une boîte manuelle à sept rapports signée Xtrac. Pourquoi ce choix à rebours du consensus industriel, et que révèle-t-il sur la philosophie qui guide San Cesario sul Panaro ?
Une boîte manuelle à sept rapports dans un monde de doubles embrayages
Dans le segment des hypercars contemporaines, la transmission automatique ou à double embrayage s’est imposée comme une évidence technique. Les constructeurs rivalisent de temps de passage entre les rapports, mesurés en millisecondes, pour afficher des chiffres toujours plus saisissants sur des fiches qui ressemblent davantage à des relevés de laboratoire qu’à des promesses de conduite. C’est précisément dans ce contexte que la Huayra 70 Derecho choisit une autre direction.
La voiture reçoit une boîte manuelle transversale à sept rapports fabriquée par Xtrac, couplée à un V12 biturbo de 6,0 litres fourni par Mercedes-AMG. Ce moteur développe 864 chevaux et 1 100 Nm de couple. Ces chiffres placent la Derecho parmi les hypercars les plus puissantes de son époque. Pourtant, toute cette énergie passe par une grille de vitesses, un levier, une pédale d’embrayage. Un choix que l’industrie considère aujourd’hui comme quasi-éteint dans cette catégorie.
La boîte manuelle n’est pas ce qui manque à la Derecho. C’est ce que Pagani lui a délibérément donné.
La boîte Xtrac se distingue aussi par un élément visible : une grille de sélection exposée, dont la mécanique apparente assume pleinement sa présence dans l’habitacle. Elle est associée à un différentiel à glissement limité électromécanique. L’ensemble forme une architecture de transmission qui renonce sciemment aux temps de changement de rapport ultrarapides offerts par les doubles embrayages modernes. Pagani ne présente pas cette décision comme un compromis. La marque la revendique comme un positionnement délibéré, centré sur la connexion mécanique entre le conducteur et la voiture.
Cette logique s’inscrit dans une tradition que San Cesario sul Panaro entretient avec une certaine constance. Là où la majorité des constructeurs de ce segment calibrent leurs transmissions pour optimiser des chronos sur circuit, Pagani calibre la sienne pour préserver une sensation. Chaque passage de rapport devient un acte conscient, une décision du conducteur plutôt qu’une opération confiée à un calculateur.
La Huayra 70 Derecho est un exemplaire unique, conçu comme le deuxième volet d’une série de trois voitures distinctes imaginées pour célébrer les 70 ans d’Horacio Pagani. Ce contexte, à lui seul, situe le projet hors des logiques de volume. Mais c’est le choix de la boîte manuelle qui dit peut-être le plus clairement ce que Pagani cherche à transmettre : une conviction que la vitesse brute ne suffit pas, et qu’un hypercar peut encore offrir quelque chose qu’aucun algorithme ne peut reproduire.
Ce que la boîte manuelle change : sensations, engagement et cohérence avec l’identité Pagani
Choisir une boîte manuelle à sept rapports pour accompagner un V12 biturbo de 864 chevaux, c’est un acte presque politique dans le paysage des hypercars actuelles. Chez Pagani, ce choix ne relève pas de la nostalgie. Il traduit une conviction ancienne et cohérente : la machine doit répondre au pilote, pas le gérer.
Le levier de vitesses de la Huayra 70 Derecho illustre cette philosophie jusque dans ses moindres détails matériels. Fabriqué à partir d’aluminium fraisé en bloc, il reçoit un traitement anodisé titane brillant, la même finition qui habille les composants extérieurs de carrosserie. Le pommeau est peint en Pearl Orange, la couleur qui définit la livrée extérieure et marque le repère midi du volant. Ce n’est pas un détail cosmétique. C’est le fil conducteur visuel et tactile qui relie le geste du conducteur à l’identité globale de la voiture. La main saisit un objet dont la couleur répond à la carrosserie, dont la matière rappelle les pièces usinées qui ornent la carrosserie. Tout se répond.
« Notre engagement quotidien est de dédier la plus grande attention à chaque détail, en cherchant à approcher cette harmonie essentielle entre forme et fonction, intellect et artisanat, comme Léonard de Vinci nous l’a enseigné. »
Horacio Pagani a prononcé ces mots lors de la présentation mondiale de la Derecho au Goodwood Festival of Speed, en juillet 2026. Ils éclairent directement le choix de la transmission manuelle. Dans cette philosophie, une boîte automatique ou à double embrayage n’est pas meilleure ou moins bonne : elle est simplement différente dans ce qu’elle offre au conducteur. Elle traite les changements de rapport comme un problème d’efficacité à résoudre. La boîte manuelle, elle, les traite comme un dialogue entre l’homme et la mécanique.
La Grandi Complicazioni, division de Pagani spécialisée dans les créations les plus élaborées de l’atelier de San Cesario sul Panaro, a conçu la Derecho comme une synthèse entre recherche esthétique et innovation matérielle, selon les termes de Lorenzo Kerkoc, responsable de la division. Chaque décision, des matériaux aux finitions, vise une cohérence de langage. La transmission manuelle s’inscrit dans cette logique : elle n’est pas un compromis sur la performance, elle est une affirmation sur ce que doit être la conduite d’une hypercar Pagani. Engager un rapport soi-même, sentir la résistance mécanique du levier, synchroniser pied et main, c’est une forme d’artisanat de conduite qui prolonge, depuis le volant jusqu’à la pédale d’embrayage, l’esprit de l’atelier qui a fabriqué la voiture.
Boîte manuelle contre automatique : le choix technique en chiffres et en perspective
La quasi-totalité des hypercars contemporaines a tranché depuis longtemps. La boîte à double embrayage règne sans partage sur ce segment, optimisant chaque passage de rapport pour gratter des centièmes sur les chronos. Pagani a fait le choix inverse, et il est pleinement assumé.
La Huayra 70 Derecho reçoit une boîte manuelle transversale à sept rapports signée Xtrac. Ce choix n’est pas une concession à une clientèle nostalgique. C’est une position technique construite autour d’une conviction: la performance n’exige pas nécessairement l’automatisation pour être pleinement accessible. La preuve par les chiffres est là, puisque la vitesse de pointe est officiellement limitée à 350 km/h, un seuil où le débat entre transmission manuelle et automatique perd une bonne partie de sa substance.
Il faut préciser un point important: Pagani a explicitement choisi de ne publier aucun chiffre de sprint pour ce modèle. La marque a préféré ne communiquer aucune donnée d’accélération plutôt que d’orienter la lecture de la voiture vers la seule performance chronométrique. Ce silence est lui-même un message. Ce qui compte n’est pas le temps affiché sur un écran, mais ce que ressent la main gauche sur le levier, le bras droit sur le volant, le pied droit sur l’accélérateur.
Le moteur qui anime tout cela ne laisse aucune ambiguïté sur le niveau de jeu. Le V12 biturbo de 6,0 litres développé par Mercedes-AMG délivre 864 chevaux et 1 100 Nm de couple, transmis aux seules roues arrière. Engager chaque rapport à la main dans cette configuration relève d’une forme d’engagement physique rare dans le paysage hypercar actuel.
La boîte manuelle n’est pas un retour en arrière, c’est une résistance délibérée au consensus.
Ce parti pris s’inscrit avec une cohérence parfaite dans le statut de la voiture. La Huayra 70 Derecho est le deuxième des trois exemplaires uniques de la série commémorative, conçus sur mesure par le département Grandi Complicazioni pour célébrer le 70e anniversaire d’Horacio Pagani. Une série de trois unités dans l’ensemble du monde n’a pas à justifier ses choix techniques devant un marché. Elle peut se permettre de défendre une vision, celle d’une conduite qui reste une conversation entre un conducteur et une machine, sans intermédiaire automatisé pour simplifier l’échange. Dans un univers où l’efficacité a progressivement effacé la gestuelle, c’est une posture rare et, à ce niveau de rareté, presque logique.

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
-
Portrait4 semainesSabrina Salerno : la femme derrière le clip culte et controversé
-
Motors1 semaineAudi : histoire de la marque de 1909 à aujourd’hui
-
Portrait4 semainesJean-Louis Aubert : le garçon qui chantait faux devenu icône
-
Cinéma3 semainesSpider-Man Brand New Day : Jean Grey et Punisher, miroirs de Peter Parker




















