Morgan Midsummer Coupé, héritière d’une lignée presque oubliée
La Midsummer Coupé, ou le retour d’un segment que Morgan avait discrètement enterré
Soyons directs : la Morgan MidSummer Coupé n’est pas une simple série limitée de plus, un exercice de communication habillé en cuir et aluminium pour faire parler d’elle au Goodwood Festival of Speed. C’est quelque chose de plus rare et, franchement, de plus significatif. Elle représente le retour de Morgan sur un terrain que la marque avait presque entièrement abandonné depuis le milieu des années 2010 : celui de la carrosserie fermée, toit rigide, construite avec les ambitions d’un coachbuilder digne de ce nom.
Pour comprendre pourquoi c’est notable, il faut remonter un peu. L’AeroMax, présentée en 2008, reste l’un des coupés les plus saisissants que Morgan ait jamais produits. Cent exemplaires, une ligne tendue qui devait tout à l’Aero 8, et une présence visuelle qui tranchait radicalement avec l’image de la trois-roues rustique que le grand public associe encore à la marque. L’Aero Coupé a suivi entre 2012 et 2015, moins radicale mais toujours fidèle à cette logique de carrosserie fermée travaillée. Puis, silence. Morgan a recentré son catalogue sur les roadsters et les modèles ouverts, laissant ce segment en jachère pendant près d’une décennie.
La MidSummer Coupé est la première carrosserie fermée coachbuilt sérieuse que Morgan propose depuis l’arrêt de l’Aero Coupé. Dix ans, c’est long dans une industrie où les cycles de modèles s’accélèrent.
Pourquoi cet abandon ? Probablement une combinaison de facteurs : la transition vers la plateforme CX-Generation, les coûts de développement d’une nouvelle cellule fermée, et peut-être une lecture du marché qui suggérait que les acheteurs Morgan voulaient avant tout le ciel au-dessus de leur tête. Ce n’est pas forcément faux. Mais c’est une logique qui a appauvri la gamme d’une dimension entière, celle du grand tourisme fermé, intimiste, taillé pour avaler les kilomètres sans sacrifier le caractère.
La MidSummer Coupé change la donne. Non pas parce qu’elle réinvente quoi que ce soit, mais parce qu’elle réaffirme une compétence que la marque semblait avoir mise au placard. Et dans l’univers très particulier des constructeurs britanniques à faible volume, réaffirmer une compétence, c’est souvent plus difficile que de la développer pour la première fois.
AeroMax, Aero Coupé : la courte et oubliée histoire des coupés fermés Morgan
| Modèle | Année | Carrosserie | Motorisation | Tirage |
|---|---|---|---|---|
| AeroMax | 2008 | Coupé fermé, toit fastback sculpté en aluminium avec épine dorsale centrale et vitres arrière à ouverture en ailes de mouette | BMW 4,8 L V8, 367 ch | 100 exemplaires |
| Aero Coupé | 2012-2015 | Coupé fermé dérivé de l’Aero 8, lignes plus conventionnelles | BMW V8, 4,8 L N62 | Production confidentielle, jamais officiellement chiffrée par Morgan |
| Midsummer Coupé | 2026 | Coupé coachbuilt fermé sur base Plus Six, architecture CX-Generation en aluminium collé, toit rigide intégré | BMW 3,0 L 6 cylindres en ligne turbo, env. 335-340 ch | 9 exemplaires |
Pourquoi Morgan a longtemps fui le coupé fermé, et ce que la Midsummer Coupé change vraiment
La réponse courte : Morgan fabrique des roadsters. C’est son identité depuis presque un siècle, et toute l’économie de la marque, son image, son marketing, sa clientèle, tourne autour de ça. Le plein air, le vent, la casquette en tweed retournée. Un coupé fermé crée une dissonance dans ce récit soigneusement entretenu. Pas une contradiction fatale, mais un écart que Malvern a visiblement préféré éviter plutôt que d’assumer.
Il y a aussi une question de coûts. Concevoir un toit rigide coachbuilt sur une architecture qui n’a pas été pensée pour ça, c’est un investissement disproportionné pour une série ultra-limitée. L’AeroMax, présenté en 2008, n’a été produit qu’à 100 exemplaires. L’Aero Coupé qui lui a succédé entre 2012 et 2015 n’a guère fait mieux. Ces chiffres n’amortissent pas un vrai programme de développement, et Morgan le sait. La marque a donc logiquement laissé tomber le segment, sans jamais vraiment l’enterrer officiellement ni l’expliquer publiquement.
La Midsummer Coupé n’est pas un retour de gamme. C’est quelque chose de plus subtil, et peut-être de plus honnête que ça.
Produite à 9 unités seulement, elle ne remet pas Morgan dans le business des coupés fermés. Dire le contraire serait malhonnête. On reste dans un exercice de style coachbuilt, une démonstration de savoir-faire sur commande, le genre de pièce qui va directement en collection sans voir beaucoup d’asphalte. L’objection est légitime : 9 voitures ne constituent pas une ligne de produits, et Malvern n’a sans doute aucune intention d’en faire une.
Mais la question n’est pas là. Ce qui compte, c’est ce que la simple existence de ce modèle dit sur Morgan aujourd’hui. La marque, depuis son passage à la plateforme aluminium CX-Generation, explore des territoires qu’elle évitait sous l’ancienne direction. Le Plus Four, le Plus Six, le Super 3 radical : il y a une vraie volonté de prouver que le cadre tubulaire en ash n’était pas Morgan, et que la substance était ailleurs, dans les mains qui assemblent, dans les choix de matières, dans la capacité à inventer des formes nouvelles.
La Midsummer Coupé s’inscrit dans cette logique. Elle rouvre une conversation que Morgan semblait avoir close par défaut plus que par conviction. Et parfois, rouvrir une conversation suffit à changer la direction d’une marque, même sans le planifier.
Sources
- ultimatecarpage.com
- youtube.com
- morgan-motor.com
- wikipedia.org
- YouTube: Pourquoi Morgan a longtemps fui le coupé fermé, et ce que la Midsummer Coupé change vraiment

Créateur de Monsieur Vintage, Philippe est un passionné de belles mécaniques, de voyages et d’objets qui ont une âme. À travers son regard, chaque moto, voiture ou destination raconte une histoire, dans une quête d’authenticité et d’élégance intemporelle.
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