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Certains groupes ont marqué l’histoire du rock. D’autres ont révolutionné un genre musical. Et puis il y a Metallica, qui a réussi l’exploit beaucoup plus rare de faire les deux à la fois.

Depuis sa création en 1981, le groupe américain a traversé plus de quatre décennies, plusieurs générations de musiciens, des drames, des changements de bassiste, des périodes de doute, des controverses et des évolutions musicales parfois radicales. Pourtant, Metallica est toujours là. Mieux encore : en 2026, le groupe continue de remplir les stades du monde entier.

Avec plus de 125 millions d’albums vendus dans le monde, une collection de classiques devenus de véritables hymnes et une influence immense sur le metal, Metallica peut raisonnablement prétendre au titre de plus grand groupe de heavy metal de tous les temps.

Mais comment quatre musiciens partis de presque rien ont-ils réussi à atteindre une telle dimension ?

Tout commence en 1981, à Los Angeles

L’histoire de Metallica commence le 28 octobre 1981. À l’époque, personne ne pouvait imaginer que cette rencontre allait changer l’histoire de la musique.

Le batteur danois Lars Ulrich, passionné de tennis mais surtout de heavy metal britannique, passe une petite annonce dans le journal The Recycler. Un certain James Hetfield, guitariste et chanteur, lui répond. Le courant passe immédiatement.

Les deux hommes recrutent rapidement Ron McGovney à la basse et Dave Mustaine à la guitare solo. Le nom Metallica vient lui-même d’une suggestion faite par Ron Quintana, acteur de la scène metal californienne.

Le groupe commence alors à répéter et à jouer dans les petits clubs de Los Angeles. Leur musique n’a rien à voir avec le hard rock dominant de l’époque. C’est plus rapide, plus agressif, plus sauvage. Et surtout, Metallica veut jouer plus fort, plus vite et plus longtemps.

Le premier Metallica : Hetfield, Ulrich, Mustaine et McGovney

La première formation est donc composée de :

  • James Hetfield : chant et guitare rythmique
  • Lars Ulrich : batterie
  • Dave Mustaine : guitare solo
  • Ron McGovney : basse

Cette formation ne durera pourtant que quelques mois.

Metallica enregistre une première démo, No Life ‘Til Leather, qui circule rapidement dans le milieu underground grâce au système des échanges de cassettes. À une époque où Internet n’existe évidemment pas, cette cassette devient un formidable outil de promotion.

Metallica commence alors à se faire connaître bien au-delà de Los Angeles. Le groupe finit par s’installer dans la région de San Francisco, alors en pleine effervescence metal. C’est là qu’arrive celui qui va profondément transformer son identité musicale : Cliff Burton.

Cliff Burton, le génie qui change Metallica

Cliff Burton n’est pas un bassiste comme les autres. Il possède une formation musicale plus poussée que la plupart des musiciens de la scène metal et apporte au groupe une approche beaucoup plus ambitieuse de la composition.

Son arrivée coïncide avec une véritable montée en puissance. Metallica devient progressivement l’un des groupes les plus importants de ce nouveau courant que l’on appellera bientôt le thrash metal.

Aux côtés de Metallica apparaissent notamment Slayer, Megadeth et Anthrax. Les quatre groupes seront finalement surnommés les « Big Four » du thrash metal. Mais Metallica possède déjà quelque chose de différent : ses chansons sont extrêmement agressives tout en étant capables de développer de véritables mélodies et des constructions musicales ambitieuses.

1983 : Kill ‘Em All, la déflagration

En 1983, Metallica part enregistrer son premier album à New York. Mais juste avant les sessions, Dave Mustaine est renvoyé du groupe. Il sera remplacé par Kirk Hammett, guitariste issu d’Exodus.

Cette décision va devenir l’un des grands tournants de l’histoire du groupe. Le premier album, Kill ‘Em All, sort le 25 juillet 1983. Le son est brut, rapide, agressif. Metallica ne cherche absolument pas à séduire les radios. Et pourtant, quelque chose se passe. Le bouche-à-oreille fonctionne.

Il contient déjà plusieurs morceaux qui deviendront des classiques : Seek & Destroy, Whiplash, The Four Horsemen

Ride the Lightning : Metallica montre qu’il peut aussi être mélodique

Un an seulement après Kill ‘Em All, Metallica publie Ride the Lightning. Et le groupe franchit déjà un cap spectaculaire. Il y a toujours cette vitesse caractéristique du thrash, mais les compositions deviennent beaucoup plus complexes.

For Whom the Bell Tolls, Creeping Death, Fight Fire With Fire et surtout Fade to Black montrent une nouvelle facette du groupe. Metallica comprend alors quelque chose d’essentiel : la puissance ne vient pas uniquement de la vitesse.

Elle peut également venir de la dynamique, du silence, de la mélodie et de l’émotion. Cette capacité à passer d’une explosion de riffs à un passage presque mélancolique deviendra l’une des grandes signatures du groupe.

1986 : Master of Puppets, le chef-d’œuvre

Puis arrive 1986.

Pour beaucoup de fans, c’est l’année où Metallica devient tout simplement intouchable.

Master of Puppets sort le 3 mars 1986 et contient une succession de morceaux qui vont entrer dans l’histoire du metal : Battery, Master of Puppets, Welcome Home (Sanitarium), Disposable Heroes, Damage, Inc. et l’instrumental Orion.

Le disque est extrêmement complexe pour un album de metal, mais il reste étonnamment accessible.

C’est probablement là que se trouve l’une des clés du succès de Metallica : rendre spectaculaire une musique qui, sur le papier, devrait être difficile d’accès.

Master of Puppets a même été inscrit au National Recording Registry de la Bibliothèque du Congrès américaine. À sa sortie, il s’était vendu à environ 500 000 exemplaires sans quasiment aucune promotion radio ou vidéo grand public. Le public avait simplement adopté Metallica.

Le drame Cliff Burton

Mais l’histoire bascule brutalement quelques mois plus tard. Le 27 septembre 1986, le bus de tournée de Metallica se renverse en Suède. Cliff Burton meurt dans l’accident. Il n’a que 24 ans.

Pour Metallica, c’est un traumatisme immense. Le groupe aurait pu disparaître. Au contraire, James Hetfield et Lars Ulrich décident de continuer. Jason Newsted devient le nouveau bassiste et Metallica repart sur les routes.

Cette période marque également une transformation du groupe. La disparition de Burton laisse une trace indélébile dans l’histoire de Metallica, et son influence continue encore aujourd’hui d’être évoquée lorsqu’on parle de la formation classique du groupe.

Robert Trujillo, le nouveau bassiste

Mais en 2001, Jason Newsted quitte Metallica et laisse le groupe dans une situation particulièrement délicate. Après quatorze années passées au sein du groupe, son départ n’est pas dû à une seule raison. Newsted évoque officiellement des problèmes personnels et surtout les dégâts physiques provoqués par des années de concerts et de headbanging. Il souhaite également pouvoir développer ses projets personnels, notamment Echobrain. Des tensions avec James Hetfield autour de ce projet parallèle ont également contribué à fragiliser la situation.

Metallica va alors traverser une période chaotique. James Hetfield part notamment en cure de désintoxication tandis que le groupe travaille avec le producteur Bob Rock à la basse. Il faut attendre 2003 pour voir arriver celui qui va devenir le nouveau pilier rythmique du groupe : Robert Trujillo.

Ancien membre de Suicidal Tendencies et d’Infectious Grooves, Trujillo possède déjà une solide réputation dans le monde du metal. Il a également joué avec Ozzy Osbourne, ce qui fait de lui un musicien expérimenté, habitué aux grandes scènes et capable de supporter l’impressionnante machine Metallica. Lors des auditions, son jeu de basse très physique, son fameux finger-plucking et son attitude décontractée séduisent immédiatement les trois membres historiques. Metallica le choisit finalement pour remplacer Newsted.

Son arrivée marque une nouvelle étape. Avec James Hetfield, Lars Ulrich, Kirk Hammett et Robert Trujillo, Metallica possède désormais la formation qui perdure encore aujourd’hui. Trujillo n’est pas là pour simplement reproduire le travail de ses prédécesseurs : il impose progressivement son propre style, particulièrement puissant et spectaculaire sur scène. Plus de vingt ans après son arrivée, il est devenu une figure incontournable de Metallica et l’un des visages de la formation moderne.

1988 : …And Justice for All et le morceau qui change tout

En 1988 sort …And Justice for All. C’est probablement l’album le plus technique et le plus complexe du groupe. Et il contient One.

Avec ce morceau, Metallica obtient son premier Grammy en 1989 dans la catégorie metal. Le clip, sombre et particulièrement marquant, permet également au groupe d’atteindre un public beaucoup plus large. Metallica n’est plus seulement un groupe culte. Il est en train de devenir un phénomène mondial.

1991 : le Black Album, le coup de génie

Et puis arrive Metallica, plus connu sous le nom de Black Album. Le 12 août 1991, le groupe change une nouvelle fois de dimension. Le producteur Bob Rock pousse les musiciens vers un son plus massif, plus propre et surtout plus direct.

Le résultat est phénoménal. Enter Sandman, Sad but True, The Unforgiven, Wherever I May Roam et Nothing Else Matters deviennent des tubes planétaires. Le groupe qui chantait autrefois pour quelques centaines de fans dans des clubs joue désormais dans les plus grands stades.

Le Black Album s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde, tandis que la Bibliothèque du Congrès rappelle que l’album a obtenu une certification 16 fois platine aux États-Unis.

C’est probablement le disque qui explique le mieux pourquoi Metallica a dépassé les frontières du metal.



Metallica n’est plus seulement un groupe de metal

C’est là que réside probablement le secret de sa longévité. Metallica n’a jamais accepté de rester enfermé dans une case.

Après le Black Album, le groupe explore de nouvelles directions avec Load en 1996 et Reload en 1997. Certains fans historiques sont déstabilisés. Les cheveux sont coupés, l’image change, la musique devient plus rock et moins directement thrash.

Puis viennent Garage Inc., S&M, St. Anger, Death Magnetic, Hardwired…To Self-Destruct et enfin 72 Seasons, sorti en 2023. Tout n’est pas parfait. Certains albums sont controversés. Certains choix artistiques ont divisé les fans.

Mais c’est précisément ce qui rend Metallica intéressant : le groupe a toujours préféré évoluer plutôt que se répéter.

Les chansons qui sont devenues des hymnes

Demandez à quelqu’un de citer Metallica et il y a de fortes chances qu’il connaisse au moins quelques-uns de ces titres :

  • Enter Sandman
  • Nothing Else Matters
  • Master of Puppets
  • One
  • The Unforgiven
  • Sad but True
  • Seek & Destroy
  • For Whom the Bell Tolls
  • Fade to Black
  • Creeping Death
  • Wherever I May Roam
  • Fuel
  • Whiskey in the Jar

Et c’est là une autre particularité de Metallica. Ces morceaux ne sont plus simplement des chansons de metal. Ils appartiennent à la culture populaire.

Enter Sandman est devenu un riff immédiatement reconnaissable. Nothing Else Matters est passée du statut de ballade metal à celui de chanson universelle. Master of Puppets a même connu une nouvelle explosion de popularité plusieurs décennies après sa sortie grâce à la série Stranger Things.

Pourquoi Metallica plaît-il à plusieurs générations ?

C’est probablement la question la plus intéressante. Un adolescent de 16 ans peut aujourd’hui écouter Metallica avec le même enthousiasme qu’un fan qui avait acheté Master of Puppets en 1986. Pourquoi ? Parce que Metallica possède plusieurs portes d’entrée.

Vous aimez le metal agressif ? Écoutez Battery.

Vous aimez les riffs ? Enter Sandman.

Vous préférez les morceaux épiques ? Master of Puppets.

Vous aimez les balades ? Nothing Else Matters.

Vous cherchez quelque chose de sombre ? One.

Vous aimez le rock plus accessible ? The Black Album ou Load.

Et surtout, les thèmes abordés par Metallica restent universels : la peur, la guerre, la mort, la dépendance, la colère, la solitude, la manipulation, l’amour, la perte de contrôle ou encore la recherche de liberté.

Les paroles peuvent donc toucher un adolescent comme quelqu’un qui écoute le groupe depuis quarante ans.

Le véritable secret : Metallica sait faire des chansons

Derrière les décibels, les solos et les longues chevelures du début, il existe une évidence : Metallica est avant tout un formidable groupe de composition :

James Hetfield est devenu l’un des grands guitaristes rythmiques du rock. Ses riffs sont immédiatement identifiables.

Kirk Hammett apporte les solos et une dimension mélodique devenue emblématique.

Lars Ulrich n’est peut-être pas le batteur le plus technique de l’histoire, mais son sens de la construction et des arrangements a joué un rôle majeur dans l’identité du groupe.

Et Robert Trujillo, nouveau basiste emblématique du groupe arrivé en 2003, a apporté une énergie et une puissance considérables à la formation actuelle.

Le résultat est un équilibre très particulier entre agressivité, mélodie, puissance et accessibilité.

Plus de 125 millions d’albums vendus

Les chiffres donnent une idée de l’ampleur du phénomène. Metallica a vendu plus de 125 millions d’albums dans le monde, dont environ 67 millions aux États-Unis. Le groupe a également réalisé une performance historique dans les classements américains : son album Metallica de 1991 a lancé une série de cinq albums consécutifs numéro 1 au Billboard 200, jusqu’à Death Magnetic en 2008.

Et contrairement à beaucoup de groupes de la même génération, Metallica continue à produire des albums qui trouvent leur public. 72 Seasons, sorti en 2023, a notamment atteint la première place des charts britanniques, poursuivant une carrière discographique commencée avec Kill ‘Em All quarante ans plus tôt.

Metallica en 2026 : toujours au sommet

Le plus impressionnant n’est peut-être finalement pas ce que Metallica a accompli entre 1981 et 1991. C’est ce qu’il continue de faire aujourd’hui.

En 2026, le groupe poursuit sa gigantesque M72 World Tour, avec notamment une nouvelle série de concerts européens et un concept spectaculaire de scène centrale à 360 degrés. Le principe des « No Repeat Weekends » permet même aux spectateurs assistant aux deux concerts d’entendre deux listes de chansons différentes.

Et le calendrier ne donne absolument pas l’impression d’un groupe prêt à prendre sa retraite : Metallica est notamment programmé à la Sphere de Las Vegas en octobre 2026. À plus de 60 ans, James Hetfield, Lars Ulrich, Kirk Hammett et Robert Trujillo continuent donc de se produire dans des enceintes gigantesques. Peu de groupes de rock peuvent en dire autant.

Et maintenant, quel avenir pour Metallica ?

La question est forcément posée. Metallica n’a plus rien à prouver commercialement. Le groupe pourrait très bien se contenter de tourner avec ses classiques et de célébrer son passé. Mais ce n’est jamais vraiment la philosophie de Metallica.

Depuis ses débuts, le groupe a constamment cherché à repousser ses limites : changer de son, travailler avec un orchestre symphonique, enregistrer des reprises, expérimenter, revenir au thrash, inventer de nouveaux formats de concerts…

La formation actuelle semble donc davantage préoccupée par la transmission et le plaisir de jouer que par la nécessité de démontrer quoi que ce soit. Et tant que le public continuera de répondre présent, il n’y a aucune raison de penser que Metallica va disparaître prochainement.

Alors, Metallica est-il vraiment le plus grand groupe de heavy metal de tous les temps ?

Évidemment, le débat restera éternel. Iron Maiden possède une influence immense. Black Sabbath a pratiquement inventé le heavy metal. Judas Priest en a défini une partie des codes. Slayer a poussé le thrash vers une brutalité extrême. Motörhead a changé la manière de jouer du rock. Mais Metallica possède une combinaison extrêmement rare.

L’influence de Black Sabbath, la puissance du heavy metal, la vitesse du thrash, des compositions accessibles au grand public, des millions d’albums vendus, des hymnes connus mondialement et une capacité exceptionnelle à traverser les générations.

Metallica a commencé comme un groupe underground qui jouait trop vite et trop fort pour les radios. Quarante-cinq ans plus tard, ses riffs résonnent dans les stades, ses albums continuent de se vendre et ses concerts attirent des parents accompagnés de leurs enfants. C’est peut-être finalement cela, le véritable exploit de Metallica.

Ils n’ont pas seulement créé des classiques. Ils ont créé une musique qui se transmet.

Et lorsque plusieurs générations connaissent simultanément les premières notes de Enter Sandman, Master of Puppets ou Nothing Else Matters, on ne parle plus simplement d’un grand groupe de metal.

On parle d’un monument de la musique populaire.

Crédit photo de UNE : Mark Wainwright© - James Hetfield sur scène le 15/9/2008
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